Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Il y eut aussi des sourires en 2020 !

Félix Sabal-Lecco, prêt à répondre aux questions de Joe Farmer. © Christian Rose

L’année 2020 s’achève… Durant ces longs mois d’inquiétude sanitaire, nous avons tenté de rester à l’écoute du monde. Les artistes ont bataillé vaillamment pour nous apporter des messages d’espoir. Grâce à leur résilience musicale, grâce à leurs mélodies-refuges, nous pouvons aborder l’avenir avec une once de confiance.

Grâce à Ray Lema, Félix Sabal-Lecco, Girma Bèyènè, Boncana Maïga, notamment, nos conversations radiophoniques furent un peu plus légères et réconfortantes. Nous n’oublierons évidemment jamais ceux qui nous ont quittés mais, à l’aube d’une nouvelle étape pour chacun d’entre nous, retrouvons les sourires sonores de nos invités venus égayer notre antenne malgré la morosité et l’effroi. Qu’ils soient ici remerciés !

Le 19 janvier 2020, le batteur Félix Sabal-Lecco était heureux de venir converser sur les ondes. Outre une série de concerts prévus à Paris, sa présence en studio n’était pas motivée par sa propre promotion mais par le simple et généreux désir de partager des souvenirs, de narrer des histoires, des anecdotes, des tranches de vie. La Covid-19 paraissait alors bien loin de nos préoccupations quotidiennes et son évocation de ses débuts aux côtés de Manu Dibango n’était pas encore ternie par un printemps assombri par des disparitions en cascade. Le sourire aux lèvres, Félix Sabal-Lecco faisait appel à sa mémoire pour nous raconter sa rencontre avec le célèbre saxophoniste et chef d’orchestre camerounais. Son récit était guilleret et plein d’humour, notamment lorsqu’il évoqua ses collaborations avec Prince et Peter Gabriel. Notre causerie était insouciante et les éclats de rire rythmaient cette joyeuse entrevue radiophonique.

© Christian Rose
Pierre Guillaux-Luc et Éric Rebut fiers de présenter leur film consacré à Girma Bèyènè.

Quelques semaines plus tard, les nuages s’amoncelaient au-dessus de nos têtes mais l’envie de continuer à vivre normalement nous encourageait à écouter nos interlocuteurs dont l’élan créatif et l’enthousiasme communicatif nous satisfaisaient pleinement. Pierre Guillaux-Lux et Éric Rebut, par exemple, se félicitaient de pouvoir annoncer la sortie de leur film My Beautiful Girma, un trépidant documentaire consacré au pianiste et chanteur éthiopien Girma Bèyènè. Illustrée par quelques extraits sonores croquignolesques, notre discussion à bâtons rompus fut vive et passionnante. Se remémorer les grands moments du tournage était tout aussi plaisant qu’instructif, notamment quand Girma Bèyènè, emporté par l’émotion de retrouver son public, avait totalement oublié les caméras et la présence de ses musiciens à ses côtés. Le 1er mars 2020, nous riions encore…

© Thomas Fréteur
Ray Lema et ses musiciens à Kinshasa à l’issue de leur concert en hommage à Franco Luambo.

Puis, vint le confinement et notre effarement. Nos héros disparaissaient les uns après les autres, Manu Dibango, Tony Allen, Lucky Peterson et tant d’autres… Comment pouvions-nous poursuivre avec entrain nos entretiens avec des artistes en deuil ? Comment pouvions-nous les interroger sur leurs projets alors que l’avenir semblait si incertain ? Une fois de plus, ce sont les musiciens eux-mêmes qui eurent le courage de résister. Malgré les restrictions de déplacement, l’impossibilité de monter sur scène, la passion l’emportait et nous avons repris nos dialogues avec les acteurs du bouillonnement culturel afro-planétaire. Le 14 juin 2020, le pianiste congolais Ray Lema nous conta, au téléphone, sa prestation à Kinshasa en 2019 en hommage à l’un de ses aînés, Franco Luambo. Ce souvenir d’une communion sincère avec les spectateurs kinois nous donnait du baume au cœur alors que nous affrontions une expérience humaine inédite et oppressante. Certes, l’atmosphère était pesante mais les mots souriants de Ray Lema, l’espace d’une émission de radio, ont éclairci notre ciel si menaçant.

© Christian Rose
Richard Minier et Boncana Maïga à RFI en octobre 2020.

Au fil des mois, nous avons appris à apprivoiser notre nouveau mode de vie. Nous nous sommes adaptés aux contraintes et nous avons fait face. Lorsque Richard Minier et Boncana Maïga eurent l’opportunité de se déplacer dans la capitale française, ils acceptèrent avec chaleur notre invitation et se plièrent de bonne grâce aux mesures sanitaires pour être parmi nous, le 4 octobre 2020. Pouvoir présenter Africa Mia, leur film consacré à l’aventure des "Maravillas de Mali", était pour eux comme pour nous le signe d’un lent retour à une normalité culturelle et sociale. Nous n’étions pas au bout de nos peines mais la disponibilité de nos hôtes et leur bonne humeur avaient un goût de liberté retrouvée. Il serait vain de nier l’impact de cette pandémie sur notre état d’esprit mais saluons ici la ténacité de tous ceux qui ont préféré sourire et croire en des lendemains plus sereins.

Cet épisode laissera nécessairement des traces mais nous apportera aussi des enseignements. 2021 sera, souhaitons-le ardemment, une année vivifiante et pleine de promesses… 

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