Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Tommy Flanagan, l’audace discrète

Tommy Flanagan en concert à Amsterdam, en août 1983. © Getty images/Frans Schellekens/Redferns

Au mois d’août 2020, "L’épopée des Musiques Noires" déroule le tapis rouge aux grandes figures du jazz d’hier et d’aujourd’hui. Notre série, "Les Étoiles du Jazz", richement illustrée de témoignages inédits, dessinera le portrait de quelques icônes dont l’engagement artistique a accompagné les mutations sociales au XXème siècle.

Il aurait eu 90 ans cette année… Le pianiste Tommy Flanagan fut un accompagnateur de choix. Ella Fitzgerald, John Coltrane, Sonny Rollins, entre autres, eurent le bonheur d’être secondés par ce virtuose discret dont les audaces jazz et la science de l’harmonie classique continuent d’inspirer les talents d’aujourd’hui. De 1957 à 1997, Tommy Flanagan fit paraître une bonne quarantaine d’albums unanimement salués. Il nous quitta le 16 novembre 2001 d’une rupture d’anévrisme. Un mois plus tôt, il rendait un vibrant hommage à son ami John Coltrane, lors d’un ultime concert à San Francisco…

Il est toujours périlleux de décrire le style, le toucher ou la musicalité d’un instrumentiste. Les qualificatifs sont souvent trop réducteurs ou imprécis. Le mot "Élégance" paraît cependant convenir au jeu de Tommy Flanagan. Auditeur attentif des œuvres de Nat King Cole à la radio durant sa jeunesse à Detroit, il s’inspirera de cette délicate manière de jouer avec les mélodies. Frappé par la révolution Be Bop des années 1940, il deviendra un pianiste audacieux qui tiendra son rôle avec grâce derrière les géants du XXe siècle. C’est en arrivant à New York en 1956 que Tommy Flanagan sent le vent tourner. La capitale du jazz est en pleine effervescence. Les clubs de la 52ème rue fourmillent de jeunes loups souvent fort talentueux. Au contact de tous ces agitateurs fougueux, il affirme son originalité et ne se contente pas d’observer ses homologues. Il multiplie les prestations en studio ou en public et envisage sa propre carrière.

© Getty images/Bill Wagg/Redferns
Tommy Flanagan sur scène à De Montfort Hall (Royaume-Uni), en 1963.

 

Sa notoriété, qu’il veut modeste, lui permet de voyager et d’enregistrer ses premiers albums sous son nom. Il suit alors un parcours artistique qui le hisse au rang des grands solistes de son temps. Il est très sollicité et, même si son attitude réservée lui impose l’humilité, il se félicite de pouvoir évoluer dans un monde musical qui l’enchante. À la fin de sa vie, Tommy Flanagan avait participé à plus de 240 sessions et servi le répertoire de Coleman Hawkins, Tony Bennett, Art Blakey, Dizzy Gillespie, Miles Davis, Lionel Hampton, Charles Mingus, Wes Montgomery, Grover Washington Jr, etc. Il était devenu un musicien respecté sans que son succès n’ait altéré sa personnalité. Rares sont les musiciens de jazz à avoir réussi l’exploit de séduire des oreilles sensibles aux ornementations classiques. Tommy Flanagan peut aisément rejoindre Hank Jones, Kenny Barron, Kirk Lightsey, Ahmad Jamal, dans la famille des interprètes de haute volée.

Se laisser porter par ses précieuses acrobaties pianistiques, c’est aussi se plonger dans l’histoire du jazz. Tout au long de son épopée, Tommy Flanagan a rendu hommage à ses héros, Duke Ellington, Bud Powell, Thelonious Monk, comme pour inscrire son propre cheminement dans la révérence et l’héritage. Critique à l’égard de la jeune génération qu’il jugeait peu encline à consulter les anciens, il préférait se réfugier dans le passé et convoquer dans ses œuvres les icônes d’hier. S’il était des nôtres aujourd’hui, il serait sûrement surpris par les nouveaux venus, par leurs prouesses et leurs connaissances patrimoniales. Le nom de Tommy Flanagan est désormais cité en référence et son jeu nourrit l’esprit créatif de ses nombreux admirateurs.

© Getty images/David Redfern/Redferns
Tommy Flanagan en concert, lors du Festival de Jazz à Vienne, France, en juillet 1995.

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