Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Newport Jazz Festival 1958

Louis Armstrong au Newport Jazz Festival 1958. © Carlotta Films

En 1958, le photographe américain Bert Stern a 29 ans. Il a déjà acquis une petite notoriété en qualité de publicitaire. Il obtient, notamment, un franc succès lors d’une campagne de promotion d’une célèbre vodka dont il crée un visuel remarqué. À l’été 1958, il immortalise avec des moyens rudimentaires la 5ème édition du Newport Jazz Festival. Son film, Jazz on a summer’s day, deviendra un document historique reconnu et célébré. Christian McBride, actuel directeur artistique du Newport Jazz Festival, s’enthousiasme à notre micro devant ces images exceptionnelles nouvellement restaurées. 

En 1958, les grandes figures du jazz s’appellent Louis Armstrong, Thelonious Monk, Dinah Washington, Anita O’Day et sont toutes à l’affiche des grands rendez-vous musicaux de l’époque. À Newport, ville balnéaire de la côte Est des États-Unis, un rendez-vous annuel commence à susciter l’intérêt du public et des critiques. À l’initiative du pianiste et producteur de disques, George Wein, le Newport Jazz Festival rythme depuis 1954 les étés de la population locale. L’éclectisme du programme proposé aux spectateurs installera cet événement d’envergure dans le paysage culturel américain. Pour autant, l’agitation provoquée par la venue de dizaines d’artistes aussi divers que Chuck Berry ou Mahalia Jackson bousculera la quiétude d’une petite ville bourgeoise peu habituée à une telle effervescence. Au cœur des années 50, la société américaine est encore très conservatrice et la place des citoyens noirs dans le développement de la nation est toujours très contestée.

 

© Carlotta Films
Mahalia Jackson à Newport, juillet 1958.

 

"Je peux en tout cas vous confirmer qu’il n’y avait pas beaucoup d’Afro-Américains à Newport à cette époque. Je ne pense pas que les choses aient beaucoup évolué depuis d’ailleurs. Les spectateurs noirs qui assistaient aux concerts du Newport Jazz Festival provenaient d’autres villes des États-Unis comme New York ou Boston. Ils n’étaient pas originaires de l’État de Rhode Island. Je pense donc que ce film, tourné en 1958, reflète bien l’Amérique d’alors. Pour autant, je ne parlerais pas de ségrégation pour Newport, je dirais seulement que cela témoigne d’une situation qui prévalait autrefois. D’ailleurs, Newport n’est toujours pas une ville très cosmopolite. En d’autres mots, le Newport jazz festival était le seul moment où se sont croisés et se croisent toujours des Américains d’origines diverses". (Christian McBride au micro de Joe Farmer)

Au-delà de l’aspect sociologique, le film de Bert Stern révèle l’audace de George Wein qui flairait très vite les aspirations du public et, notamment, des jeunes spectateurs. Ce document historique présente, certes, une facette de la société américaine de 1958 mais permet surtout de voir les prestations de grandes personnalités dont la notoriété ne cessera de croître pour devenir universelle. Aujourd’hui encore, l’actuel directeur artistique du festival s’extasie devant ces images rares qui revitalisent une forme d’expression ancestrale. "​La première fois que j’ai vu 'Jazz on a summer’s day ', il s’agissait d’une copie de très mauvaise qualité. Mais, quelques années plus tard, j’ai pu me procurer une version plus acceptable et, là, j’avais l’impression de regarder un tout autre film. Beaucoup d’artistes m’ont impressionné dans ce documentaire. Évidemment Mahalia Jackson, évidemment Thelonious Monk, mais aussi Chuck Berry, Anita O’Day, Éric Dolphy et Buck Clayton. Quelle diversité pour  1958 ! C’est George Wein, le premier, qui a imposé cette ouverture d’esprit !" (Christian McBride – Février 2022)

Christian McBride, contrebassiste et directeur artistique du Newport Jazz Festival.

© Joe Farmer/RFI

Christian McBride, contrebassiste et directeur artistique du Newport Jazz Festival.

 

Au fil des décennies, le Newport Jazz Festival a accueilli de plus en plus d’instrumentistes propulsant la ville de Newport dans le peloton de tête des municipalités les plus dynamiques outre-Atlantique. Si le film de Bert Stern n’est qu’un instantané d’une époque révolue, il narre la genèse d’un mouvement de célébration musicale qui continue d’animer les mois d’été aux États-Unis. Depuis 1958, la ferveur ne s’est pas flétrie et Christian McBride tient à conserver l’intrépidité de son mentor, George Wein, en concoctant chaque année une programmation toujours plus surprenante et alléchante. "C’est presque une obligation ! N’oubliez pas que la méthode de George Wein était de prendre des risques. Il essayait de présenter au public de nouveaux artistes, de nouvelles sonorités, de nouvelles formes d’expression. Il était tout de même très audacieux de programmer Mahalia Jackson, Éric Dolphy et Thelonious Monk durant un même festival. Je fais en sorte de perpétuer cette ouverture d’esprit. Dès ma prise de fonction en 2016, j’ai tenu à diversifier les genres musicaux. La première année, j’avais programmé Joey de Francesco, Henry Threadgill et Take 6. Ce sont des artistes très différents. Il est impératif de couvrir un large spectre des tendances musicales du moment. Le bouquet final est toujours un événement car il s’agit d’un musicien ou d’un orchestre qui n’a jamais joué à Newport. Nous avons eu The Roots en 2017. Nous avons eu George Clinton et le P. Funk All Stars en 2018. La chanteuse Andra Day, dont on parle de plus en plus aux États-Unis, était par exemple l’une de nos invitées pour l’édition 2021. Bref, je ne sais pas qui sera le Chuck Berry de l’édition 2022 mais je finirai par le trouver !" (Christian McBride sur RFI)

 

© Carlotta Films
Le film "Jazz on a summer’s day" de Bert Stern.

 

Christian McBride, également contrebassiste, sera en concert le 17 mars 2022 à la Seine Musicale sur l’île Seguin (Boulogne-Billancourt).

Jazz on a summer’s day, de Bert Stern est disponible en Blu-Ray et DVD chez Carlotta Films.