Session Live Manuel Anoyvega Mora + Vitto Meirelles, du Brésil à Cuba

Manuel Anoyvega Mora (Crescendo) et Vitto Meirelles (photo Rodrigo Romano). © Crescendo/Rodrigo Romano

Vitto Meirelles Cd Da Hora chez Cooking Vinyl
L’art et la débrouille, la vitesse du monde et la circulation des biens ont imposé aux êtres sensibles de saisir avec agilité tout ce qui passe, de le déglutir et éventuellement de le ressortir régénéré. Le catéchumène Vitto Meirelles en a fait sa religion. Et voici donc Da Hora, qui fait suite à Vem Rei, paru en 2017 et où avaient été invités de précieux amis - Gilberto Gil, Agnès Jaoui, Vincent Segal, Arto Lindsay, Sébastien Martel. Da Hora, ce sont quatorze titres de musiques brésiliennes, au pluriel, et de la France dans les interstices.

C’est d’ailleurs en français que le carioca promet de manger ses ennemis, ceux qui regardent en bas et ne pensent pas, les bas du front, les aveugles volontaires (Le Cannibale). Ceux-là refusent de penser un futur éclairé, et ont précipité le grand Brésil dans une impasse où les sources s’assèchent (A Fonte secou) et où la corruption, le mensonge accompagnent la montée en force de la droite extrême et des valeurs réactionnaires portées par des "hommes ordinaires" (Homen Comum), ne sachant ni aimer, ni "sambar", mais spolier, oui.

Alors, Vitto demande des comptes citoyens :
"Où est passé notre argent ?", comment un pays si riche est-il redevenu synonyme d’enfants des rues et de violence ? Cette chanson, País do BBB, est traitée à la façon d’un João Bosco, guitariste virtuose qui a fait entrer les onomatopées africanistes et le yoruba dans la MPB (Musica Popular Brasileira) dès les années 1970.
Vitto Meirelles est un joueur d’influences évidemment (A fonte secou, en ouverture), mais actualisé par les rythmiques légères du samba reggae et de touches électroniques, à la façon d’un Arto Lindsay, artisan américain de la renaissance de Caetano Veloso à la fin des années 1980 et de l’émergence de Marisa Monte par la suite.

D’un côté, Vitto Meirelles est d’un classicisme renversant. Nous parlons ici de la rigueur soyeuse de João Gilberto, le maître absolu de la guitare et du verbe. À l’inventeur de la bossa nova, le musicien à la voix flûtée dédie Esse Ano, ses nuits sans dormir, cette douleur intense et si jouissive, qui permet de savoir qui l’on est, une samba de la plus belle facture, revue aux harmonies subtiles.

D’un autre côté, Vitto Meirelles crée des univers parallèles, de ceux qui touchent à l’invisible, aux doubles jeux, à l’instar de l’image de la pochette : l’artiste est nu, son intimité cachée par sa guitare ; l’image prise dans un clair-obscur, se démultiplie, créant autant d’auras suaves. La juste appropriation permettant toutes les audaces, Vitto Meirelles s’empare d’un héros national français, Charles Aznavour, dont il interprète pour conclure son opus Tut’laisses aller, créée en 1960 par le crooner, fils d’immigrés arméniens, alors que paraissait le disque fondateur de la bossa nova, O Amor, o Sorriso e a flordans un Brésil emporté par la modernité. Vitto Meirelles sait parfaitement mesurer le passage du temps et de l’histoire. Si l’amour est tout, il doit être en mesure de combattre la décadence hargneuse imposée par le lucre. Mais, l’issue est incertaine. Vitto Meirelles le dit en douceur, en nuances, en voix, et guitare admirablement jouée (Véronique Mortaigne).

© Helena Cooper
Vitto Meirelles.

- Site Vitto Meirelles

- Vidéo Vitto Meirelles Le cannibale

© Philip Ducap
Manuel Anoyvega Mora.

Manuel Anoyvega Mora Cd Cuba Cuba chez Crescendo
Après avoir partagé pendant plus de vingt ans la scène parisienne avec les "grands noms" de la musique Latine tels que Ernesto Tito Puentes ou Azuquita y su Melao, Manuel Anoyvega Mora, pianiste et compositeur, sort son premier album Cuba Cuba, paru le 8 novembre 2019.
Cet album est le lègue de son parcours professionnel débuté, il y a plus de 40 ans, dans son Cuba natal.

Amour tout d’abord pour ses origines, Cuba mais plus particulièrement Matanzas, sa ville de naissance d’où il puise son inspiration et à laquelle il voue une véritable admiration en faisant appel aux rythmes et harmonies locaux tels que le danzon ou le guaguanco.
Dans le piano de Manuel, on retrouve à la fois la musique cubaine de Chucho Valdès avec le swing d’Art Tatum, le groove d’Herbie Hancock et la fantaisie de Claude Debussy.

- EPK album Cuba Cuba
 

Titres interprétés
Live1 Vitto Meirelles Essa Ano
Live2 Manuel Anoyvega Mora Alize
Cd Vitto Meirelles A Fonte Secou
Live3 Manuel Anoyvega Mora Cuba Cuba
Live4 Vitto Meirelles Tudo Era Leve
Cd Manuel Anoyvega Mora Veneraccion
Jam Éclipse de Margarita Lecuona

© RFI/Taguy M’Fah Traoré
The Anoyvega Meirelles Allstars avec Laurence Aloir.

Musiciens :
Manuel Anoyvega Mora, piano
Pierre Guillemant, contrebasse
Abraham Mansfarroll, batterie
Guillaume Naturel, flûte, saxophone
Inor Sotolongo, percussions, cajon, congas

Vitto Meirelles, guitare, voix.

- Vitto Meirelles Cd Da Hora, concert le 25 mars 2020 au New Morning

- Manuel Anoyvega Mora Cd Cuba Cuba, concert le 29 novembre 2019 à l'Ermitage.

Son Mathias Taylor & Benoît Letirant.