Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Olu Dara, l’intégrité d’un homme libre !

Le trompettiste Olu Dara, en concert au North Sea Jazz Festival, en juillet 2001. © Redferns - Frans Schellekens via Getty

Tout le monde connaît aujourd’hui le rappeur américain Nas. Sa notoriété a largement supplanté celle de son père qui a pourtant été un jazzman de grand talent au cœur des années 1970. Olu Dara est un trompettiste inspiré qui s’illustra d’abord dans une humeur free jazz insufflée par une ère de rébellion multicolore. On le vit aux côtés des figures libres de la contestation artistique, les David Murray, Henry Threadgill, Hamiet Bluiett, Don Pullen…

Il ne fit paraître que deux albums sous son nom mais ses collaborations nombreuses aux productions de ses contemporains le hissent au rang des créateurs authentiques de "L’épopée des Musiques Noires". Olu Dara fêtera son 80e anniversaire le 12 janvier 2021. 

Charles Jones Jr alias Olu Dara n’a jamais cherché la gloire et la lumière des projecteurs. Il est pourtant un acteur essentiel dans l’histoire des musiques populaires américaines. Lorsqu’il voit le jour à l’aube des années 1940, à Natchez dans le Mississippi, son environnement sonore est entaché de la complainte des noirs américains dans les champs de coton que les bluesmen expriment toujours près d’un siècle après l’abolition de l’esclavage.

►À (ré)écouter aussi : Tranches de vies dans le Mississippi

Le père d’Olu Dara est, lui-même, musicien et parcourt l’Amérique avec son propre groupe, les "Melodiers", dans l’espoir de faire carrière et de gagner sa vie mais les conditions sociales sont rudes à cette époque et la ségrégation n’arrange rien. Pour autant, la musique est une échappatoire bien utile pour résister à l’oppression. Ainsi, le petit Charles Jones Jr grandit dans un univers culturel qui le préserve de la violence raciale que la communauté africaine-américaine subit alors quotidiennement. La musique est un refuge et occupe l’esprit vierge et innocent du futur Olu Dara.

© Getty Images - Anthony Barboza
Dans les loges du Sweet Basil Nightclub, dans les années 1980. Olu Dara est à droite, avec le musicien de jazz Henry Threadgill, assis à gauche.

 

Porté par le blues rural de ses contemporains, Charles Jones Jr apprend très vite à interpréter lui-même cette forme d’expression basique, rugueuse, authentique, qui identifie immédiatement les musiciens du sud des États-Unis, des gens simples qui n’ont jamais cherché à fanfaronner ou à prouver qu’ils avaient plus de valeur que d’autres. Olu Dara fait donc partie de cette famille d’artistes qui préfère choyer un art de vivre, quitte à défier une industrie du disque incapable d’accompagner les créateurs trop indépendants ou libres. Les deux uniques albums d’Olu Dara, From Natchez to New York, et Neighborhoods, sont sortis en 1998 et 2001. Olu Dara avait déjà presque 60 ans mais ne s’en souciait guère.

Sa vie de troubadour du blues n’avait pas commencé avec ces deux disques. Pendant des décennies, il s’était produit sur les scènes internationales dans des contextes très divers. Son ouverture d’esprit lui apporta l’aisance et la flexibilité nécessaires pour éviter les compromissions. Il s’illustra même en studio avec son fils lors des séances d’enregistrement de l’album Street’s disciple paru en 2004. Le succès et l’originalité du rappeur Nas sont le fruit d’une éducation musicale transmise par son père, Olu Dara, qui fit taire les traditionalistes, puristes, bien-pensants, toujours prompts à fustiger l’audace de leurs contemporains lorsqu’ils s’acoquinent avec les étoiles de la culture hip hop.

© WireImage - Theo Wargo via Getty
Le rappeur Nas, de son vrai nom Nasir Jones, avec son père Olu Dara, en 2004, lors de la cérémonie des Hip Hop Honors.

 

Olu Dara est un artiste curieux et à l’écoute de la nouveauté. Il n’en reste pas moins un musicien dont les racines blues proviennent de sa terre natale, le Mississippi, devenue la matrice géographique de toutes les cultures afro-américaines. Et même si son expressivité remonte à sa prime jeunesse, les années 1940, et même s’il éprouve une certaine nostalgie pour cette époque insouciante de son existence, il reste clairvoyant et reconnaît volontiers que ressasser le passé est une activité stérile et ne nourrit pas la création. Tout au long de sa vie, Olu Dara a toujours cherché à se renouveler.

En 2001, il invitait le chanteur et musicien congolais Coster Massamba à venir célébrer le continent africain dont il se sait l’un des enfants. Il regrette toujours d’ailleurs aujourd’hui de devoir clamer haut et fort ses origines ancestrales alors que d’autres communautés aux États-Unis sont parvenues à les faire respecter. Artiste intègre et sans concession, Olu Dara a été soutenu dans sa quête d’indépendance créative par quelques personnalités majeures de "L’épopée des Musiques Noires", le pianiste néo-orléanais Dr John, aujourd’hui disparu, et la chanteuse Cassandra Wilson originaire, comme Olu Dara, du Mississippi. Il paraissait logique qu’il les invite en studio lorsqu’il eut l’opportunité d’enregistrer son deuxième album Neighborhoods.

© WireImage - Johnny Nunez via Getty
Trois générations de Jones avec, Olu Dara entouré de son père Charles Jones II, à sa gauche, et son fils Nas, à droite, lors de la fête d'anniversaire de ce dernier en 2006 au Canal Room, à New York.

 

À 80 ans, Olu Dara a su rester humble, modeste et sincère. Ce monsieur n’a pas joué le jeu du show-business, il a suivi ses désirs, ses envies, sans se soucier de son image, de sa popularité. C’est pour lui la définition du succès !