Playlist et Intelligence artificielle avec Skygge et Sophian Fanen

Skygge. © Elodie Daguin

Tous les mois, Sophian Fanen (@SophianF) du site Les jours chronique 5 nouveautés :

- Leyla McCalla, Dodinin, tiré de l'album Breaking The Thermometer (Anti, 2022) voir le clip

- Kae Tempest, I Saw Light, tiré de l'album The Line Is a Curve (Republic Records, 2022) voir le clip

- Combo Chimbita, Babalawo, tiré de l'album IRE (Anti, 2022) voir le clip 

- Vanessa Wagner, Etude n°16, tiré de l'album Study of the Invisible (InFiné, 2022) voir le clip 

- Rema, Hold Me, tiré de l'album Rave & Roses (Marvin Global, 2022) voir le clip.

 

© Noé Cugny
Leyla McCalla.

 

Puis nous recevons Benoît Carré alias Skygge pour la sortie de l’album Melancholia.

C’est sous le pseudonyme Skygge (l’ombre en danois), que Benoît Carré mène une aventure discographique dans le monde de l’intelligence artificielle. Le musicien et acteur avait monté le trio Lilicub dans les années 90, qui a connu une certaine notoriété avec le titre Voyage en Italie. Parolier pour d’autres artistes comme Françoise Hardy ou Johnny Hallyday, Benoît s’est intéressé à la composition avec l’IA dès 2016.

En 2018, il sort l’album Hello World avec Stromae et le trompettiste Médéric Collignon, Kyrie Kristmanson, puis l’Ep American Folk Songs. Aujourd’hui, c’est l’album Melancholia qui s’invite dans les mâchoires de l’IA.

Lui qui contait fleurette sur un Solex passe ses journées à l’arrière d’une cour, entouré d’écrans et de logiciels, à jouer avec les fantômes de la machine, les ombres vocales, à retrouver et tordre des mélodies perdues que les logiciels malaxent dans ses entrailles, à gratter une pierre de lune, entre la peur de ce qu’il va trouver et l’exaltation. "C’est très long, sinueux", raconte Benoit Carré. "Chaque chanson prend un mois, j’improvise, je tâtonne. Parfois, je jette puis je recommence. Je travaille avec des prototypes, j’affronte des bugs, des incidents techniques, des ratages, et la composition avance à coups d’accidents, de mystère". Ils sont deux ou trois à défier et à métamorphoser cette mémoire, jusqu’à en faire leur propre matière loin de la zone interdite du plagiat, l’Américaine Holly Herndon et le groupe Yacht. Ils sont deux ou trois à avancer vers une terre inconnue, pleins de doutes, laissant derrière eux ce qu’ils ont été dans des vies antérieures. 

© Elodie Daguin
Skygge.

 

L’androïde Skygge a pourtant gardé quelque chose de l’ancien temps, quelque chose d’assez troublant auquel le robot ne peut rien, que l’on appelle la mélancolie. Elle luit au fond de la cathédrale ténébreuse remplie de chairs palpitantes qu’est son nouveau projet Melancholia, ce beau nom évoquant pour lui un sentiment et une ville imaginaire. Inspirées par le conte d’Andersen, ces dix chansons, profondes comme le lac noir, ont été sculptées après un an de navigation au large. Une ambiance fantôme de l’opéra enveloppe "Melancholia", le chant nasillard d’un clown triste touché par la vieillesse émerge de Sad Song, un cowboy fracassé serine avec angoisse sa Ballad of The Shadow. Sur Ordinary World, un clavier ancien vient titiller une voix de synthèse. Skygge change constamment les arrangements, afin de surprendre. La galaxie étrange qu’il a créée évoque ici ou là l’univers de Stephen King. Ce grand romancier des ombres et de la mécanique folle savait très bien ce qui rendait les monstres effrayants : moins leur aspect que les sentiments dont ils sont dotés, à l’image de cet amour errant (Wandering Love), qui semble chercher un cœur à prendre dans un corridor sombre. L’une des plus jolies plaintes imaginées par Skygge et une histoire vieille comme le monde.

© Artwork Anne Caesar

 

Titres joués, extrait de l’album Melancholia de Skygge

- Océan Noir voir le clip 

- Ordinary World 

- Melancholia voir le clip 

- Shadow of a ballad voir le clip.