Denez Prigent en entretien, Sourdure dans la #Session Live

Denez Prigent. © Emmanuel Pain

La Bretagne et l’Occitanie sont dans la place.

Denez Prigent (Denez officiel | Facebook) est notre 1er invité. Joint par report it, il nous présente son 11ème album Stur An Avel_Le Gouvernail du Vent.

Denez Prigent (bio officielle)

Précurseur, innovant, Passeur des deux mondes : celui des vivants et celui des morts ; celui du visible et celui de l’invisible Denez Prigent rend possible l’alliance entre l’Homme et le monde que nous risquons de perdre, mais qu’il nous garde, qu’il nous redonne, qu’il nous offre encore quand il mêle les musiques actuelles aux musiques ancestrales, les mots d’aujourd’hui à la poésie éternelle. Voici donc le 11ème album de Denez enregistré à Plestin-les-Grèves En pays du Trégor, dans les Côtes d’Armor, Tout près des rivages de la Manche qu’il parcourt souvent par jour de tempête, Tout près des grèves sur lesquelles il chemine, lorsque par temps apaisé, sa voix entre en résonance avec l’eau, l’air, le granit et la terre.

À quelques encablures de la cuisine où il écrit et compose. Le temps d’une pause, laissons-nous porter, emporter par la musique inspirante et palpitante de Denez dans la profondeur de son chant enraciné, incantatoire et sacré. Bienvenue dans Stur an Avel - Le Gouvernail du Vent, un album ouvert sur le monde, résolument actuel, créateur d’images et de rêves.

14 compositions originales, une musique de fusion puissante et inventive alliant instruments acoustiques et sonorités électro, sons ancestraux et contemporains. Entrelacements entre cornemuse écossaise, duduk arménien, violon orchestral, beats et loops, bombarde saturée, bandonéon argentin, trompette à quatre pistons, ondes Martenot et scratch Flow du hip-hop marié au rythme de la valse, mélopées de la gwerz drapées de synthés.

© Coop Breizh / Emmanuel Pain
Denez Prigent (Coop Breizh) et Denez Prigent (Emmanuel Pain).

Ce nouvel album est entièrement constitué de chants de ma composition que j’ai d’abord enregistrés a cappella au studio Le Chausson, près de chez moi. Puis, chaque titre a été adressé au beatmaker James Digger pour qu’il leur trouve une trame électro sur laquelle les musiciens sont venus se poser. Aucun arrangement n’a été écrit au préalable ; le studio devenant ainsi un lieu de création. La fusion entre instruments acoustiques et sonorités électro est le fil rouge, le liant entre chacun des titres qui donne à l’ensemble une couleur unique.

L’album s’ouvre sur les cordes de l’époustouflant En avel a-benn - Dans le vent contraire, avec en son centre la voix de Denez qui nous dit l’essentiel. Une marche magistrale où veuze, saxophone, guitare et textures électro se mêlent à la bombarde dans une montée vertigineuse, rejoints par les sonneurs et les percussionnistes de la Kevrenn Alre, l'un des plus anciens et prestigieux bagads de Bretagne, qui reprennent avec puissance et retenue le thème et martèlent le tempo. Un hymne dédié aux peuples opprimés, un chant empli de ferveur qui célèbre le droit à la différence, la résistance Dans le vent contraire, nous germerons, nous grandirons, nous apprendrons, la constance, nous fructifierons encore et encore, sans répit, l’espoir - Dans le vent contraire, nous sèmerons, nous récolterons, nous vaincrons - Dans le vent contraire, nous chanterons et le sens du vent nous changerons !

Romanesque, Waltz of Life - Valse de vie, titre en breton, anglais et français réunit deux nouveaux invités, le rappeur Oxmo Puccino et la chanteuse Aziliz Manrow, pour une valse étourdissante jusqu’à l’ivresse qui place l’amour au centre de tout, peu importent les tourments de la vie. Temps suspendu, un univers à la Jane Austen version 2021.

