Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Hommage à Chick Corea

Chick Corea en concert, lors du Love Supreme Festival, le 6 juillet 2019 en Angleterre. © Tabatha Fireman/Redferns/Getty images

Formidable compositeur, intrépide pianiste, chef d’orchestre savant, Chick Corea aura passé sa vie à repousser les barrières de styles en n’acceptant aucune catégorisation de sa musique. Il était juste un amoureux du son qui se lançait constamment des défis et brillait autant dans la musique classique européenne que dans le jazz afro-américain ou les cadences caribéennes, latines et africaines. Partenaire de Miles Davis, contemporain d’Herbie Hancock, il a été l’un des très grands virtuoses de notre temps. Chick Corea nous a quittés le 9 février 2021. Il avait 79 ans.

Au tournant des années 1970, l’emphase et la grandiloquence pouvaient être l’une des signatures de Chick Corea quand il s’adonnait à des expérimentations électriques parfois ampoulées mais, lorsqu’il se retrouvait seul au piano, il pouvait au contraire livrer des prestations d’une rare sensibilité. Chick Corea n’avait pas d’œillères quand il décidait d’adapter une œuvre connue. Qu’il s’agisse d’une ritournelle Soul signée par Stevie Wonder ou d’une harmonie empruntée à Mozart, il n’hésitait pas à s’en inspirer pour donner libre cours à ses improvisations. On le vit ainsi interprète de Thelonious Monk, de Paco de Lucía, ou soliste devant le London Philharmonic Orchestra. Chick Corea osait tout et brillait sur les scènes internationales avec pour seule motivation : se défier lui-même, tester sa propre maestria et apporter du bonheur aux spectateurs. 

© John Shearer/WireImage/Getty images
Al Jarreau et Chick Corea, lors des 49èmes Grammy Awards, leur prix à la main.

C’est Miles Davis qui révélera Chick Corea au grand public. Il participera à plusieurs albums du trompettiste dont le fameux Bitches Brew en 1970. L’espace de liberté psychédélique que lui offre alors le grand Miles lui donne le goût du risque. Cette qualité-là ne le quittera plus. Né en 1941 de parents italiens installés aux États-Unis, il parviendra progressivement à entrer dans la communauté jazz américaine grâce à son ouverture d’esprit et son ingéniosité mélodique. Touche-à-tout de génie, certains lui reprochèrent parfois de se perdre dans des recherches sonores hasardeuses mais sa profonde connaissance de la musique et sa curiosité presque enfantine pour de nouveaux procédés technologiques, finissaient toujours par faire taire les critiques. Chick Corea ne s’est jamais fourvoyé. Comme tout maestro, avide de nouvelles sensations, il passait allègrement d’une humeur musicale à une autre. Ces dernières années, un jazz plus classique en trio ou en quartet semblait convenir au développement perpétuel de son art.

© Shahar Azran/WireImage/Getty images
Stevie Wonder et Chick Corea, sur scène, à l'Apollo Theater, à New York, le 13 juin 2011.

 Chick Corea a constamment redéfini les contours du jazz. Avec Miles Davis, il se laissait porter par l’esprit libre de la génération hippie ; avec son groupe Return to Forever, il flirtait avec le rock multicolore et bricolait son synthétiseur ; face à son piano, seul, il retrouvait la grâce de ses envolées lyriques. Toutes ces époques, toutes ces tranches de vie ont façonné son personnage et accéléré sa maîtrise incontestable de l’interprétation et de l’improvisation. Comment, devant un tel foisonnement d’idées et de croisements culturels, pouvons-nous décréter que Chick Corea n’était qu’un jazzman ? Il était d’abord un pianiste en quête d’excellence qui faisait fi des appellations ou classifications. Qu’il ait été électrique, acoustique, classique ou jazz, Chick Corea était un immense instrumentiste couronné par 23 Grammy Awards et célébré dans le monde entier. Lors de sa disparition à 79 ans, le 9 février 2021, une pluie d’hommages a salué sa mémoire et signifié sa place essentielle dans l’univers des musiques vivantes, bien loin des chapelles entre amateurs de jazz, de rock, de funk, de soul, de musiques classiques caribéennes, africaines, européennes ou américaines. De Quincy Jones à Bobby Mc Ferrin, de Chucho Valdés à Al Di Meola, de Danilo Perez à John McLaughlin, l’émotion fut planétaire !

© Edu Hawkins/Redferns via Getty Images
Herbie Hancock et Chick Corea, à Montreux (Suisse), le 16 juillet 2015.

Le 2 mars 2020, juste avant qu’une pandémie n’interdise toute représentation musicale en public, Chick Corea donnait un concert exceptionnel à la Philharmonie de Paris en compagnie du bassiste Christian McBride et du batteur Brian Blade. Ce trio magique subjugua les spectateurs par la fluidité de ses interprétations. Ce fut le dernier concert de Chick Corea dans la capitale française et l’un des derniers grands rendez-vous musicaux avant le silence assourdissant du confinement. 

Le site de Chick Corea