Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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L’écho des Festivals (2e partie)

Hugh Masekela en concert le 21 juillet 2013 au Parc Floral de Paris, lors du Paris Jazz Festival 2013. © Patrick Guillemin/PJF 2013

Durant tout le mois de juillet 2020, "L’épopée des Musiques Noires" soutient le spectacle vivant pénalisé par la crise sanitaire mondiale et vous propose une série d’émissions réalisées ces dernières années dans les festivals de France et de Navarre.

Faute de pouvoir célébrer in vivo la ferveur des artistes lors des grands festivals d’été, nous nous plongeons dans nos archives pour ressusciter ces moments de communion populaire. Le deuxième volet de notre série estivale nous permet de retrouver deux géants de "L’épopée des Musiques Noires" : le regretté trompettiste sud-africain Hugh Masekela, enregistré au Parc Floral de Vincennes, lors du Paris Jazz Festival en 2013, et le fameux producteur, arrangeur et compositeur américain Quincy Jones rencontré à Montreux en Suisse en 2017.

Le 21 juillet 2013, non loin du Château de Vincennes, le Parc floral de Paris accueille une personnalité majeure de la culture afro-planétaire. Lorsque l’équipe de "L’épopée" arrive sur place, Hugh Masekela répète avec ses musiciens. Il nous faut alors attendre sagement dans les coulisses pour pouvoir rencontrer cette grande figure du continent africain. À l’issue de la répétition, au milieu des fleurs et accompagné par le chant des oiseaux, Hugh Masekela prend le temps de saluer quelques bons amis dont son vieux camarade, Manu Dibango, venu assister à cette prestation estivale. Ainsi, derrière la scène, une certaine agitation annonce une après-midi festive car les concerts se tiennent alors en plein air vers 15 heures sous le soleil de juillet. Il est évident que ce rendez-vous suscite beaucoup d’engouement. Le bassiste camerounais Richard Bona est là et Christiane Taubira, ministre de la Justice en France, tient à rencontrer le héros du jour qui rend hommage, ce jour-là, à "Mama Africa", Miriam Makeba. L’évènement est de taille et de nombreux journalistes se pressent pour recueillir quelques mots du virtuose toujours prompt à répondre aux sollicitations des médias.

Évoquer sa passion pour la musique était une exigence pour Hugh Masekela. Son statut d’artiste l’avait maintes fois préservé des brimades, contraintes et oppressions. Il comprit très vite que sa liberté et son indépendance lui permettaient d’échapper aux règles économiques et sociales. Il était un rebelle et aimait se présenter ainsi. Derrière cette attitude volontaire et déterminée, derrière ce tempérament de feu, Hugh Masekela masquait nécessairement le désarroi d’avoir dû quitter son pays natal, l’Afrique du Sud, à l’aube des années 60, alors que l’apartheid n’offrait aucun avenir aux citoyens noirs mais, plutôt que de s’apitoyer sur son sort, il préférait ne retenir que les bienfaits de cet exil. "Ce fut une période pleine d’enseignements pour moi. J’ai quitté l’Afrique du Sud en 1960 pour aller étudier la musique dans des écoles spécialisées, d’abord en Angleterre, puis aux États-Unis. Pendant 30 ans, j’ai voyagé dans le monde entier. Ma petite notoriété américaine m’a permis de jouer sur les cinq continents. Je suis aujourd’hui avec vous à Paris, dans ce parc verdoyant, et je m’en félicite. Pour moi, les frontières n’existent pas, les nations n’existent pas. Comme 58 millions de Sud-Africains, j’ai toujours espéré et bataillé pour que mon pays évolue dans le bon sens. C’est dans la nature humaine d’aspirer à la liberté. C’est un combat quotidien". Hugh Masekela avait alors 74 ans et son épatant concert du 21 juillet 2013 au Parc Floral de Paris fit l’unanimité.

Cette année, le Paris Jazz Festival a été contraint de modifier sa programmation. Étienne Mbappé, Ray Lema et Sophie Alour, entre autres, seront à l’affiche de l’édition 2020 qui se tiendra finalement du 16 août au 20 septembre.

© Lionel Flusin/FFJM 2016
Angélique Kidjo entourée de Dobet Gnahoré, Asa et Lura, à Montreux en 2016.