Bouleversantes, les psalmodies des mystérieuses grasoù de Pennoù kelc’hiet - Têtes auréolées, échos aux oraisons funèbres, nous ramènent à l’essentiel au plus près de nous-mêmes, comme si le temps et l’espace n’existaient plus. Inattendue, la première rencontre de la mélancolie positive de Denez et de la tendre mélancolie du bandonéon argentin de C’hwervoni – Amertume, à laquelle vient se joindre la douce profondeur de la trompette sur Kraoñenn Kerzaonet - Le noyer de Kerzaonet.

Sensible, la marche vannetaise Ar garantez - L’amour, quand le chant de mariage se pose sur le flux et le reflux des nappes et des pulsations électro.

Singulier, le duo synthétique organique des vibrations des ondes Martenot jouées par Yann Tiersen et des voix de Denez et Emilie Quinquis sur Gant ar red – À la dérive crée une atmosphère fantomatique.

 

© Emmanuel Pain
Denez Prigent et Yann Tiersen.

 

Tragique, le chant solennel nous dit l’histoire tourmentée de Gwerz Montsegur - La Gwerz de Montségur et de sa marche funèbre.

Envoûtant, le chant nous conte l’univers enchanteur et la magie des sortilèges de la gwerz An arc’hig balan - Le petit coffre d’ajonc nous plonge dans celui de la fantastique et effroyable Ar rouanez Ganibal - La reine cannibale. Hypnotique, la folle tournerie festive et libératrice de Ar grampouezenn-nij, quand la transe électro et ses boucles répétitives se mêlent aux rythmes ancestraux du Kan-Ha-Diskan.

Stimulant, le mix voix - ambiance jungle du chant à danser An hentoù-tro invite à une gavotte.

Intimiste, Kantreadenn – Errance, chant poétique sur le déracinement et la perte, entre en résonance avec les modulations sombres du piano et le pleur de la cornemuse écossaise.

Lestr Dienez - Navire Détresse, extrait du recueil Kañv - Deuil, évoque avec délicatesse une mort libératrice et vient clore ce 11ème album.

Une belle manière de se dire au revoir et à bientôt ! Kenavo.

Je ne sais ni lire, ni écrire la musique. Mes mélodies me viennent naturellement. Tout en jouant avec brio des divers styles de chants traditionnels : Gwerz, Kan-Ha-Diskan (chant à danser), chant à marcher, en les déstructurant pour les amener là où on ne s'y attend pas, Denez renouvelle le genre en intégrant d'autres formes : poésies chantées ou déclamées, - dont trois poèmes extraits de son recueil Kañv – Deuil - et même un grasoù. Je compose habituellement mes mélodies sur le mode mineur. Cela leur donne donc un côté un peu triste ou mélancolique. Mais il ne s'agit pas d'une tristesse angoissante qui entraîne vers le bas mais plutôt d'une tristesse purificatrice, régénératrice comme peut l'être le pleur. Comme beaucoup de Bretons, je partage une mélancolie positive. La Bretagne est le pays où l’on trouve le plus grand nombre de chants dramatiques, hantés par la mort, mais aussi celui où l’on danse le plus.

Denez réinvente dans une langue bretonne subtile une poésie contemporaine. Ses récits et ses chants apportent une prose, un ton et un souffle différents. Images fortes, signes, intersignes et symboles inspirés de la mythologie celtique, profane ou religieuse, irriguent cette poésie épique d'une beauté à couper le souffle qui nous immerge dans un univers fantastique empreint de mystère, où l'Ankou (la mort) est omniprésent et sa conscience fait mieux aimer la vie ; et on se délecte à l'évocation de ces faits tragiques qui nous font frémir, prétextes pour exorciser tensions ou peurs enfouies, nous éveiller à la consolation du pleur et nous entraîner dans l'imaginaire de nos propres songes. Il déclame un langage résolument neuf des histoires intemporelles où il est question d'amours malheureuses ou immuables, où seul l’amour absolu et idéalisé subsiste après la mort. Des textes qui parlent d’identité, de différence et de désillusion, témoins du désespoir engendré par le déracinement, la disparition de sa culture, de son pays… Comme autant d’échos aux drames contemporains. Des saynètes satiriques et humoristiques qui agissent comme des remèdes. Des mots qui disent la quête et le bonheur retrouvé, le destin, où le bien gagne toujours sur le mal.

