Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Viva "Mama Afrika"!

La chanteuse Miriam Makeba, le 4 août 1990, en concert à Delft, aux Pays-Bas. © Redferns - Frans Schellekens

Née le 4 mars 1932 à Johannesburg en Afrique du Sud, la chanteuse Miriam Makeba a été et restera une indomptable militante. "Mama Afrika" fut le symbole de la liberté universelle. Ses combats, son exil, ses déclarations, son insoumission forcent le respect. Elle fut, maintes fois, conviée à s’exprimer sur les ondes de RFI. Ses propos, extraits de nos archives sonores, nourrissent notre compréhension d’une épopée aussi douloureuse que majestueuse. 

C’est au sein d’un chœur gospel en vogue dans les années 50 en Afrique australe, les Manhattan Brothers, que la jeune Zenzile Makeba commence à se faire remarquer. Sa voix mélodique et tonique fait sensation et sa notoriété la hisse au rang des grandes interprètes sud-africaines. Elle n’a alors que 24 ans. Sa passion pour le chant attise la curiosité de ses contemporains et lui fait rencontrer différentes personnalités qui, indirectement, bousculeront son devenir de jeune étoile de l’art vocal. En enregistrant ses premiers disques à New York, au tournant des années 60, Miriam Makeba n’imagine pas que ce voyage outre-Atlantique se transformera en un exil de 31 ans. Déjà très critique du régime d’apartheid qu’elle subissait gamine en Afrique du Sud, elle trouvera aux États-Unis un soutien et un renfort de la communauté africaine-américaine qui nourriront son activisme et sa rébellion. L’un des premiers à accompagner son engagement citoyen sera le chanteur Harry Belafonte.

Nous sommes le 2 mai 1960 à Carnegie Hall. Miriam Makeba séduit le public new-yorkais en chantant dans sa langue maternelle et impose ainsi son identité et sa culture. Pour autant, son ouverture d’esprit ne lui interdit pas de s’adresser au monde en plusieurs langues. Miriam Makeba gagne en confiance. Le mouvement des droits civiques aux États-Unis épouse ses propres convictions contre le racisme. Elle ose même se présenter à la tribune des Nations-unies, le 16 juillet 1963, pour fustiger le régime ségrégationniste sud-africain. Miriam Makeba ne cessera jamais de dénoncer les exactions où qu’elles soient sur cette planète, mais il est vrai que la situation politique de son pays la préoccupait et la poussait à dire tout haut ce que chacun pensait tout bas. Miriam Makeba aura bataillé toute sa vie pour que l’égalité entre tous les êtres humains soit une réalité. Elle aura été soutenue par de nombreux orateurs insoumis, elle aura chanté ses héros, Lumumba ou Malcolm X, elle aura épousé le combat de ses frères et sœurs de la diaspora africaine dans le monde, ce qui lui aura valu quelques déboires avec les autorités, notamment aux États-Unis, où ses prises de position en faveur des Black Panthers auprès de Stokely Carmichael lui imposeront de quitter le pays pour la Guinée.

 

© Ross Gilmore/Redferns/Getty images
Miriam Makeba à Glasgow.

Miriam Makeba n’avait qu’un objectif : unir les forces vives du peuple africain à travers le globe. Le 11 juin 1988, elle est au stade de Wembley à Londres pour célébrer le 70e anniversaire de Nelson Mandela, toujours prisonnier des geôles sud-africaines, après 25 ans de détention. Elle partage l’affiche d’un concert géant en présence de nombreux artistes émérites dont Sting, Al Green, Joe Cocker, Tracy Chapman, Aswad, Whitney Houston, Stevie Wonder. Elle chante alors Soweto Blues, accompagnée de son ancien mari, le trompettiste Hugh Masekela. Finalement, le 11 février 1990, Nelson Mandela est libéré. Il a 72 ans, mais conserve cette force de caractère qui lui a permis de résister. Miriam Makeba se réjouit mais n’est pas dupe. Elle sait qu’il reste encore beaucoup à faire. Alors qu’un vent d’espoir souffle sur l’Afrique du Sud, Miriam Makeba se sent pousser des ailes et convie le trompettiste Dizzy Gillespie et la pianiste Nina Simone à la rejoindre en studio. Il ne faut pas baisser la garde. Elle continuera donc inlassablement à s’indigner.

Le 4 mars 2022, Miriam Makeba aurait eu 90 ans. Elle est désormais une voix éternelle, respectée dans le monde entier, qui a fait avancer la tolérance et la concorde. Cette artiste, pleine de vie et de convictions, a contribué à changer notre vision du monde, notre état d’esprit et nos certitudes parfois infondées. Elle a ouvert son cœur et a suscité notre examen de conscience. Elle fut un exemple. Chaque fois que nous écouterons ses œuvres, nous nous rappellerons instantanément de ses enseignements.

 

© Jordi Vidal/Redferns/Getty images
Miriam Makeba à Barcelone (Espagne), le 17 janvier 2008.