Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Le "Black Power" résiste-t-il ?

"Black Power", de Sophie Rosemont (GM Editions). © RFI/Joe Farmer

Il y a 50 ans, un groupe de jeunes Noirs effrontés, les Last Poets, entraient dans la bataille de la communauté afro-américaine contre le racisme institutionnalisé. Leur premier album, perçu aujourd’hui comme la source de la culture rap, est devenu le marqueur d’une époque durant laquelle les appels au calme et à la non-violence ne suffisaient plus. Le mouvement "Black Power" trouvait sa raison d’être et agitait les consciences.

La journaliste Sophie Rosemont, auteure d’un ouvrage imposant justement intitulé Black Power, retrace l’engagement des artistes (musiciens, écrivains, cinéastes...) depuis un demi-siècle. Alors que l’Amérique traverse une période de tumultes, relire l’histoire culturelle contestataire des États-Unis nous éclaire sur les enjeux sociaux à venir dans ce pays fort divisé. Portée par un patrimoine musical souvent très explicite, la destinée du peuple américain épouse les œuvres de créateurs inspirés et révoltés. À quand remontent les premières manifestations d’un "pouvoir noir" balbutiant ? Billie Holiday était-elle la première chanteuse rebelle de l’histoire africaine-américaine lorsqu’elle interprétait Strange Fruit ? Mahalia Jackson, Odetta ou Ella Fitzgerald, partisanes d’un discours pacifiste, ont-elles été des activistes ? Le mouvement "Black Power" aurait-il pu naître sans l’idéal de Martin Luther King ? Ces deux visions antagonistes ne nourrissaient-elles pas finalement le même combat ?

© RFI/Joe Farmer
Extrait du livre "Black Power", de Sophie Rosemont (GM Éditions).

 

Il est évident que les assassinats de John Fitzgerald Kennedy en 1963, de Malcolm X en 1965, du pasteur King et de Bobby Kennedy en 1968, ont accéléré la production d’œuvres plus radicales comme celle de Gil Scott-Heron, des Watts Prophets ou d’Isaac Hayes. Symbole des luttes et contradictions de l’Amérique noire, il y a un demi-siècle, le "Black Moses" fut, certes, le messie mégalomane d’une génération insoumise, mais aussi l’esclave d’un système économique cruel. Que sont devenus les Black Panthers ? La flamme a-t-elle résisté ? L’ancien frondeur, Nile Rodgers, est aujourd’hui l’artisan d’une musique policée et positive. Figure éminente du disco-funk au tournant des années 1980, n’a-t-il pas capitulé face au pouvoir de l’argent ? Alors que son groupe Chic faisait scintiller le paysage musical d’alors, le hip-hop reprenait le flambeau d’un mouvement de contestation tombé en désuétude. Tandis que Ronald Reagan entrait à la Maison Blanche, l’espoir d’une normalisation de la citoyenneté noire aux États-Unis était très vite déçu. Si l’on note alors une meilleure représentativité de la communauté afro-américaine dans les médias, la défiance juvénile bouscule les certitudes et le flow cadencé des rappeurs de l’époque dénonce une injustice sociale patente. Les exactions policières se poursuivent en toute impunité.

© RFI/Joe Farmer
Extrait du livre "Black Power", de Sophie Rosemont (GM Éditions).

 

Une avancée technologique va pourtant changer la donne… Le 3 mars 1991, un vidéaste amateur filme l’arrestation musclée d’un automobiliste noir de Los Angeles, Rodney King, dont l’attitude, jugée belliqueuse par les forces de l’ordre, semble justifier à leurs yeux un acharnement violent. Les images perturbantes de cette dérive policière feront le tour des télévisions américaines et susciteront l’indignation populaire. Pour la première fois, une vidéo prise sur le vif devient une preuve irréfutable de la culpabilité d’autorités trop zélées. Ben Harper écrira la chanson Like a King qui, 30 ans plus tard, continue d’inspirer le mouvement "Black Lives Matter" désormais rompu aux dénonciations audiovisuelles que les réseaux sociaux ont multipliées. Les années Obama et les années Trump ont bringuebalé la grande Amérique. L’ascenseur émotionnel fut tel que les divisions semblent irréconciliables. La musique est, une fois de plus, le reflet de ces inquiétantes turpitudes politiques. L’engagement des artistes reste plus que jamais d’actualité pour que la vigilance initiée par les pères du mouvement "Black Power" devienne une exigence incontestable. 
Présentation de Black Power chez GM Éditions
Black Power, l'avènement de la pop culture noire américaine

© RFI/Joe Farmer
Extrait du livre "Black Power" de Sophie Rosemont (GM Éditions).

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