Session live avec Roberto Fonseca et Gerald Toto, de Cuba à La Martinique

Gérald Toto et Roberto Fonseca à RFI. © RFI/Laurence Aloir

Le pianiste de jazz Roberto Fonseca présente son nouvel album Aggua, face à la guitare voix de Gerald Toto trempée à l’automne.

Roberto Fonseca Cd Yesun (Mack Avenue Rd 2019)
concert 24 mars 2020 salle Pleyel, Paris

"Toutes mes influences sont rassemblées ici. Tous les sons, les ambiances qui font ce que je suis aujourd’hui".

Roberto Fonseca, pianiste originaire de La Havane, présente Yesun, son neuvième album. “Yesun est le disque que j’ai toujours voulu réaliser”, confie Roberto Fonseca à propos de cet album, où se rencontre une foule de styles, du jazz à la musique classique en passant par le rap, le funk, le reggaeton et l’électro, traçant ainsi un chemin singulier, improvisé, affranchi des règles.

C’est un album de 12 titres originaux en trio, sur lequel Roberto est épaulé par ses amis musiciens, le batteur Raúl Herrera et son contrebassiste de toujours Yandy Martínez Rodriguez. On y retrouve également le saxophoniste Joe Lovano (récompensé par un Grammy Award), le célèbre trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf, la chanteuse/rappeuse cubaine (nommée pour un Grammy Award) Danay Suarez et l’illustre diva bolero cubaine Mercedes Cortés.

Yesun succède à ABUC, sorti en 2016, qui retraçait l’histoire de la musique cubaine jusqu’à nos jours, tout en présentant son futur. Yesun puise toujours dans la patrie de l’artiste, mais avec le cap tourné vers le futur. L’album est bercé par les sons électroniques, le slam, les claviers rétro-moderne, la voix intense de Roberto, et bien plus encore.

"Yesun présente un Cuba sans frontières", explique Roberto.

"Je construis des ponts entre mes traditions afro-cubaines et d’autres styles musicaux, tout en prenant plaisir à créer des choses folles en concert. J’apporte de nouvelles idées glanées pendant toutes ces années où j’ai parcouru le monde. J’emmène la musique cubaine avec moi, et vers le futur".

Roberto Fonseca a été le fer de lance de la renaissance de la musique cubaine depuis quasiment trente ans. Il avait déjà sorti trois albums en solo lorsqu’au début des années 2000, il rejoint le légendaire Buena Vista Social Club, avant de partir en tournée avec Ibrahim Ferrer, puis la chanteuse Omara Portuondo. Son catalogue solo s’étoffe, avec la sortie de Zamazu en 2007. Puis en 2012, vint Yo, nommé pour un Grammy Award, où Roberto expérimentait en puisant dans la tradition, accompagné de la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, avec laquelle il poursuivra la collaboration avec succès sur scène.

L’ambition de Roberto reste la même : "J’essaye toujours de devenir un meilleur musicien, donc peu importe où je me trouve, je suis toujours en train de répéter, de composer", avoue-t-il. "J’adore expérimenter, explorer de nouvelles contrées sonores".

Yesun est un jeu de mot qui symbolise l’eau. L’eau tirée du puits de l’histoire afro-cubaine, revisitée avec un regard moderne, porté vers l’avenir. De la même façon que l’eau est essentielle à la vie, s’étend au loin en prenant des formes différentes, la musique de Roberto Fonseca adopte la même fluidité entre l’ancien et le moderne, se glissant entre les aspérités et devenant source de croissance. Il ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour les jeunes musiciens de Cuba qui s’inspirent de ses explorations au-delà des genres et de son succès à l’international.

Cet album porte à merveille la signature Fonseca. Cette précision dans la forme, dans la rythmique et les mélodies. Cette richesse dans les idées. Des compositions volubiles. Fonseca laisse également plus de respirations à ses titres avec ses solos, agiles et délicats par moments, plus percutants et musclés à d’autres, mais toujours exécutés avec réflexion, lyrisme et un objectif défini.

La llamada ("L’Appel"), le titre d’ouverture, transporte l’auditeur directement dans un nouveau chapitre musical. Le titre est propulsé par le piano avec des changements de rythme habiles et les voix célestes du quartet féminin de Cuba basé à Barcelone, Gema 4.

Kachucha vibre avec toute la fierté afro-centrique, fusionnant des rythmiques hypnotiques - rumba, mambo, cha cha - avec les nappes vocales graves de baryton. La trompette d’Ibrahim Maaouf et ses envolées libératrices introduit un vibrant tumbao entonné par Roberto, alors que Mercédes Cortes et Yipsi Li célèbrent la vie en chantant.

