Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, l’Épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du XXème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui.

Réalisation : Nathalie Laporte
Retrouvez la playlist de l'Épopée des musiques noires sur Deezer

 

En savoir plus sur l'émission, les horaires, le calendrier ... En savoir plus sur l'émission

David Sanborn, virtuose absolu!

Le saxophoniste David Sanborn et au second plan à droite, l’organiste Joey DeFrancesco, à New York, le 4 avril 2011. © FilmMagic - D Dipasupil/Getty images

À 76 ans, le saxophoniste américain David Sanborn continue de susciter l’admiration de ses homologues et contemporains. Nourri de Soul-Music, curieux des évolutions stylistiques de notre temps, féru d’histoire, il est un instrumentiste exigeant qui maîtrise parfaitement son art et reste un exemple pour nombre de ses disciples et héritiers. À quelques jours de son unique concert en France, nous l’écoutons conter son épopée ponctuée de rencontres éblouissantes avec Stevie Wonder, James Brown, Al Jarreau, George Benson, Aretha Franklin…

Né à Tampa en Floride en 1945, David Sanborn grandira dans le Missouri, non loin de Saint-Louis où naquit l’un de ses aînés, le pionnier du jazz, Ben Webster. C’est aussi à Saint-Louis que l’illustre Chuck Berry vit le jour en 1926. Cet environnement sonore va plonger le jeune David Sanborn dans l’univers de la musique populaire noire américaine et l’inciter à étudier ce patrimoine inestimable. C’est ainsi qu’il rencontre les bluesmen Albert King et Little Milton avec lesquels il partage la scène. Il n’a pas 15 ans ! C’est en assistant à un concert du "Genius", de passage dans sa région, que David Sanborn a une révélation. Il repère deux saxophonistes sur scène dont les prouesses stylistiques vont l’épater et le convaincre d’embrasser une carrière musicale. Sans ces deux virtuoses, David Newman et Hank Crawford, et sans la Soul originelle de Ray Charles, peut-être aurait-il pris un autre chemin…

Au fil des années, David Sanborn gagne en confiance et devient un instrumentiste dont la réputation grandissante lui permet de multiplier les séances d’enregistrement aux côtés d’artistes en vogue. Pour autant, David Sanborn n’est pas totalement satisfait. Il ne veut pas se laisser enfermer dans ce statut d’accompagnateur. Il entend contrôler sa propre destinée et voler de ses propres ailes. Aujourd’hui encore, il réfute ce terme de "musicien de studio" qui lui colle à la peau. Au milieu des années 70, David Sanborn entame donc une carrière solo, mais il doit faire face à un obstacle majeur : sa propre identité sonore. Tant qu’il évoluait au sein de formations prestigieuses, son rôle restait celui d’un interprète qui devait s’adapter à un répertoire imposé. Désormais seul, le choix des compositions, l’humeur musicale et l’intention d’une œuvre reposent sur ses propres épaules. Malgré les conseils avisés de ses homologues jazzmen, David Sanborn se laissera griser par l’air du temps et sa tonalité deviendra plus pop, certains diront plus "commerciale".

© Redferns - David Corio/Getty images
David Sanborn, le 2 mars 1987 à l'Hôtel Méridien, Royaume-Uni.

 

David Sanborn est aujourd’hui un musicien complet dont on a vite oublié les tâtonnements pop-jazz des années 80. Profondément sincère, il a réussi à affirmer sa véritable nature, celle d’un américain blanc ouvert à toutes les musiques mais dont le moteur reste la valeur patrimoniale du monde noir. Chaque nouvel album de David Sanborn est une invitation au voyage. Sur Time and the River en 2014, il s’était approprié les rythmes et circonvolutions du continent africain. Bien que son épopée couvre désormais un demi-siècle de musique, David Sanborn continue de devoir répondre aux sempiternelles questions sur la couleur sonore de son répertoire. Est-il Jazz ? Est-il Pop ? Est-il Soul ? Toutes ces interrogations finissent par l’agacer. David Sanborn ne s’interdit aucune incursion dans les musiques noires. Il est certainement l’un des artistes les plus ouverts de notre époque. Il écoute avec la même curiosité, les traditions africaines ancestrales et les expérimentations hip-hop jazz des agitateurs d’aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle, il est toujours pertinent aujourd’hui à 76 ans. "Pour moi, les catégories musicales n’ont aucun sens. Définir les contours d’un genre musical crée ses propres limites. Quel intérêt d’imposer une hiérarchie puisque chaque culture en influence une autre. D’Angelo a-t-il plus de valeur que Hank Mobley ? Qui est le meilleur trompettiste, Miles Davis ou Clifford Brown ? Est-ce que cela a une importance ? S’agit-il d’une compétition ? Plus je vieillis, plus je trouve ces interrogations inutiles !". (David Sanborn au micro de Joe Farmer)

N’en doutons pas, David Sanborn nous époustouflera à nouveau le 1er juin 2022 à la Seine Musicale sur l’île Seguin, près de Paris.

⇒ Le site de David Sanborn

Le concert de David Sanborn prévu le 1er juin 2022 à la Seine Musicale.

 

© WireImage - Noam Galai/Getty images
David Sanborn, à New York, le 20 juin 2016.