Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

 

En savoir plus sur l'émission, les horaires, le calendrier ... En savoir plus sur l'émission

Jazz à Juan, 60 ans de passion musicale ! (1ère partie)

Le saxophoniste Kenny Garrett en plein solo, lors de la 60ème édition de "Jazz à Juan". © Rivierakris

Cela fait 60 ans que le festival "Jazz à Juan" invite les plus grandes figures de notre temps sur la fameuse scène de la pinède gould dans l’extrême sud-est de la France. Charles Mingus, Ray Charles, Miles Davis, Ella Fitzgerald, Sonny Rollins, Dizzy Gillespie, Al Jarreau, Stanley Clarke, Sarah Vaughan, ils sont tous venus à Juan ! Cette année, les célébrations du soixantième anniversaire ont réuni, sur la même affiche, des artistes aussi divers que Kenny Barron, Gregory Porter, Amadou et Mariam, Wynton Marsalis, Kenny Garrett ou John McLaughlin… Autant de bonnes raisons de tendre nos micros ! 

Le 11 juillet 2021, c’est l’immense saxophoniste Kenny Garrett qui régalait les spectateurs enjoués de quelques envolées jazz lyriques. Il faut dire que ce brillant instrumentiste fut très tôt perçu comme le virtuose absolu, dont l’énergie inventive avait conquis des personnalités aussi charismatiques que Miles Davis, par exemple. À l’écoute de Kenny Garrett, c’est toute la diversité des cultures africaines ancestrales qui s’exprime. Passionné par les musiques caribéennes, il développe depuis quelques années une tonalité profondément enracinée dans "L’épopée des Musiques Noires". Sur son prochain album Sounds from the ancestors, Kenny Garrett en appelle aux esprits de ses aînés. Dans le titre Soldats des Champs, il évoque la révolte des esclaves en Haïti dont le sacrifice mena à l’indépendance en 1804. Cette composition est aussi la révérence d’un instrumentiste de talent à ses prédécesseurs qui, eux aussi, ont dû batailler pour se faire entendre et être respectés. Le cœur batteur d’Art Blakey et le groove de Tony Allen semblent résonner dans ce disque très révérencieux. Kenny Garrett honore également le regretté trompettiste Roy Hargrove, dont il loue les prouesses rythmiques et harmoniques.

© Joe Farmer/RFI
Kenny Garrett, le 11 juillet 2021, à Juan-les-Pins.

Sur scène, à Juan, Kenny Garrett a facilement conquis le public. Les vrais amateurs de jazz auront d’ailleurs noté sa propension à citer ses héros, Coleman Hawkins, John Coltrane, Miles Davis. Les échos de Body & Soul, A Love Supreme ou Jean-Pierre nous rappelèrent insidieusement que Kenny Garrett fut et reste un musicien attaché à la tradition même s’il sait se faufiler dans les méandres de la culture afro-planétaire, du gwoka guadeloupéen au rap américain, en passant par l’afrobeat de Fela Kuti. Les festivaliers furent parfois surpris d’un tel éclectisme mais, surtout, époustouflés par cette aisance et cette ferveur jubilatoire qui animent son jeu et illuminent son répertoire. Kenny Garrett est un vrai leader. Il ne fanfaronne pas, il donne la direction artistique que son inspiration suscite. Cette qualité-là est unique et identifie les grandes figures de notre temps.

Quelques jours plus tard, un autre ancien partenaire de Miles Davis devait charmer les amateurs de jazz à Juan-les-Pins, mais les conditions météorologiques poussèrent les organisateurs à annuler cette prestation par mesure de sécurité. Il est vrai que de très fortes rafales de vent menaçaient la bonne tenue de ce concert très attendu. John McLaughlin se faisait pourtant une joie de se produire à nouveau devant une foule fort enthousiaste pour présenter son nouvel album Liberation Time. Comme son nom l’indique, ce projet manifeste clairement le besoin, pour chacun d’entre nous, de trouver un espace de liberté indispensable pour notre équilibre spirituel et psychologique. Ce disque est donc la conséquence d’une pandémie qui a durement affecté notre quotidien. La musique étant un langage universel, il n’est pas difficile de comprendre l’intention et le propos du fameux guitariste britannique. Fort bien entouré par une équipe internationale, dont l’illustre Étienne Mbappé à la basse, John McLaughlin se réjouissait de partager le fruit d’une intense réflexion après des mois de confinement paradoxalement très productifs, comme il le précisa à notre micro lors de cette 60ème édition de Jazz à Juan !

→ Le site de Jazz à Juan-les-Pins

© Rivierakris
John McLaughlin au micro de Joe Farmer, le 13 juillet 2021, lors du 60e festival "Jazz à Juan".