La #SessionLive reçoit 2 groupes: l’Espagnol Borja Flames et les Britanniques Nimbus Sextet

© Murailles Musiques/Acid Jazz

Si vous avez aimé Robert Wyatt et Moondog, Borja Flames vous plaira… Quant au Nimbus Sextet, c’est la nouvelle scène jazz anglaise qui s’invite chez vous.

#SessionLive1 Borja Flames pour la sortie de l’album Nuevo Medievo.

Il a trois cerveaux, mille vies, passées ou parallèles et il s’appelle Borja Flames. Espagnol, Parisien, Bourguignon, cosmonaute, on ne sait plus. Sa tête est celle d’un pope, d’un roi, d’un lion, d’un faune ou d’un centaure mélancolique. Il est bien habillé, avec des trous de boulettes et sa barbe : mérovingienne. On l’a connu dans June et Jim dont il était la face sud (à l’autre hémisphère : Marion Cousin) duo récemment transfiguré sous le nom Catalina Matorral, vraie pastorale électronique. On l’a vu pour la première fois rebattre ses cartes en 2016 avec Nacer Blanco, premier album sous son nom dont les horlogeries pompettes, les totems façon Tour de Pise et les madrigaux osseux évoquaient Moondog, Robert Wyatt et le facteur Cheval, les uns dans les autres, n’importe comment. Après quoi Rojo Vivo (2018) entre house toute blême et prédications ténébreuses nous fit peur et plaisir et danser.

Nuevo Medievo est encore plus beau, plus étonnant. Dès le début, chanté sur la pointe des pieds, la voix argentée d’effets robotiques sur une descente de lit synthétique piquée de cymbales, on se sent tête nue dans un vaste cabinet d’étoiles, on est captivé. Il y a des rayons laser, des paroles d’oracle au vocoder. Paul Loiseau, le batteur morse, fait sonner toute la cuisine comme un orchestre de calculatrices défoncées, puis Borja Flames accélère le pouls du disque d’une diction de présentateur de journal télévisé mal luné sur un fond jungle avant que Marion Cousin et Rachel Langlais fassent tout chavirer, qui d’une vocalise saturnienne, qui d’un synthé bizarrement réglé. À partir de quoi partout tombent des hits, des vrais, en pluie d’astéroïdes.

© Esteban Maravilla
Borja Flames.

 

Negro Negro est suave, mystérieuse, émouvante, surprenante comme un baiser qu’on n’espérait plus. On voudrait n’écouter plus qu’elle, mais vient alors Magnetismo qui rend débile de joie. Puis Marioneta, sec et aéré comme du Prince période Sign O’The Times, et sur lequel on n’a pas fini de danser, même seul avec sa tête sous le bras. Nuevo Medievo va ainsi de tout son long, raide et groovy, cérébral mais explosant de tumeurs rêveuses. Puissamment divertissant, rempli de rythmiques impaires, de chorales d’ordinateurs, de claviers qui glissent et font glisser. Nuevo Medievo rappelle un peu la scène synth-wave et le post punk ibérique des années 80. Il évoque aussi des versions lofi des tubes SF panoramiques du Franco Battiato de No Time No Space (mondes lointainissimes, recherches sonores, refrains maousses), l’Arthur Russel disco, ou même Porque te vas, oui oui, Sade, des faces B Motown jouées à l’IRCAM un soir de franc laisser-aller, Marvin Gaye et Tammy Terrel en plein slow sous les néons anachroniques d’un bar à chicha ou les B.O de Miami Vice importées dans les rushes de Blade Runner.

Si Nuevo Medievo comme tous les disques de Borja Flames, mélomane cannibale, convoque un certain nombre d’autres d’artistes, c’est pour organiser entre eux des rencontres inattendues, et les disséquer chacun dans une pulsion à la fois scientifique, érotique, amoureuse et gastronomique avant de s’en affranchir et de tirer dans toutes les diagonales des traits authentiquement inouïs. Faites-lui la fête.

Chaîne youtube 

► Nouvel album Nuevo Medievo (Murailles Musiques / Les Disques du Festival Permanent 2022).

© Laurence Aloir/RFI
Borja Flames à RFI.

 

Titres interprétés au Grand studio

Nuevo Medievo Live RFI

Marioneta extrait de l’album Nuevo Medievo voir le clip 

Magnetismo Live RFI.

 

Line Up : Borja Flames (synthé, sampler, voix)

Son : Benoît Le Tirant et Quentin Dubois.

© Laurence Aloir/RFI
Nimbus Sextet à RFI.

Puis, pour la #SessionLive2, nous recevons les britanniques Nimbus Sextet pour la sortie de l’album Forward Thinker.

À l’instar de Sons of Kemet ou Tenderlonious, le Nimbus Sextet est issu de la vibrionnante scène jazz britannique. Signée chez Acid Jazz, le label d’Eddie Piller, cette formation originaire de Glasgow délivre une production alerte héritière d’Herbie Hancock et du James Taylor Quartet. Lancé par le claviériste Joe Nichols, l’ensemble s’est ainsi distingué, il y a deux ans, avec Dreams Fullfield, un premier LP truffé d’arrangements entêtants, avant d’illustrer un remix pour STR4TA, la galette rare groove de Bluey et Gilles Peterson. Fort de pointures comme Jonny Enser et Mischa Stevens, le Nimbus Sextet revient  avec le significatif Forward Thinker. Soigneusement construit, ce nouvel opus confirme un goût évident pour les sonorités cuivrées et pour le jazz-funk.

Des accents perceptibles via High Time, la plage d’ouverture chantée par Charlotte de Graaf de Kid Creole And The Coconuts ; ou bien encore avec To The Light, un thème up-tempo fiévreux et marque de fabrique du groupe écossais. Vincent Caffiaux.

 

Chaîne youtube.

► Nouvel album Forward Thinker (Acid Jazz/Pias 2022).

© Laurence Aloir/RFI
Nimbus Sextet à RFI.

 

Titres interprétés au Grand studio

Trap Door Live RFI voir le clip

To the Light, extrait de l’album

High Time Live RFI

Forward Thinker Live RFI.

 

Line Up : Joe Nichols (Keyboards), Charlotte de Graaf (Lead Vocals), Alex Palmer (Drums), Honza Kourimsky (Guitar), Euan Allardice (Trumpet), Mischa Stevens (Bass) et Michael Butcher (Saxophone).

Son : Fabien Mugneret, Mathias Taylor, Quentin Dubois.