Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Que vive New Orleans !

Congo Square, le cœur de La Nouvelle-Orléans où les Amérindiens et les esclaves africains créèrent une culture hybride libre défiant l’oppression des colons européens. © Annie Yanbekian

Le Covid-19 a touché de plein fouet les États-Unis et, notamment, la population afro-américaine dont la situation sociale souvent précaire fragilise l’accès aux soins. La Louisiane et, plus particulièrement, La Nouvelle-Orléans, souffrent de cette pandémie qui ronge la vie quotidienne.

L’effervescence habituelle est malmenée et nombre d’évènements sont annulés. New Orleans a toujours su résister, au fil des décennies, mais ce défi-là est insurmontable sans une réelle solidarité. Lieu de naissance du jazz, carrefour des cultures noires planétaires, cette cité multicolore mérite une attention particulière en ces temps troublés. Les musiciens néo-orléanais sont à l’honneur cette semaine dans "L’épopée".

Au début du mois d’avril 2020, la violence d’une crise sanitaire inédite a réduit au silence une population habituée aux célébrations musicales et festives quotidiennes. La Nouvelle-Orléans a, en effet, dû faire face à une vague épidémique puissante dont elle se remettra difficilement. Cette cité si vivante et résiliente est le berceau des musiques populaires internationales. L’écho des drames passés résonne toujours dans les compositions des instrumentistes d’aujourd’hui. Déjà, en 1934, le clarinettiste Sidney Bechet invoquait ses aïeux dans "Jungle Drums" dont la tonalité africaine importée par les esclaves sur le territoire américain dès le XVIIe siècle semblait rejaillir spontanément. Cette réalité historique a façonné le patrimoine hybride néo-orléanais.

De Louis Armstrong à Trombone Shorty, le jazz a porté des rites, des codes, des légendes qui ont survécu et se perpétuent. Le rôle du "Big Chief" est, par exemple, une tradition encore très vivace durant les fêtes de Mardi Gras. Cette année, ce moment de communion séculaire a laissé place à l’effroi. Le Big Chief est, et doit rester, le gardien d’un savoir qu’il a le devoir de transmettre aux générations futures. Chacun de ses hauts dignitaires représente une congrégation qui parade dans les rues chaque printemps. Des dizaines de familles afro-américaines se retrouvent ainsi au cœur de la Nouvelle-Orléans et se défient amicalement en arborant des tenues très colorées, les emblèmes de leur appartenance communautaire. Renoncer à ce rendez-vous annuel est impensable tant il démontre la témérité des habitants face à l’adversité.

© Herbert Behrens/Public Domain/Wikicommons
Louis Armstrong, le 29 octobre 1955.

Le percussionniste Damon Batiste milite, comme beaucoup de ses homologues artistes, pour la préservation de ces coutumes ancestrales. Très attaché aux relations transatlantiques, il a créé "Nosaconn" qui encourage les échanges entre l’Afrique et l’Amérique car il sait que la source culturelle néo-orléanaise provient du continent africain tout entier. Il y a, à la Nouvelle-Orléans, des familles entières de musiciens dont l’art du swing est inscrit dans le quotidien des populations locales. Il s’échappe du cœur battant de la Louisiane, des parfums, des couleurs sonores, que la jeune génération doit continuer à nourrir pour que la source ne se tarisse jamais. Le trompettiste Christian Scott est tellement investi dans la généalogie africaine du jazz qu’il a choisi de se faire appeler Atunde Adjuah et revendique ses liens profonds avec le continent de ses ancêtres. Ce sont aujourd’hui des trentenaires qui font vivre la culture musicale néo-orléanaise. Les pionniers disparaissent et la relève doit être assurée. Le départ à 81 ans du pianiste Ellis Marsalis, le 1er avril 2020, victime du coronavirus, nous rappelle combien la transmission du savoir est importante. Ses enfants ont entrepris cette mission depuis déjà bien longtemps, mais le décès du patriarche les a convaincus du rôle qu’ils devaient jouer. Jason, Delfayeo, Branford et Wynton Marsalis œuvrent pour que l’empreinte musicale de leur père ne s’évanouisse pas au fil du temps.

En cette période difficile pour l’humanité, ayons une pensée pour la Nouvelle-Orlans qui se relèvera sûrement péniblement de la pandémie qui affecte notre planète toute entière. Gageons que la force expressive de la musique scintillera à nouveau depuis Congo Square et rayonnera bientôt sur l’ensemble de notre monde abasourdi.

Le site de Donald Harrison

© Jack Vartoogian/Getty Images
Ellis Marsalis Jr (à gauche) et son fils Wynton Marsalis à New York, le 4 juin 1990.

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