Session Live avec Cheikh Ibra Fam et Symo Reyn, du Sénégal à la Jordanie

Cheikh Ibra Fam (Soulbeats) et Symo Reyn. © Soulbeats

Notre premier invité est un artiste RFI talent : Cheikh Ibra Fam, pour la sortie de son 1er album international Peace In Africa (Daydream Music/Soulbeats).

Avec Peace In Africa, son premier album international, le chanteur et multi-instrumentiste sénégalais Cheikh Ibra Fam enrichit de nouvelles nuances la musique africaine. Après quatre années au service du mythique Orchestra Baobab, monument cinquantenaire de la musique sénégalaise, et trois albums à vocation locale sous le nom de Freestyle qui lui ont permis de se faire connaître de ses compatriotes, le processus de maturation arrivait à son terme logique. C’est au moment où il s’apprêtait à vivre éloigné du Sénégal et de son continent natal, fin 2019, que les pièces du puzzle ont tout à coup trouvé leur place, à la lumière de son expérience et de sa réflexion personnelle sur la musique.          

Son premier album solo, projet afro-pop baptisé Peace In Africa, est le fruit de cette catalyse musicale. Pour donner corps à ce projet, il a voulu d’abord "revenir à la source". En Gambie, pays voisin et frère du Sénégal, il a rejoint son oncle Coly Cissé, "un des meilleurs guitaristes d’Afrique de l’Ouest" qui a accompagné nombre de chanteurs internationaux. La collaboration s’est avérée productive : en une semaine, les bases de six morceaux ont été posées, dont Dounde qui raconte ce séjour marqué par la rencontre avec le célèbre griot Jaliba Kuyateh, surnommé "The King of Kora" dans le monde anglophone.

 

© Ibrahima Khalioulah
Cheikh Ibra Fam.

 

Enfant, il a été bercé par les disques que sa mère jouait dans la maison familiale à Dakar : ceux de l’Orquesta Aragón de Cuba ou du Dominicain Johnny Pacheco, star de la musique latino très populaire en Afrique de l’Ouest. Quand il découvre l’Américain Otis Redding, à dix ans, le choc avec la soul music est tel que le garçon n’écoute rien d’autre. Plus tard, comme ceux de sa génération, il se branche aussi sur le rap américain, français et sénégalais, mais préfère délibérément ne pas s’attarder sur tel ou tel artiste, de peur d’être trop influencé. "Je veux m’inspirer de tout le monde et non de quelqu’un en particulier", justifie-t-il, tout en reconnaissant que "la carrière d’un artiste est comme un bâtiment : plusieurs personnes participent à sa construction".

Parmi ceux qui sont venus contribuer à Peace In Africa, il y a notamment Cheikh Lô, une des figures de la musique sénégalaise avec qui Cheikh Ibra Fam partage le fait d’appartenir à la communauté baye fall. La reggaewoman franco-capverdienne Mo’Kalamity est aussi venue partager le micro, tandis que Mamy Kanouté a été chargée des chœurs, elle qui accompagne de longue date Baaba Maal. Les "papas" de l’Orchestra Baobab occupent sur cette liste d’invités une place toute particulière : Thierno Koite, le saxophoniste qui a su penser à son jeune compatriote lorsqu’une place dans le groupe était vacante, et bien sûr Balla Sidibé, membre fondateur du Baobab dont il était l’un des chanteurs. Avec eux, au cours de tournées internationales passant par les plus grandes scènes, Cheikh Ibra Fam a acquis une confiance qu’il n’avait pas auparavant. Une rigueur et une discipline aussi, grâce aux discrets coups de baguettes que Balla Sidibé lui assénait en live pour une fausse note ou un micro touché avec la main ! The Future est le dernier enregistrement du chanteur vétéran, trois jours avant son décès. Ses paroles évoquent la vie et la mort. "Cette chanson a une âme", considère Cheikh Ibra Fam, dépositaire de ce testament musical qui vaut reconnaissance de sa légitimité. Une ultime leçon, avant de prendre définitivement son envol.

 

© Laurence Aloir/RFI
Cheikh Ibra Fam, Yao Dembele et Igor Nikitinsky à RFI.

 

Titres interprétés à RFI

- Yolele, Live RFI voir le clip

- Aritaria Feat. Cheikh Lô, extrait de l’album Peace In Africa voir le clip

- The Future, Live RFI voir le clip

- Cosaan, Live RFI voir le clip.

Musiciens

- Cheikh Ibra Fam, chant lead

- Yao Dembele, basse  

- Igor Nikitinsky, claviers. 

Son : Mathias Taylor, Benoît Letirant. 

 

Notre second invité s’appelle Symo Reyn.

 

© Johan A. Ostalrich
Symo Reyn.

 

Le compositeur et joueur de qanoûn (né en Jordanie) vit et travaille à Paris depuis 2007. S’inspirant de musiciens occidentaux qui le fascinent, il développe très tôt des techniques pour réinventer son instrument. Jouant depuis l’âge de cinq ans, il participe très tôt à plusieurs rencontres internationales en Jordanie et au Proche-Orient. Arrivé en France et attiré par le cinéma, il travaille ensuite la composition avec Bernard Cavanna, puis avec Patrice Mestral à l’École Normale de Musique de Paris et obtient un diplôme en musique de film. Il a joué au sein de plusieurs ensembles et collaboré avec des artistes aux horizons divers à l’Opéra de Lyon, l’Institut du monde arabe, la British Library in London, Bozar Bruxelles, Festival de Fès des musiques sacrées du monde, Villa Médicis, etc. Porté par un désir d’universalité, il cherche à apporter de nouvelles dimensions au qanoûn. En s’inspirant des techniques d’autres instruments, il renouvelle le jeu et la sonorité de cette cithare séculaire, longtemps associée à un genre traditionnel. Cette démarche prend forme dans son album solo A Time Between Birth and Chaos, où l’instrument est utilisé de manière électro-acoustique. La musique de Symo Reyn portant plusieurs identités, elle joue sur les contrastes en s’inspirant de champs aussi différents que le monde de la science-fiction, le jazz, le psychédélisme et les musiques modernes...

 

© Laurence Aloir/RFI
Symo Reyn à RFI.

 

Titres interprétés à RFI

- A Time Between Birth and Chaos, Live RFI voir la vidéo

- Le théâtre du printemps, extrait de l’EP A Time Between Birth & Chaos

- Silver River, Live RFI.

Musicien

Symo Reyn, qanoûn.

Son : Mathias Taylor, Benoît Letirant.