Le vertige Lou-Adriane Cassidy

Lou-Adriane Cassidy. © John Londono

Déjà aperçue sur scène aux côtés du phénomène Hubert Lenoir, Lou-Adriane Cassidy, Québécoise de vingt-deux ans, sort d'une année décoiffante avec la sortie d'un premier album C'est la fin du monde à tous les jours, remarqué et remarquable. Nous l'avons rencontrée lors de son passage au festival montréalais Coup de cœur francophone.

Lou-Adriane Cassidy est envoûtante, ensorcelante, tellement plus désirable que la banalité de la norme. La preuve sur scène où elle s'est emparée de toute la gamme des émotions tourbillonnantes, mutine, intense, lumineuse, régénérante. On aura donc assisté à un concert plein avec ses chansons à elle qui chassent les averses et éclaircissent l'horizon, mais aussi des reprises étincelantes. Celle de Leonard Cohen (The Partisan), audacieuse et catchy, celle de Brel (Sans exigences), d'un aplomb désarmant, celle de Barbara (Ma solitude), dans un chuchotement paisible. Brel, Barbara, des auteurs fétiches de sa mère Paule-Andrée Cassidy, interprète enchanteresse et au succès d'estime du côté de la Belle-Province.

La jeune Lou-Adriane, voix à la beauté imparable, a ainsi naturellement baigné dès l'enfance dans le circuit de la chanson française et francophone. "Ma mère me traînait partout, m'emmenait en concert avec elle. C'est un univers qui m'a toujours été familier. J'ai commencé les cours de violon à quatre ans et toute ma scolarité était en connexion avec la musique. J'ai toujours su que ce ne serait pas un loisir pour moi." Sa palette s'agrandit à l'adolescence, elle s'emballe pour ses compatriotes Louis-Jean Cormier - pour qui elle reconnaît un évident cousinage d'atmosphère sur Respiration, un des titres de l'album - Klô Pelgag, Philippe Bach, et valide la découverte de classiques anglo-saxons. "Il y a Gainsbourg aussi, une fascination pour le personnage et son œuvre. Je me suis plongée sur le tard dans Melody Nelson. Je ne vais pas être originale en disant ça mais c'est un album qui marque, te saisit, fondateur."

Fondatrice également sa percée en deuxième ligne derrière Hubert Lenoir, jubilatoire enfant du désordre. Auprès du chanteur qui a connu ascension fulgurante et frasques commentées, elle se poste aux chœurs, à la guitare, aux percussions. "J'aime m'ouvrir, je n'ai pas envie de me restreindre à ce que je suis. Quand tu accompagnes Hubert, tu emploies une autre énergie. Être avec lui m'a permis d'aller chercher une liberté dans mon projet personnel. C'est stimulant, libérateur, complémentaire, je ne veux pas choisir entre l'un et l'autre.". Deux nominations, dont révélation, au dernier gala de l'ADISQ, l'équivalent de nos Victoires de la musique, la statuette soulevée du meilleur album pop au GAMIQ, cérémonie des indépendants, des programmateurs européens séduits après des passages au Chaînon Manquant à Laval et à Coup de cœur francophone (une dizaine de dates françaises à venir, en mars): Lou-Adriane Cassidy a incontestablement un charme fédérateur.

C'est la fin du monde à tous les jours, qui n'a d'étrange que son titre, est un disque où chanson et pop se la jouent complices, un disque en prise aux questionnements amoureux et existentiels. "Au départ, je pensais faire un album de chansons originales écrites par d'autres artistes. Finalement, il y a aussi des textes à moi. Quant à ceux de Philémon Cimon, Tire le Coyote ou Stéphanie Boulay, ce sont paradoxalement les plus intimes, ils viennent d'une rencontre, d'une discussion et non pas d'un fond de tiroir." En tête, Ça va ça va, chanson immédiate, durable et à la mélodie contagieuse, suivie de près par le scintillement accidenté des Amours immatures. Du talent, de la décontraction, du caractère. La voie est libre pour Lou-Adriane Cassidy. La voix, aussi.

Lou-Adriane Cassidy C'est la fin du monde à tous les jours (Grosse boîte) 2019

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