Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
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Le blues maori de Grant Haua

Grant Haua à Paris (Mars 2022). © Christian Rose

En Nouvelle-Zélande, la culture maori est omniprésente. D’où vient-elle ? Comment s’exprime-t-elle ? Quelles sont ses origines ancestrales ? Le blues maori est-il enraciné dans les traditions ou la simple émanation d’un métissage progressif ? Le guitariste et chanteur Grant Haua conjugue avec goût l’héritage patrimonial de sa terre natale et les accents musicaux de ses héros africains-américains. Comme tout artiste ultramarin, la musicalité de son langage autochtone s’affirme avec un accent revendicatif, mais elle n’interdit pas l’influence du blues universel.

À des lustres de nos contrées, Grant Haua a développé, au fil des années, une identité qui rivalise aisément avec les échos du répertoire blues historique. Depuis l’hémisphère sud, les continents européens et américains semblent si lointains. Et pourtant, sans s’en douter, Grant Haua forgeait un style musical hérité des pionniers. Cet ancien rugbyman devenu instrumentiste a trouvé le temps long avant de pouvoir faire entendre ses œuvres au-delà des mers océaniennes. C’est à la faveur d’une invitation à Baton Rouge en Louisiane en 2016 que son épopée s’accélère. Sa notoriété croît subitement et, bien que la parution de son premier album Knucklehead remonte au début des années 2010, il sent que le moment est venu de tirer profit de cet engouement pour son blues maori. Il s’attèle alors à l’écriture de nouvelles compositions. Les mois passent et l’opportunité de signer un contrat discographique tarde à venir.

 

© Christian Rose
Grant Haua au micro de Joe Farmer.

 

C’est le label français Dixiefrog qui aura la bonne idée de s’intéresser de plus près au personnage. Les discussions vont bon train et un projet d’enregistrement se fait jour. Malheureusement, la crise sanitaire retardera la mise en œuvre de ce nouvel album censé présenter Grant Haua à un public encore vierge de notes bleutées néo-zélandaises. Awa Blues paraîtra finalement au printemps 2021 sans que son auteur puisse venir en Europe défendre sur scène ses mélodies accrocheuses. Il faudra attendre la levée des restrictions de voyage pour qu’enfin l’hémisphère Nord découvre pour la première fois cet artiste imposant attaché à son idiome et à ses racines qu’il sait exposer à travers une relecture inspirée du blues américain rugueux. Il reconnaît d’ailleurs volontiers écouter avec délectation les vieux vinyles de Freddie King, Mississippi John Hurt ou Albert King, mais aussi la Soul Music de Motown et de Stax Records. Sa voix rappelle parfois les intonations d’un certain Otis Redding. 

© Christian Rose
Grant Haua sur la terrasse de RFI.

 

Sa venue en France est une occasion unique de savourer une humeur sonore métisse qui convoque l’esprit des aïeux maoris comme la complainte des esclaves au labeur. Il n’est finalement pas anodin qu’il ait accepté de passer un moment en studio avec la chanteuse américaine Natalia M. King sur l’album Woman Mind of My Own. L’engagement de cette artiste lumineuse ne pouvait qu’épouser ses propres convictions. Notons que Grant Haua annonce déjà un nouvel album enregistré en public. Il s’agira d'Ora Blues at the Chapel à paraître en juin 2022 ! 

Facebook Grant Haua.