Cadenas se libère sur un style prog-rock avant qu’un changement de tempo ne le ramène sur une ambiance cha-cha, où Danay Suarez exhorte chacun, avec ses prêches en slam, à libérer son esprit. Por Ti est un chef-d’oeuvre de composition classique, d’inventivité continue dans l’écriture. Aggua est lui un appel à la fête qui mélange mambo et rumba au hip-hop, reggaeton à l’électro. Motown illustre la remarquable connexion télépathique qui unit le trio avec des solos de Moog enfiévrés qui rappellent les années 70.

Sur Stone of Hope, Roberto Fonseca interprète avec douceur, dans un style bossa-nova, sur des boucles de basses qui évoquent le style yambú de la rumba cubaine. Mambo pa la Nina est un mambo fou nourri par des sons électroniques modernes, un Moog vintage et un orgue Hammond au grain si particulier.

Avec Ocha, Fonseca verse de l’eau sur ses racines afro-cubaines, dénonçant de nouveaux clichés au passage.

No soy de esos est un instrumental poignant où l’artiste se distingue comme un musicien (et un homme) sensible, alliant le fond à la forme.

L’album se ponctue sur Clave, et un sample de la légende du rumba Carlos Embale, un hymne très funk, avec une de ces constructions très simples qui forment la base de la musique afro-cubaine, avec tout le champ des possibles que cela permet.

Voici Yesun. Un album réalisé par un virtuose cubain, déterminé par l’idée de faire de la musique à sa façon et de moderniser la musique cubaine au passage.

"Yesun, c’est moi", confie Roberto Fonseca. "Yesun c’est qui je suis."

Site de Roberto Fonseca

Vidéo Roberto Fonseca Aggua

© Mack Avenue / No Format
Roberto Fonseca "Yesun" (Mack Avenue) et Gerald Toto "À L’automne" (No Format).

Gerald Toto EP À L’automne (No Format 2019)
concert 6 novembre 2019, 3 Baudets, Paris.

 

Un an après la sortie de l’album Sway, Gérald Toto propose un nouvel Ep À L’Automne

Toujours avec un son toujours très épuré, passé au tamis des années. Des années à chercher "la ligne claire", simple et vraie, qui lui ressemble.
Tout cela bien sûr a une histoire, est le fruit d'un long cheminement. Celui d'un gamin né à Paris de parents venus des Antilles. Pas musiciens, plutôt fonctionnaires aux impôts. Mais mélomanes, comme tout le reste de la famille, les tontons en tête qui sont des fous de haute-fidélité. Leurs collections de vinyles écoutés au casque "libellule"sont une fête pour le garçon : soul, musiques afro-caribéennes, mais aussi - parce qu'ils voulaient retourner aux sources - soukouss zaïrois ou makossa camerounais, qui faisaient vibrer leurs soirées dansantes. Du petit lait. La radio pourvoit à l'apprentissage de la variété française, et l'emmène du côté de chez Swann ou le fait rêver d'un flirt avec toi. Et puis son premier disque, un vinyle de Pink Floyd, qui avec Neil Young, Marley et Jethro Tull, sans compter d'illustres jazzmen, seront ses compagnons de chambrée.
Enfance heureuse, donc. Avec Guitare, dès l'âge de dix ans, et puis la basse, qui le fascine. Un prêt étudiant lui sert à financer son premier home studio. C'est là qu'il se découvre laborantin, savant fou de sons, avec la possibilité de réaliser toutes les idées jusque-là emmagasinées dans sa tête. Homme-studio. Un boulevard pour sa gourmandise... illimitée. Au point de tout vouloir, de tout vouloir dire, de tout vouloir donner. Le talent, en mode dispersé.

L'enregistrement de l'album Toto Bona Lokua (Nø Førmat!, 2005) s'avère alors déterminant. Gerald sait qu'avec ses deux comparses, exigeants, il doit aller au plus juste, faire preuve de rigueur et de clairvoyance. Il cherche désormais cette ligne claire, épurée, un fil d'Ariane dépouillé des figures de style qui l'empêchaient de trouver son style.

À écouter Gérald Toto, sur scène et dans la vie, on se dit que l'âge et l'adolescence font des merveilles quand on les conjugue dans l'existence. Comme si la vie pouvait toujours se réinventer. En douceur. D'ailleurs, quand vous écouterez ce disque, Gérald Toto sera déjà ailleurs... en train, doucement, de se balancer.

Gerald Toto teaser À L’Automne

Gerald Toto portrait RFI Musique janvier 2019

Morceaux interprétés
Live1 Roberto Fonseca Aggua
Live2 Gerald Toto Before You Turn
Cd Roberto Fonseca Kachucha Feat. Ibrahim Maalouf
Live3 Gerald Toto Walk into The Night
Live4 Roberto Fonseca Cadenas
Cd Gerald Toto La Té Nou A

BONUS fin d’émission, une jam entre Gérald et Roberto, baptisée Toto Fonseca gracias ! merci !

Musiciens
Roberto Fonseca, piano
Gérald Toto, guitare, voix

Son Fabien Mugneret et Mathias Taylor

Traductrice Roberto Fonseca : Ichel Castillo