Bibi Tanga & The Selenites : l'arbre magique du groove

Bibi Tanga & the Selenites, 2022. © Dana Boulos

Depuis plus de 15 ans, l’élégant Bibi Tanga invente sa galaxie afrogroove chantée en anglais et en sango, la langue centrafricaine de son enfance. Dans cet excellent 4e album, The Same Tree, avec The Selenites, sa voix profonde et leurs textures sonores appellent toujours autant à danser qu’à réfléchir !

Il a suffi d’une nuit d’impro pour qu’une alchimie singulière et durable opère entre Bibi Tanga, le Professeur Inlassable, et ceux qui vont devenir son groupe, The Selenites, des musiciens venus d’horizons très différents, avec à la guitare Eric Kerridge, un ex de la bande funk parisienne Malka Family, Arnaud Biscay, batteur chez Malik Djoudi ou Philipe Katerine, le violoniste Arthur Simonini, venu du Conservatoire National classique et auteur de B.O de film primées chez Céline Sciamma, et avec aux platines, le doyen le Professeur Inlassable.

Malgré leur éclectisme, The Selenites sont unis par la passion du groove depuis plus de 15 ans. "Une telle longévité, c’est rare!" s’amuse Bibi Tanga, au milieu de ses compagnons réunis dans l’ancien théâtre Sélénites transformé en studio par le Professeur Inlassable.

C’est dans ce lieu atypique, au cœur de Paris et que leur nouvel album The Same Tree a été enregistré au fil de multiples sessions. "Comme d’habitude, on ne cherchait pas à faire un disque. On se retrouvait juste pour jouer comme d’autres dînent entre amis ! On ne se fixe aucune contrainte, et c’est comme ça que naissent nos nouveaux morceaux" précise le Professeur Inlassable, capitaine de ce studio devenu le QG de cette redoutable fabrique afrofunk française qui a sorti des tubes comme My Heart is Jumping ou Be Africa, streamés des millions de fois.

Musique vivante

Après plus de quinze ans d’existence, des centaines de jams nocturnes et concerts dans le monde, la magie de ce quintet opère sur ce quatrième album, peut-être parce qu’elle est enracinée dans cette approche vivante de la musique, toujours bercée par la voix profonde et grave de Bibi Tanga, qui assure la basse et le chant.

"La magie de ces soirées en studio nous porte, explique le talentueux violoniste, pianiste et producteur Arthur Simonini. Aujourd’hui, on peut créer des milliers de pistes numériques, mais jouer en vrai ensemble, c’est devenu rare. On fait d’abord de la musique dans une ambiance magique et le reste vient après." 

Sur les conseils d’un ami, Bibi Tanga avait débarqué un peu par hasard dans ce studio, un soir tard. Arthur Simonini était encore stagiaire du studio, à l’époque. Le Prof lui a proposé sa recette maison élaborée à partir de trois platines pour former "un décor sonore propice à raconter une histoire" créé en assemblant des trames de sons (chants, oiseaux, vent) et de samples, ce qui va devenir la signature du groupe. "J’ai eu un coup de foudre pour la voix de Bibi !", explique le musicien et producteur qui se définit comme un "platineur artistique".

"Un chant mortuaire en sango a soudain jailli du fond de mon âme. C’était comme un cadeau inattendu. J’ai chanté sans réfléchir. Ça devait correspondre à un moment de ma vie où je devais renouer avec cette langue de mon enfance… " se souvient le chanteur né à Bangui, la capitale de la République centrafricaine qu’il a quittée très jeune pour suivre son père diplomate à travers le monde, avant de s’installer en banlieue parisienne. 

C’est ce que Bibi évoque dans le redoutable Like Rolling Stone, un titre qui parle autant de son enfance à tremper ses oreilles dans différentes langues et pays (États-Unis, Russie, l’Allemagne, Belgique …) que les périples que le groupe a connus sur les routes à travers le monde depuis que Bibi a inventé une grammaire funk unique qui retourne les scènes et les dancefloors.

 

Racines plurielles

Dans ce dernier disque, Bibi chronique toujours aussi joyeusement le monde actuel, en anglais et en sango, avec un groove élastique et terriblement jouissif dans lequel tous les musiciens viennent planter leurs racines plurielles, avec des connexions parfois étonnantes entre les scènes de vie du quotidien en Centrafrique, le classique, la pop, ou le jazz.

"Quand j’étais tout petit, j’avais des rythmes en tête en permanence, raconte le violoniste Arthur Simonini. En allant en Haïti, j’ai entendu ces mêmes rythmes qui avaient hanté mon enfance et qui m’inspirent encore aujourd’hui."

Dans cet arbre musical à racines multiples et parfois invisibles, Bibi tire lui aussi sa prolifique sève des territoires de l’enfance et du pays des ancêtres pour fabriquer une musique vraiment à part qui connecte les âmes et les mondes au-delà de l’histoire et du futur. Dans Kindagoso, par exemple, il convoque un souvenir joyeux de chasse aux sauterelles à griller, un plat national en Centrafrique sur une rythmique funky ; dans He Mo Ita, au milieu d’ambiances d’oiseaux, il raconte le soliloque d’un jeune du quartier qu’il a vu tenter d’échapper aux dures réalités de Bangui en crise dans les vapeurs d’alcool de canne… Le tout à la manière des Selenites, c’est-à-dire "en traitant de sujets graves avec des rythmes joyeux" sourit Bibi…

Bibi Tanga & The Selenites The Same Tree (L’Inlassable Disque) 2022

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