Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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"Dibiye" réédité, Francis Bebey honoré

Patrick Bebey et Vincent Mahey en studio à RFI. © Joe Farmer/RFI

Il y a 20 ans, le poète, chanteur et guitariste camerounais, Francis Bebey, disparaissait à l’âge de 71 ans. Le label PeeWee! réédite aujourd’hui le fameux album Dibiye paru à l’origine en 1998. Pour l’occasion, le disque est présenté en version deluxe avec trois titres supplémentaires, un livret très complet, de nouvelles photos et une interview de l’artiste disparu. Son fils, Patrick Bebey, et l’ingénieur du son de l’époque, Vincent Mahey, nous content cette semaine l’aventure artistique de cette production historique. 

Francis Bebey fut une figure marquante de "L’épopée des Musiques Noires". Artiste multidisciplinaire, il fut une personnalité dont les talents divers le hissèrent parmi les grands créateurs du XXe siècle. Biberonné au répertoire de la musique classique européenne, sa science de l’harmonie le distinguera de ses homologues musiciens. Bach et Haendel font alors partie d’un paysage musical importé par les colons, mais Francis Bebey ne se satisfait pas de cette seule orientation culturelle. Il cherchera donc à connaître les valeurs traditionnelles de son identité ancestrale et, au fil des années, retrouvera la tonalité africaine de ses origines. Initié au banjo par son frère, c’est à la guitare qu’il se révélera définitivement. 

© PeeWee! Studios
Francis Bebey pendant l’enregistrement de "Dibiye" en 1997.

 

Francis Bebey arrive en France au tournant des années 1950. Il entreprend des études d’anglais à La Sorbonne et ne tarde pas à fréquenter ses compatriotes camerounais dont un certain Manu Dibango qui lui parle de jazz et de blues. Le ver est dans le fruit et Francis Bebey se laisse bercer par ces tonalités afro-américaines libres et frondeuses. Heureux diplômé, il se convainc de devenir journaliste. Il fera d’ailleurs ses premiers pas de reporter à la Sorafom (Société de radiodiffusion de la France d’Outre-Mer), l’ancêtre de Radio France Internationale. Amoureux des belles lettres, son cœur hésite entre les mots et les notes. Il commence à écrire des essais mais ses doigts inspirés par les six cordes de sa guitare le démangent. Tout au long de son existence, l’ambivalence de ses aptitudes artistiques lui donne l’opportunité de briller dans plusieurs domaines. Ses premiers écrits font mouche (Le fils d’Agatha Moudio – 1968) comme ses premiers enregistrements (Idiba – 1972).

Ses connaissances académiques le poussent cependant à creuser le sillon de la composition. Il répond aux sollicitations les plus savantes. Il écrit une pièce musicale pour quatuor à cordes et flûte pygmée. Il offre à la virtuose franco-américaine Sonia Wieder-Atherton une œuvre pour sanza et violoncelle. Son application n’a d’égale que sa malice car, derrière le sérieux de son travail, il y a un homme rieur qui s’amuse à dénoncer les travers de ses contemporains dans des mélodies accrocheuses qui feront sa gloire. Agatha, Si les Gaulois avaient su, La condition masculine pointent du doigt les postures risibles de l’humanité.

© Joe Farmer/RFI
Patrick Bebey et Vincent Mahey, heureux d’honorer la mémoire de Francis Bebey à RFI.

 

Invité sur les scènes internationales les plus prestigieuses, Francis Bebey deviendra l’hôte des grands de ce monde et conservera, jusqu’à sa triste disparition en 2001, l’estime de ses disciples et admirateurs. Alors que reparaît Dibiye, souvenons-nous de cette finesse spirituelle qui épousait l’inventivité d’un penseur insatiable.

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