Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Révérence à Bill Withers

Bill Withers sur scène lors du concert "Save The Children" devenu un documentaire du même nom en 1973. © Michael Ochs Archives/Getty Images

Au mois de décembre, "L’épopée des Musiques Noires" honore les grandes figures disparues en 2020…

Disparu le 30 mars 2020 à l’âge de 81 ans, le chanteur, auteur et interprète afro-américain Bill Withers a été un discret témoin de son temps. Sa poésie musicale a pourtant irrigué le paysage musical des années 70 grâce à des mélodies devenues des classiques. « Ain’t no sunshine », « Lean on me », « Lovely Day », « Just The Two of Us » ont inspiré de nombreux artistes au fil des décennies, de Michael Jackson à Kendrick Lamar, de Gil Scott Heron à Ken Boothe…

Le premier album de Bill Withers, « Just as I am », paraît en 1971. Ce disque, concocté par le producteur et pianiste Booker T. Jones, se vend à plus d’un million d’exemplaires dès sa sortie. La chanson phare, « Ain’t no sunshine », sera adaptée par des dizaines d’artistes et lui vaudra un Grammy Award en 1972. Les Ladysmith Black Mambazo, Isaac Hayes, Paul McCartney, Sting, Al Jarreau, Buddy Guy, Tracy Chapman, entre autres, populariseront cette composition à l’échelle planétaire. Grâce à ces multitudes de reprises, Bill Withers devient un parolier très respecté. Il a le vent en poupe, il enchaîne les enregistrements et les prestations scéniques prestigieuses. Le 6 octobre 1972, il se produit à Carnegie Hall, l’un des temples de la musique populaire américaine, situé au cœur de Manhattan à New York. Il présente alors des extraits de son nouvel album et le public est aux anges. Une fois de plus, la voix, les mots et les notes de Bill Withers font mouche et sa notoriété s’accroît encore davantage. Son album « Still Bill » fait l’unanimité et son concert de Carnegie Hall est immédiatement publié en un double vinyle qui fera date. 

Quelques mois plus tard, il est contacté par le trompettiste sud-africain Hugh Masekela et le producteur américain Stewart Levine pour participer à un festival au Zaïre annonçant un combat de boxe qui devait se tenir le 25 septembre 1974. Alors que l’on se prépare à accueillir des artistes africains et afro-américains à Kinshasa, alors que les répétitions commencent pour les trois jours de célébration musicale de la diaspora noire, l’un des deux athlètes se blesse à l’entraînement. Touché à l’œil droit, George Foreman se voit contraint de demander le report du duel avec Mohamed Ali. La confusion règne quelques heures et, finalement, la confrontation sportive est décalée d’un mois. Le promoteur de l’événement, Don King, veut cependant conserver l’événement musical aux dates initiales en guise de prélude à la rencontre Ali/Forman. Ainsi, pendant trois jours, du 22 au 24 septembre 1974, James Brown, Ray Barretto, Myriam Makeba, B.B. King, Tabu Ley Rochereau, Celia Cruz, Manu Dibango, Bill Withers, entre autres, se partageront l’affiche du festival « Zaïre 74 ».

© Redferns - Gilles Petard
Portrait de Bill Withers en 1972.

Jusqu’en 1985, Bill Withers ne cessera d’enregistrer et de se produire sur scène jusqu’à ce que le poids du marché discographique, le poids de la notoriété et une forme de lassitude ne viennent contrarier son élan créatif. Ainsi, après 1985, Bill Withers retournera à une vie de citoyen américain presque ordinaire. Lui qui avait débuté sa carrière d’artiste tardivement, à 33 ans ; lui qui avait connu une jeunesse difficile, une enfance démunie, ne redoutait pas ce retour à l’anonymat et vécut plutôt sereinement ce chapitre moins exposé de son épopée. Il eut un tel succès dans les années 70 et 80 que son nom continuait de nourrir sa légende et d’inspirer de jeunes héritiers. Le chanteur et guitariste afro-américano-argentin, Raul Midón, eut même le privilège de collaborer ponctuellement avec son héros au tournant des années 2010. Grand admirateur de Bill Withers, il fut surpris par un coup de fil du poète semi-retraité qui souhaitait composer une chanson avec lui à condition qu’elle soit interprétée en espagnol. Le titre « Mi amigo cubano » paraîtra en 2014 sur l’album « Don’t hesitate » de Raul Midón. 

Beaucoup d’artistes ont cherché, au fil des années, à enregistrer avec Bill Withers, à le convaincre de retourner en studio ou de remonter sur scène, mais l’intéressé ne prêtait guère attention à ces sollicitations. Il avait décidé de quitter les planches et n’avait qu’une parole. Alors, faute de le voir à nouveau dans le feu des projecteurs, certains chanteurs décidèrent de l’honorer à travers des albums fort révérencieux. Ce fut le cas de José James qui, en 2018, lui consacra un disque entier intitulé « Lean on me » paru chez Blue Note Records. Il est toujours périlleux de s’attaquer à un répertoire connu mondialement. C’est donc avec beaucoup d’humilité que José James entreprit l’enregistrement de son album-hommage. Il n’avait d’ailleurs pas choisi la facilité en revitalisant des chansons que l’histoire n’avait pas forcément retenues.

© Kevin Mazur/WireImage for Rock and Roll Hall of Fame
Stevie Wonder et Bill Withers sur scène lors de la 30e cérémonie annuelle d'intronisation du Rock and Roll Hall of Fame le 18 avril 2015 à Cleveland, Ohio.

Bill Withers était un homme simple qui avait le don de commenter son quotidien en chanson. La guerre du Vietnam l’agaçait ? Il écrivait « I can’t write left handed ». Un sentiment de bien-être l’habitait ? Il écrivait « Lovely Day ». Il se lassait du show-business ? Il décidait de quitter la scène sans crier gare ! Bill Withers était un homme intègre aux convictions bien affirmées. Un rebelle au grand cœur.

Site officiel de Bill Withers