De son côté, le Montreux Jazz Festival, en Suisse, fort de ses nombreuses archives audiovisuelles, propose une alternative intéressante à sa 54e édition en diffusant depuis le 3 juillet, sur sa chaîne YouTube officielle, de nombreux concerts filmés au fil des années. De John Lee Hooker en 1983 à Angélique Kidjo en 2016, en passant par Charles Mingus en 1975, Carlos Santana en 2004, B.B King en 1993, Marvin Gaye en 1980 ou Nina Simone en 1976. Au-delà de ces prestations légendaires, l’esprit du Montreux Jazz Festival, ce sont aussi des rencontres inattendues et des échanges multiculturels. Lorsque vous vous promenez sur les quais du lac Léman, vous êtes susceptible d’entendre tout type de musique car les instrumentistes amateurs et professionnels se croisent tout au long de la journée pour se retrouver le soir sur les différentes scènes de ce rendez-vous estival cinquantenaire. Alors que nous déambulions, ce matin du 13 juillet 2017, à la recherche de témoignages pour notre reportage, nous sommes tombés sur un joueur de Kora sénégalais, Abdou, qui ravissait les passants de ces jolies harmonies. Nous ne pensions pas le revoir durant notre journée bien chargée car nous avions plusieurs interviews à réaliser et, notamment, celle du célébrissime Quincy Jones. Il présentait, ce jour-là, une plateforme de vidéo Jazz sur Internet, Qwest TV, qu’il avait conçue avec le producteur de télévision français, Reza Ackbaraly. Nous avons donc salué Abdou et sommes repartis vers d’autres occupations radiophoniques.

© Anne-Laure Lechat/FFJM 2017
Quincy Jones répond aux questions des journalistes et festivaliers, le 13 juillet 2017 à Montreux en Suisse.

Dans l’après-midi, Quincy Jones tenait une conférence de presse qui s’apparentait davantage à une conversation à bâtons rompus au Petit Palais de Montreux où il annonçait donc le lancement de Qwest TV. Durant cet échange avec quelques journalistes et de nombreux festivaliers venus interroger le maestro, une question a suscité l’intérêt du grand producteur et les acclamations du public. C’était notre cher Abdou qui voulait interpeller Quincy Jones sur la place jazz en Afrique. Le Montreux Jazz Festival permet toutes les audaces et les encourage même. Chaque été, des rencontres de ce type entre artistes et spectateurs sont organisées pour maintenir le lien et désacraliser le statut des icônes de notre temps. Il paraissait naturel que Quincy Jones se prête à ce genre d’expérience, lui qui soutient, avec force et sincérité, la jeune génération. On l’oublie souvent, mais avant de devenir le producteur de Michael Jackson, Quincy Jones a été un trompettiste de talent et un arrangeur pour de grands orchestres Jazz. Il a été le contemporain de personnalités majeures de "L’épopée des Musiques Noires" qui lui donnèrent sa chance autrefois. Lionel Hampton, Clark Terry, Dizzy Gillespie furent ses chaperons.

Le Montreux Jazz Festival est devenu un lieu de villégiature pour Quincy Jones. Il fut d’ailleurs plusieurs fois célébré sur scène par des artistes de tous horizons, lors de soirées prestigieuses concoctées par les organisateurs du festival dont le regretté fondateur Claude Nobs et, désormais, Mathieu Jaton. Mais au-delà du cadre reposant de cette Riviera Suisse, c’est l’atmosphère musicale, l’ambiance festive et les nombreuses occasions de croiser ses amis musiciens, les virtuoses confirmés comme les jeunes talents, qui enthousiasment Quincy Jones. À Montreux, il peut monter sur scène pour lancer le concert de Stevie Wonder, comme assister en toute discrétion à la projection d’un film-documentaire qui lui est cher. L’éclectisme de Quincy Jones lui a permis d’évoluer dans des univers très différents, du Be Bop au Hip Hop, comme il aime à le répéter. Notre rencontre de juillet 2017, restituée aujourd’hui par les ondes, nous fera patienter jusqu’à l’été 2021 quand le frisson reviendra et les applaudissements rejailliront.

Le site du Paris Jazz Festival

Le site du Montreux Jazz Festival

© RFI/Joe Farmer
Quincy Jones à Montreux en juillet 2017.

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