Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

 

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Shemekia Copeland appelle à l’unité !

Shemekia Copeland en concert. © Mike White

Depuis son premier album, Turn the heat up, en 1998, la chanteuse Shemekia Copeland ne cesse de développer son art avec application et gourmandise. À 41 ans, elle est devenue une femme déterminée, une mère de famille, une citoyenne américaine consciente des défis que doit affronter son pays. En faisait paraître Uncivil War, elle s’implique davantage et donne indirectement une leçon d’histoire à ses contemporains. Elle les met face à leurs contradictions et les exhorte à trouver l’unité. Peut-être involontairement, le nouveau président Joe Biden a repris à son compte cette maxime Uncivil War tristement d’actualité. Nul doute que le nouvel album de la toujours rayonnante Shemekia Copeland résonnera bruyamment dans l’Amérique du XXIe siècle. 

Lorsqu’on lui demande de commenter la situation sociale et culturelle de sa terre natale, Shemekia Copeland ne semble pas surprise par la déliquescence de la démocratie américaine. Bien qu’elle regrette amèrement de voir ses contemporains s’entredéchirer, elle ne peut que constater les ravages du racisme institutionnalisé dont elle subit les revers depuis sa naissance. "Je suis une Africaine-Américaine. Tout ce qui se passe actuellement aux États-Unis n’est pas nouveau pour moi et ne m’étonne guère. Je vis avec cela depuis que j’ai vu le jour. C’est mon quotidien !", précise-t-elle un peu désabusée. Pour autant, baisser les bras n’est pas une option pour cette jeune femme dynamique qui suscite les louanges unanimes. Saluée par plusieurs récompenses honorifiques, dont plusieurs "Blues Music Awards", elle est désormais une voix qui compte. Ces dernières années, ses propos sont devenus plus explicites. Déjà dans America’s Child en 2018, la tonalité de ses interprétations laissait deviner une prise de conscience de plus en plus affirmée. 

 

© Barry Brecheisen/WireImage for NARAS
En concert lors du lancement du Chicago Blues Festival dans le club "Legends" de Buddy Guy.

 

C’est en 2008, alors que le sénateur de l’Illinois, Barack Obama, accède à la fonction suprême, que Shemekia Copeland perçoit l’absolue nécessité de s’engager pour défendre les valeurs de tolérance et de respect mutuel. Elle croit en ce nouveau président qui l’inspire et se retrouve même à ses côtés, le 21 février 2012, lors d’une célébration des icônes du blues à la Maison Blanche en présence de B.B King, Buddy Guy, Mick Jagger, Gary Clark Jr, Jeff Beck, entre autres… Elle invitera d’ailleurs son prestigieux hôte à chanter le refrain de Sweet Home Chicago devant un parterre de personnalités politiques et artistiques de premier ordre. La volte-face des années Trump a évidemment rebattu les cartes et encouragé les prises de parole. Shemekia Copeland a durement ressenti la radicalisation des esprits et persiste à croire que l’avenir se joue à l’unisson et non dans la division.

 

© Alligator Records/Mike White
Le titre qui ouvre l’album "Uncivil War" de Shemekia Copeland.

 

Sur son dernier album, Uncivil War, elle incite ses concitoyens à réfléchir, à comprendre l’histoire, à s’interroger sur les causes des troubles sociaux. La chanson Clotilda’s on fire évoque, par exemple, ce triste épisode de la traite négrière quand, en 1860, le capitaine d’un navire américain en provenance de Ouidah au Bénin (ancien Royaume du Dahomey) accosta sur les côtes d’Alabama avec 110 Africains à bord bien que la vente d’esclaves était interdite depuis 1807. Par peur d’être inquiété, il préféra brûler son bateau (La Clotilda) et le laisser couler. Les 110 pauvres Africains enchaînés furent heureusement, au préalable, transférés sur une autre embarcation. Le capitaine Foster n’écopa que de 1 000 dollars d’amende pour défaut de paiement de droits de douane sur ses… "importations". Ce seul exemple démontre combien l’impunité gangrène la société américaine depuis des siècles. Shemekia Copeland ne le tolère plus et entend susciter des réactions utiles et positives à travers son répertoire. 

À quelques jours du 50e anniversaire d’Alligator Records, le label qui la révéla, la vibrante chanteuse new-yorkaise est plus que jamais résolue à relever ce défi de porter haut le flambeau de la justice et de l’égalité. Elle y veillera lors d’une soirée exceptionnelle diffusée sur internet, le 13 mars 2021. Nul doute que l’esprit altruiste de Johnny "Clyde" Copeland, le père de Shemekia, disparu en 1997, planera sur ces fastueuses festivités ! 

→ Le site de Shemekia Copeland

Alligator Records (50e anniversaire), concert le 13 mars 2021 en streaming