Titres de Denez Prigent, extraits de l’album Stur An Avel (Coop Breizh 2021)

An Arc’hig balan 

En Avel a-benn 

Waltz of life avec Oxmo Puccino et Aziliz Manrow, voir le clip.

À la Dérive avec Yann Tiersen

© Eloïse Decazes
Sourdure.

Puis nous recevons Ernest Bergez alias Sourdure pour la sortie de l’album De Mort Viva (Les Disques du Festival Permanent / Pagans, Murailles Music 2021)

Actif au sein de plusieurs formations aventureuses (Orgue AgnèsKaumwaldTanz Mein Herz), Ernest Bergez fait converger les lutheries électroniques et acoustiques dans une logique d’hybridation.

En solo sous le nom de Sourdure, il investit le répertoire traditionnel du Massif Central et développe une forme de chanson personnelle et bricolée, en français et en occitan auvergnat.

Prospective et empirique, sa démarche se situe à la jonction entre un esprit d’expérimentation, une pratique du violon et du chant attachée aux traditions populaires du Massif Central, une recherche poétique dans le bilinguisme franco-occitan et une longue habitude de cuisiner avec divers instruments et outils électroniques.

Avec la création en 2019 du quatuor Sourdurent, aux côtés de Jacques PuechElisa Trébouville et Loup Uberto, il exerce sa plume à l’occitan, se mettant au service d’une musique d’ivresse et de communion et assumant un tropisme pour les musiques populaires du Moyen-Orient et des pourtours méditerranéens.

© Pagans
Sourdure (Pagans).

Construit comme un jeu de tarot inventé, ‘De Mòrt Viva’ explore l’idée d’un paganisme contemporain en dix odes jubilatoires, humoristiques et spirituelles.

L’occitan auvergnat s’impose au crachoir, déployant son maillage métaphorique et polysémique, empreint de la candeur particulière d’une langue nouvellement acquise.

La mélodie naît du mot, le poème enfante la chanson, dans une forme qui pourrait rappeler de loin et sans l’érudition, le trobar, l’art des troubadours.

Toujours hybride et exploratoire, la musique de Sourdure se découvre ici des facettes inattendues, embrassant l’art de la chanson, prenant des tournures quasi-opératiques. Exosquelette ou révélateur chimique, l’électronique se camoufle dans les aspérités de la chanson comme pour en troubler les contours. Emportée par une armada de percussions et d’instruments à vent, la voix prend naturellement sa place forte, susurrant, savourant la langue d’oc comme un vin macéré.

On y entend : Laurent Boithias à la vielle à roue ; Eloïse Decazes (Arlt) au chant et au concertina ; Josiane Guillot à la voix ; Wassim Halal au daf ; Maud Herrera au chant ; Elisa Trébouville (Bourrasque, Sourdurent) au banjo et au chant ; Amélie Pialoux (Ensemble Nulla Dies Sine Musica), cornet à bouquin, trompettes anciennes ; Jacques Puech (La Nòvia, Sourdurent) à la cabrette.

Voir le clip sur Nostra Foeira 

 

© Laurence Aloir/RFI
Sourdure à RFI.

 

Titres Sourdure Live RFI De Mort Viva

Tota Perta Live RFI

Na Festa extrait de l’album De Mort Viva

L’Ivern daus Astres Live RFI

Son Mathias Taylor.