Le jazz de Joe : Nina Attal

La chanteuse et guitariste française Nina Attal. © Franck Loriou

Il y a 10 ans, une jeune chanteuse et guitariste française surprenait les amateurs de blues électrique par son audace, sa virtuosité et son aplomb. Les oreilles curieuses décelèrent un potentiel certain et les premiers admirateurs ne tardèrent pas à se manifester. Ils eurent raison ! Une décennie plus tard, Nina Attal a grandi, s’est révélée et laisse désormais parler son âme. Pieces of Soul est le fruit mûr d’un cheminement tenace.

Qu’il est difficile en France d’attirer l’attention quand votre art s’inscrit dans un patrimoine transatlantique… Qu’il est délicat de vouloir convaincre quand votre expressivité prend sa source dans le terreau des musiques africaines-américaines…

C’est pourtant ce sacré défi que relève avec brio Nina Attal depuis son premier album Urgency paru en 2010. Déjà, les éclats de sa voix pénétrante laissaient entendre des convictions artistiques indéniables. La demoiselle venait de passer son baccalauréat mais ce furent davantage les cinq prix décernés par le festival Blues sur Seine, dans les Yvelines, près de Paris, qui la comblèrent de bonheur.

Ce premier exploit esquissait un parcours certes périlleux, mais enthousiasmant et parfois prestigieux. À raison de 200 concerts par an, Nina Attal croit alors en sa bonne étoile et écume les scènes de France et de Navarre avec la fougue de ses 20 ans.

Elle croise la route de personnalités éminentes de la scène blues, soul, funk et se lie d’amitié avec certains d’entre eux. Le bassiste du fameux groupe Chic, Jerry Barnes, n’oubliera pas l’énergie communicative de cette fluette jeune femme capable de captiver sans efforts une foule de spectateurs charmés par sa candeur incandescente.

Rencontre avec Jerry Barnes

C’est après un concert au festival Fiest’A Sète en 2013 que les choses s’accélèrent. Nina Attal et ses musiciens viennent de chauffer à blanc le public du célèbre guitariste Nile Rodgers en assurant brillamment la première partie de son groupe Chic. Dans les coulisses, comme souvent, les musiciens se côtoient, discutent, sympathisent.

Bien que ces échanges cordiaux restent généralement très éphémères, Nina Attal tente sa chance et remet à Jerry Barnes une maquette de ses œuvres en se disant que cette initiative sera certainement un énième coup d’épée dans l’eau. Pourtant, quelques jours plus tard, l’illustre bassiste reprend contact et se propose de produire le prochain album de sa nouvelle complice.

 

Partenaire de Stevie Wonder, Prince, Roberta Flack et Chaka Khan, entre autres, Jerry Barnes est un pilier de la scène funk aux États-Unis. Il paraît donc impossible de ne pas saisir cette opportunité discographique unique.

C’est aux Studios Avatar de New York que l’album Wha prend forme. Soutenu par quelques bons amis, Steve Jordan (ancien batteur d’Éric Clapton) et Bashiri Johnson (ancien percussionniste de Whitney Houston et de Michael Jackson), Jerry Barnes étoffe le groupe de Nina Attal et affine sa sonorité. Cet épisode américain sera très enrichissant et donnera un nouveau coup de fouet à l’ascension vertigineuse de l’étoile du blues de plus en plus scintillante.

Quelques tatouages plus tard, Nina Attal affirmera encore davantage l’inclinaison soul-funk de son répertoire. L’album Jump, dont les accents empruntés au regretté Rogers Nelson Prince virevoltent avec grâce, semble enraciner sa musicalité dans une intention pop assumée.

Nina Attal reconnaît d’ailleurs volontiers écouter avec la même gourmandise, Lenny Kravitz, Michael Jackson, Stevie Wonder ou Jamiroquaï… Pour autant, le son de B.B King trotte toujours dans sa tête, car le "Roi du Blues" a imprimé cette authenticité que tout guitariste doit savoir préserver et restituer fidèlement pour rester crédible.

Un condensé d'émotions

Indéniablement, Nina Attal a, en elle, cette flamme qui résiste aux choix hasardeux, aux tentations mercantiles, aux compromissions dangereuses. Nous voilà en 2021 et, si le temps a passé, la foi en l’avenir ne s’est pas flétrie. Nina Attal a toujours ce désir ardent d’honorer une musique américaine qui frétille en elle.

Pieces of Soul est le condensé de ses émotions, de ses emportements joyeux, de son apprentissage constant. Elle prend des risques, joue avec ses humeurs, folk ou rock, blues ou soul. Sa téméraire adaptation du classique You’re no good, immortalisé en 1974 par la chanteuse Linda Ronstadt, légitime cette propension à triturer le passé pour le revitaliser et l’actualiser. Chercher l’intemporalité d’une œuvre, se laisser guider par son écho, est une forme d’hommage que Nina Attal ne dissimule pas.

Depuis que nous suivons avec intérêt l’évolution créative de cette brillante interprète, notre attachement se confirme. La furieuse agitation de I Won’t Make it suscite autant de palpitations que les harmonies mélodieuses de Make a Turn. Ces deux exemples bien distincts résument, à eux seuls, le propos de notre sincère révérence à l’égard de cette artiste en mouvement perpétuel. Et même si l’élaboration confinée de ce nouvel album a, de fait, limité les interactions nécessaires à toute ébauche artistique, le frisson est bien là et ces petits instants de vérité musicale font notre bonheur !

Nina Attal Pieces of Soul (Zamora Label) 2021

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