Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Kenny Garrett, la science du jazz

Kenny Garrett, en concert au Festival de Jazz PDX, le 21 février 2013 à Portland, Oregon. © Anthony Pidgeon/Redferns via Getty Images

S’il fut le dernier saxophoniste à avoir accompagné l’aventure musicale de Miles Davis, l’épopée de Kenny Garrett ne doit pas se réduire à cette magistrale expérience. Bien avant de rejoindre le fameux trompettiste, Kenny Garrett avait brillé dans des formations prestigieuses comme le Duke Ellington Orchestra ou les Jazz Messengers emmenés par le batteur Art Blakey. À 60 ans, il est un instrumentiste respecté dont l’exigence sonore le hisse au rang des plus redoutables virtuoses de notre temps.

Kenny Garrett vit le jour, le 9 octobre 1960, à Detroit dans le Michigan. Bien qu’il naquit dans la capitale de la Soul-Music où Motown révéla de très grands artistes, c’est davantage dans le jazz qu’il s’épanouira. Le jeune Kenny Garrett grandit à une époque où les soubresauts de la société américaine et le bouillonnement musical qui accompagne la lutte du peuple noir durant le mouvement des droits civiques façonnent son esprit vif. Sa curiosité juvénile nourrit son écoute attentive et son environnement sonore familial accélère son goût pour des artistes d’horizons très divers.

Au fil des années, Kenny Garrett se passionne pour le saxophone et sa tonalité s’affine au point de devenir identifiable. Sa rigueur et son exigence se conjuguent avec un éclectisme étonnant. Devenu musicien professionnel, il évolue avec constance dans un paysage musical de plus en plus multiculturel. Il ne se laisse pourtant pas guider par les modes et les opportunités commerciales que lui offre l’industrie du disque. Auprès de ses aînés, il apprend à respecter le patrimoine tout en restant ouvert et attentif à l’évolution du monde. Son chaperon, Miles Davis, avait su composer avec l’air du temps sans renier ses fondamentaux ancrés dans la tradition du jazz. Cette proximité et cet apprentissage avec l’un des plus inspirés créateurs de "L’épopée des Musiques Noires" finirent par modeler la musicalité très riche de Kenny Garrett.

© Paul Bergen/Redferns
Miles Davis et Kenny Garrett, au Festival de Jazz de North Sea, à La Haye, en juillet 1988.

 

Profondément jazzman, Kenny Garrett reconnaît cependant volontiers s’enthousiasmer à l’écoute du "flow" des rappeurs d’aujourd’hui. L’exemple de son mentor Miles Davis eut décidément une résonance particulière sur son approche multidimensionnelle de la musique. À chaque étape de son développement artistique, Kenny Garrett semble ajouter différents ingrédients à son interprétation toujours très maîtrisée. Il a conscience que les échanges se multiplient, que l’accès à l’information immédiate et l’accélération des modes de communication changent la donne. Bercé par la Soul-Music à sa naissance, biberonné au be-bop que son père lui faisait écouter enfant, éduqué dans de grandes formations swing de référence, et confronté aux élans créatifs d’un parrain de renommée internationale, sa réflexion a mûri.

Kenny Garrett ne répond pas aux sirènes du succès facile et suit son chemin en faisant fi des commentaires et des conseils mal avisés. Soliste inventif et rigoureux, il a les oreilles bien ouvertes et s’intéresse aux cultures du monde. Son goût pour les musiques caribéennes, notamment antillaises, a surpris ses contemporains mais fasciné ses admirateurs. Kenny Garrett est un personnage attachant qui, derrière le sérieux de ses commentaires et analyses musicologiques, cache une gourmandise presque naïve pour les cultures qu’il rencontre en chemin. Il développe ainsi un arc-en-ciel de couleurs sonores qu’il chérit en prenant bien soin de ne jamais oublier la source car, il le sait, l’exemple de ses illustres prédécesseurs a enrichi sa propre interprétation.

© Andy Sheppard/Redferns via Getty Images
Kenny Garrett, en concert au Jazz Club Pizza Express, à Londres, le 25 mars 2012.

 

Kenny Garrett a 60 ans, un âge qui autorise la nostalgie, mais cette tentation de regarder le passé est un danger pour ce fabuleux saxophoniste qui refuse l’auto-célébration et préfère toujours penser à ses prochaines créations. Il note cependant que le gamin timide de Detroit, qu’il était dans les années 1960, a acquis une assurance, une confiance, un statut et une notoriété, qui inspirent désormais d’autres gamins timides. Kenny Garrett est aujourd’hui, à son tour, une personnalité éminente de "L’épopée des Musiques Noires".

⇒ Le site de Kenny Garrett