Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Les trésors du Studio 17

"Studio 17, The Lost Reggae Tapes" de Mark James et Reshma B. © Qwest TV/Widestream Films/Studio 17

Dans les années 1960 et 1970, Kingston devenait le cœur des musiques caribéennes. Le mento, le ska et finalement le reggae rythmaient le quotidien de la population jamaïcaine. Au cœur de ce bouillonnement artistique et culturelle, le Studio 17 permettait à des dizaines de musiciens de se révéler. La journaliste et productrice britannique Reshma B est retournée sur place pour comprendre et relater cette histoire méconnue. Son film Studio 17 : The Lost Reggae Tapes évoque avec frisson une époque, une destinée, une révolution sonore.

C’est au hasard d’une rencontre avec le producteur Clive Chin que Reshma B envisage un documentaire consacré aux prémisses d’un genre musical universel, le reggae. Elle est alors en quête d’interviews pour les différents organes de presse numériques auxquels elle collabore régulièrement. Elle n’imagine certainement pas que sa conversation avec Clive Chin lui réservera une sacrée surprise. Au détour d’une question sur le chanteur jamaïcain Dennis Brown, son interlocuteur, lui révèle détenir des enregistrements inédits de cet artiste disparu en 1999. La curiosité de Reshma B lui impose de poursuivre la discussion. Elle découvre que Clive Chin a été, comme son père Vincent Chin, un artisan du succès de nombreuses figures jamaïcaines. Dans son studio du 17 North Parade à Kingston, il a, pendant plusieurs années, immortalisé les mots et les notes de vraies personnalités en devenir. Contraint de quitter Kingston, alors que le climat social se tend au cœur des années 1970, il laissera malheureusement en jachère des dizaines de bandes magnétiques inexploitées. 

© Courtesy of Widestream Films
Les archives du Studio 17.

 

Clive Chin entreprendra alors de rapatrier à New York toutes ces archives inestimables et de les restaurer. Après moult déboires juridiques, il exaucera enfin le vœu de son regretté fils Joël, assassiné à Kingston, qui l’avait maintes fois encouragé à sauvegarder ce patrimoine historique. Subitement, les noms de Lord Creator, Alton Ellis, Peter Tosh, Lee "Scratch" Perry, Gregory Isaacs, résonneront à nouveau. C’est à ce moment précis que Reshma B perçoit l’intérêt d’aller plus loin et de narrer cette épopée qui épouse celle de la Jamaïque car, derrière les sessions captées au studio 17 par Clive Chin et, avant lui, par son père Vincent Chin, il y a l’écho d’un peuple qui gagne son indépendance en 1962 et inscrira progressivement ses racines culturelles dans le paysage musical mondial. 

© Courtesy of Widestream Films
Lee "Scratch" Perry.

 

À l'époque, dans les rues de Kingston, on entendait la chanson de Lord Creator : "Indépendent Jamaica". C’est une composition qui a été enregistrée par le père de Clive Chin, Vincent Chin. Ce n’est pas encore du reggae. Il s’agit davantage d’une tonalité ska, l’ancêtre du reggae. Le ska était alors la musique des campagnes en Jamaïque. Personne n’avait eu l’idée d’enregistrer cette musique traditionnelle pour la hisser en porte-drapeau de l’indépendance jamaïcaine. Pourtant, cette chanson de Lord Creator est devenue un hymne et les habitants de l’île l’ont accueillie avec ferveur. Elle célébrait, d’une certaine façon, l’aspiration des Jamaïcains à être un peuple indépendant. Dans le film, d’ailleurs, le vétéran Ernest Ranglin explique à quel point le ska a été important dans la culture jamaïcaine. Il décrit le rythme singulier de cette forme d’expression qui a fait naître le rocksteady et enfin le reggae. Toutes ces évolutions sont nées de l’humeur sociale du pays à travers les décennies. Le ska était une musique joyeuse. Beaucoup de gens dansaient sur cette musique dont le tempo était irrésistible. Il suffit d’écouter "My Boy Lollipop" par Millie Small pour ressentir cette musicalité pop heureuse et légère. Puis, l’humeur s’est assombrie avec le rocksteady incarné par un artiste comme Alton Ellis et enfin le reggae dont la dimension politique ne vous aura pas échappé. (Reshma B au micro de Joe Farmer)

© Courtesy of Widestream Films
Millie Small en compagnie du producteur Vincent Chin, le père de Clive Chin au cœur des années 60.

 

Studio 17 : The Lost Reggae Tapes n’est pas qu’un film musical consacré aux sources métisses caribéennes, il témoigne du quotidien politique, social, économique d’une population en quête de liberté et de respectabilité. Ce documentaire passionnant est disponible sur la plateforme audiovisuelle Qwest TV créée par Quincy Jones et Reza Ackbaraly. 

Vidéo - Studio 17 - The Lost Reggae tapes (Documentary Trailer) | Qwest TV

 

→ Le site de Qwest TV

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