Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Herbie Hancock, le touche à tout de génie

Herbie Hancock et Wayne Shorter, lors du Tokyo Jazz Festival, 2004. © Getty images/Jun Sato/WireImage

Au mois d’août 2020, "L’épopée des Musiques Noires" déroule le tapis rouge aux grandes figures du jazz d’hier et d’aujourd’hui. Notre série, "Les Étoiles du Jazz", richement illustrée de témoignages inédits, dessinera le portrait de quelques icônes dont l’engagement artistique a accompagné les mutations sociales au XXème siècle.

Depuis sa première apparition discographique au tournant des années 1960, le pianiste Herbie Hancock n’a cessé de déjouer les codes de la bienséance musicale. Il a, plus précisément, maîtrisé à la perfection les règles académiques pour s’en amuser et expérimenter. À 80 ans, il est un artiste multidisciplinaire respecté qui peut s’enorgueillir d’avoir franchi les barrières de style avec aisance et intelligence. Sa complicité avec le saxophoniste Wayne Shorter, sa camaraderie avec Miles Davis, son ouverture d’esprit et son désir irrépressible d’innover, ont nourri sa notoriété et son aura à travers la planète.

Lorsqu’il débute sa carrière en 1962 avec un album logiquement intitulé Takin' Off (Décollage), il n’a que 22 ans et déjà plein d’idées, d’envies et de rêves à réaliser. Il veut aller vite et bousculer ses contemporains. Son élan créatif le distingue de ses homologues. Miles Davis le repère et l’invite à partager l’aventure musicale audacieuse d’un quintet qui fera date dans l’histoire du jazz au cœur des années 1960. C’est le saxophoniste Wayne Shorter qui eut la bonne idée de présenter Herbie Hancock au génial trompettiste. Cette marque de confiance et de camaraderie résistera longtemps à l’érosion du temps. Wayne Shorter et Herbie Hancock deviendront les meilleurs amis du monde et partageront de nombreuses expériences ensemble, tant musicales que spirituelles.

© Getty images/David Redfern/Redferns
Herbie Hancock (piano), Miles Davis (trompette), Ron Carter (contrebasse), Wayne Shorter (saxophone) et Tony Williams derrière ses cymbales (batterie), Festival de Jazz de Newport, 1967.

Ainsi, à l’instar de son aîné Miles Davis, Herbie Hancock adaptera son humeur sonore à l’ère du temps avec inventivité et hardiesse. Au milieu des années 1970, il jouera avec les avancées technologies pour électriser sa musique et son auditoire. Il accompagnera également, sans ostentation, les soubresauts de la communauté noire américaine en quête d’identité. Il saura chercher ses lointaines racines africaines en convoquant les accents des Pygmées de Centrafrique dans une relecture de Watermelon Man en 1973. Chaque décennie lui donnera l’occasion de démontrer son immense capacité à se renouveler. Rock it en 1983 fut, sans nul doute, son plus étonnant projet. Ce titre électro-funk suscita bien des commentaires. Comment un jazzman pouvait-il se compromettre ainsi ? Quelle était donc cette œuvre défiant toutes les normes ? Quelle direction artistique Herbie Hancock prenait-il alors ? Tandis que les interrogations, critiques et congratulations agitaient le petit monde des musicologues, l’intéressé observait avec malice ce bouillonnement que son ovni musical avait produit et se préparait déjà à d’autres coups d’éclat.

Chaque album, chaque concert, chaque apparition d’Herbie Hancock appelle des réactions, souvent dithyrambiques, parfois dubitatives. Revitaliser une œuvre de Prince, des Beatles, de Nirvana, de Sade Adu ou de Stevie Wonder ne l’effraie pas. Enregistrer un album exigeant en duo avec son ami Wayne Shorter le captive. Convier Oumou Sangaré ou Tina Turner à magnifier ses fulgurances jazz l’enthousiasme. Herbie Hancock s’octroie des libertés que sa virtuosité épouse avec grâce. À 80 ans, il est celui que l’on révère et dont les enseignements irriguent l’imagination de jeunes instrumentistes intrépides. Son discours en qualité d’ambassadeur de bonne volonté auprès de l’Unesco est aujourd’hui écouté. La création de la "Journée Internationale du Jazz" en 2012 est la manifestation de son engagement sincère pour un partage universel des cultures et des valeurs humaines. Le trublion serait-il devenu un sage ? N’y comptez pas ! Herbie Hancock reste ce touche à tout de génie qui continuera à nous surprendre tant que brillera la flamme de son inspiration débordante.

Le site d'Herbie Hancock

© Getty Images/Kristine Sparrow
Femi Kuti, Herbie Hancock, Annie Lennox, James Genus, Al Jarreau et Dee Dee Bridgewater, lors de la Journée internationale du Jazz 2015 à Paris.