Herman Dune, les carnets américains

Herman Dune publie un album folk intitulé "Notes from Vinegar Hill". © Mayon Hanania

Cela va faire cinq ans qu’il vit dans le quartier de San Pedro à Los Angeles. Avec ses Notes from Vinegar Hill, Herman Dune signe un disque de folk où l’on retrouve l’ombre portée de Bob Dylan. C’était peu avant l’élection présidentielle américaine et David-Ivar Herman Dune nous a parlé des chansons qu’il a écrites en confinement.

C’est dans le quartier portuaire de San Pedro qu’Herman Dune a composé son nouvel album. Notes from Vinegar Hill porte le nom de l’endroit de Los Angeles où le chanteur franco-suédois s’est installé il y a près de cinq ans. "C’est un disque qui a été écrit, conçu et enregistré sans voyage. Ce qui, en tant que musicien, n’arrive presque jamais parce qu’on est souvent en tournée. Il est ancré dans ce quartier, presque dans le pâté de maison", dit-il. Pas exactement un album sur le confinement stricto sensu, il s’agirait presque de "ses carnets du sous-sol".

Avec la pandémie de Covid-19, Los Angeles a connu un confinement drastique au printemps dernier. Bloqué à la maison, David-Ivar Herman Dune s’est plongé dans la création. Enregistrant tout dans son studio, avec la seule participation de sa compagne et à distance, de quelques musiciens fidèles, il en a tiré ces douze titres très tenus. Lui qui avait l’habitude de graver ses chansons "en live" avec un groupe dans la même pièce, aura été obligé de tout bricoler presque seul.

Bob Dylan, référence indépassable

De l’eau a coulé sous les ponts depuis que le groupe Herman Dune – alors, avec un tréma sur le ü- incarnait un renouveau du folk, en France, au début des années 2000. S’il a passé de longues périodes aux États-Unis depuis l’époque de Giant (2006) avant de s’y installer, c’est que David-Ivar a bel et bien intégré les mythologies de l’Amérique, le rap de Snoop Dogg, la super héroïne Harley Quinn. Il a aussi roulé de longues heures en ville, "comme un Uber"... C’est ce qu’il met en scène dans Ballad of Herman Dune, détournant le principe des ballades folk à la gloire des hors-la-loi. Avec son chant presque rappé, on est proche des débuts de Beck et de leur économie de moyens.

Globalement "feel good", son disque embrasse toutes les tonalités du folk. La pedal steel et ses guitares achèvent d’ancrer cette musique dans le paysage américain. Pour Say You Love Me Too ou Freak Out Til The Morning Dew, on ressent aussi l’influence majeure de Bob Dylan, auquel il rendait déjà hommage à la Cité de la musique, à Paris, en 2012. "Je suis fan depuis que je suis enfant. Mon père n’avait que quatre ou cinq disques, et trois étaient de Bob Dylan. Il y a des gens qui reviennent toute leur vie à Dostoïevski, je reviens toujours à Dylan. C’est une espèce de sommet qu’on regarde pour savoir où l’on doit aller", confirme le chanteur.
 

 

Beaucoup de morceaux sont partis de samples de batteries. Ces enregistrements de rythmes sont devenus le socle de ses compositions. L’autre difficulté de son travail en solitaire a été de trouver la bonne distance pour enregistrer son chant. "J’aime bien quand la voix est naturelle, ce qui est beaucoup plus simple à trouver quand on est en groupe. On devient vite trop pointilleux quand on est tout seul ! Alors, j’essayais d’enregistrer en me réveillant le matin pour ne pas avoir trop fabriqué le morceau au moment où je chantais", constate-t-il. 

David-Ivar, seul maître à bord d’Herman Dune

"I’ve been recording singing everyday / Sometimes my voice is broken sometimes it’s really low /Sometimes it takes me a second sometimes it’s really slow" ("J’ai enregistré et chanté chaque jour/Parfois, ma voix est cassée, elle est vraiment basse/ Parfois, ça me prend une seconde (d'enregistrer), parfois, c'est vraiment lent" ), résume-t-il dans Hawaii Morning. Ces notes prises à la maison évoquent parfois des amours malheureuses, mais elles ne jouent pas simplement sur cette corde nostalgique. À côté d’un LA blues, on trouve le plus joyeux Mookie Mookie. En tendant bien l’oreille, on retrouvera aussi ces sonorités rigolotes qui ont fait la patte d’Herman Dune.

Désormais, David-Ivar Herman Dune est bien le seul maître à bord du groupe fondé avec son frère aîné, André, il y a plus de vingt ans. La formation a connu plusieurs configurations, en duo, en trio, avant de se résumer à son seul chanteur.  Si ce dernier ne s’attarde pas sur le chemin parcouru, quel regard a-t-il sur la période que l’on traverse ? "Je ne dois pas être le seul à ne pas savoir ce que je vais faire, même dans un mois. Tout ce que je peux faire, c’est continuer à créer. Mon album va sortir et je ne sais même plus ce que veut dire sortir un disque dans ce monde. On verra bien", assure-t-il. 

Au moment où il disait cela, c’était juste avant l’élection présidentielle américaine. À l’écoute de ce très bon disque, on prend le pari que le songwriter, tout juste âgé de 40 ans, a encore beaucoup  de choses à nous dire.

Herman Dune Notes from Vinegar Hill (Santa Cruz Records/BB Islands) 2020
Site officiel / Facebook / Twitter / Instagram / YouTube