Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Merci Christine Salem !

Christine Salem à RFI nous dit "Mersi". © Joe Farmer/RFI

Il est temps de saluer les artistes qui œuvrent pour un monde pacifié ou, tout au moins, appellent à la tempérance. La chanteuse réunionnaise Christine Salem est une âme sensible qui s’indigne souvent, s’insurge parfois, mais n’oublie pas que son présent est dicté par l’engagement de ses ancêtres. Dans son nouvel album Mersi, la spiritualité l’emporte sur la frénésie du quotidien. Christine Salem vit le blues, ressent le maloya, et interprète sa vie avec profondeur et authenticité.

Jusqu’en 1981, le Maloya était une forme d’expression interdite sur l’île de La Réunion, ce petit territoire de l’océan Indien nourri de sources culturelles très diverses. Il aura fallu la hardiesse de nombreux insoumis pour que l’on perçoive les racines d’un peuple attaché à ses valeurs. Christine Salem se souvient avoir refusé, gamine, l’éducation imposée par un système colonial tout puissant. Sa quête d’identité ne faisait que commencer et son obstination finit par porter ses fruits. C’est dans l’univers de la musique que ses convictions purent enfin jaillir au grand jour. Sa voix profonde et harmonieusement redoutable invite à l’introspection, et même l’incantation, quand des accents gospel irradient subitement son répertoire. 

© Franck Loriou
Christine Salem.

 

Le sourire de Christine Salem s’accompagne parfois d’un regard perçant qui semble dévisager son interlocuteur et, peut-être, l’intimider. Ce tempérament de feu est le retentissement d’une existence chahutée par un désir ardent de considération et de respect. Curieuse, attentive, Christine Salem ne craint pas les aventures. Ses envies ne souffrent aucune retenue. Elle les assouvit et s’en félicite. Alors qu’elle mettait à profit un temps de confinement pandémique pour imaginer de nouvelles compositions, l’idée de faire appel à un violoniste devint une évidence. Si cet instrument ne résonne pas dans l’histoire du Maloya, il rayonne dans les œuvres de Christine Salem. Ce choix de marier des sonorités antinomiques est un acte plus spontané que réfléchi. Christine Salem est une personnalité instinctive qui se laisse guider par ses enthousiasmes et ses emportements.

© Joe Farmer/RFI
Christine Salem au micro de Joe Farmer.

 

Le résultat, si kaléidoscopique soit-il, trouve sa pertinence et sa logique dans chacune de ses interprétations. La justesse de ses élans artistiques nous emporte dans le tourbillon du temps à une époque où les esclaves cherchaient dans le chant un espace de libération spirituelle. Qu’il soit l’écho du Mississippi ou des terres australes africaines, le cri est le même. Il est un appel à la délivrance, à la sérénité, à la plénitude. Christine Salem le sait, le sent et le chérit. 

Le site de Christine Salem.

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