Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Manu Dibango nous manque…

Manu Dibango et Ernst Van Tiel (directeur musical de l’Orchestre national de Lyon), le 12 juillet 2019 à Vienne (France) © Arthur Viguier/JAV 2019

Il y a déjà un an, le 24 mars 2020, le célèbre saxophoniste et chef d’orchestre camerounais, Manu Dibango, nous quittait à l’âge de 86 ans. Sa voix ronde et chaleureuse résonne toujours dans notre mémoire et ses derniers enthousiasmes musicaux restent si présents que le plaisir de le réécouter se conter ne s’érode pas. Le 12 juillet 2019, le festival "Jazz à Vienne" lui offrait une scène à la hauteur de sa débonnaire majesté. Devant les 7 000 spectateurs du théâtre antique, il narrait en musique son épopée à travers un "Safari Symphonique" porté par les cordes de l’Orchestre national de Lyon. 

Manu Dibango a toujours refusé de se laisser piéger par les barrières de styles. Son ouverture d’esprit et sa science des rythmes et des harmonies lui ont évité l’implacable catégorisation des cultures voulue par l’industrie du disque. Ses goûts musicaux dépassaient largement le cadre strict du jazz et des musiques africaines. En prenant le temps de converser avec ce jovial instrumentiste, différentes facettes de sa personnalité pouvaient subitement réapparaître. Manu Dibango dissertait aisément sur les œuvres de Haendel, Bach, Rachmaninov, Fela Kuti, Miles Davis, Gil Evans, si son interlocuteur lui en donnait l’occasion. Certes, son accueillant sourire invitait davantage à des échanges badins mais, au détour d’une plaisanterie, rejaillissaient parfois des convictions qu’il se plaisait à réaffirmer. L’acuité de son propos supposait une écoute attentive et une curiosité sincère. 

© Arthur Viguier/JAV 2019
L’Orchestre national de Lyon au service du répertoire de Manu Dibango, le 12 juillet 2019, à Vienne (France).

 

Lorsqu’il présenta le "Safari Symphonique" durant cette ultime tournée européenne, l’intention de se révéler dans toute sa diversité était évidente. Outre la magnificence des arrangements illuminés par la dignité d’un orchestre classique, Manu Dibango s’était entouré de ses amis, partenaires et complices, pour donner du relief à ses interprétations. La bassiste Manou Gallo et la chanteuse Flavia Coehlo, notamment, apportaient cette touche de fraîcheur virtuose qui revitalisait la fougue de titres historiques. On n’osait se l’avouer, mais ce somptueux récit musical nous rappelait insidieusement que les années passaient… Pour autant, le tonus du maître de cérémonie sur scène ne laissait aucunement poindre la nostalgie. La ferveur du moment interdisait toute mélancolie. La célébration l’emportait tout naturellement.  

© Arthur Viguier/JAV 2019
Manu Dibango et ses invitées, Flavia Coelho et Manou Gallo, le 12 juillet 2019 à Vienne (France).

 

Manu Dibango était heureux, enthousiaste, animé par ce désir de vivre des instants de plénitude artistique authentique. Il remercia chaleureusement le public et s’éclipsa de la lumière des projecteurs avec, déjà en tête, d’autres prestations, d’autres projets, d’autres rencontres… Il y a un an, nos cœurs se sont serrés, nos souvenirs se sont flétris mais la force expressive de la musique a séché nos larmes. Cet héritage patrimonial-là n’est pas un épilogue. C’est le marqueur d’une époque dont nous pouvons nous vanter d’avoir été les contemporains. 

Extrait du concert de Manu Dibango au Festival "Jazz à Vienne".