Soprano, sur le toit de sa carrière

Soprano © Fifou

Soprano, le rappeur marseillais revient avec son 5e album en solo : l’Everest, 2 ans après Cosmopolitanie. L’auteur du titre le Diable ne s’habille plus en Prada se livre ici sur sa carrière et son nouvel opus qui vient de sortir.

À deux pas de la station Porte de Clignancourt dans le XVIIIe arrondissement de Paris, cet homme d’origine comorienne dompte ce redoutable froid automnal avec sa chaleur toute marseillaise. Un jean, un pull à capuche, une veste et un bonnet, une simplicité aux antipodes des locaux ultra-design de sa maison de disques. Accueillant, toujours le mot pour rire, il nous invite dans un petit salon coloré pour entamer l’ascension du plus haut sommet du globe, la sortie de son 5e album, l’Everest

22 années de rap au compteur et 5 albums solos donnent une légitimité à son regard, similaire à celui d’un sherpa sur le col d’un glacier. "Le rap français, je l’ai vu changer plusieurs fois ; ça fait de moi un dinosaure", ironise-t-il. D’après le rappeur de 37 ans, le rap est à l’image de sa jeunesse. Sa forme artistique est différente et elle va de pair avec la définition qu’on se fait de cette discipline. "Internet a ouvert la porte à des groupes comme PNL et des artistes comme Jul, qui ont également changé la musique et la stratégie marketing", confie l’artiste.

Le dépassement de soi

Au fil des années, on a suivi ce vétéran aguerri dans sa thérapie avec l’album Puisqu’il faut vivre (2007), puis exploré sa dualité avec la Colombe (2010) et le Corbeau (2011) pour finir par nous entraîner dans son ode au vivre ensemble avec Cosmopolitanie (2014). "L’Everest, c’est l’album du dépassement soi !".

Il illustre l’élévation avec des morceaux plus personnels comme Postcriptum où il écrit à ses enfants. Il y a aussi Mon public, un morceau guitare/voix dont l’histoire est étroitement liée au chanteur américain Prince. À la suite d’un hommage improvisé par l’un de ses compositeurs au "Kid de Minneapolis", alors qu'ils étaient en pleine séance d'enregistrement en studio, ce dernier a commencé à jouer une mélodie à "la Lauryn Hill". Un morceau guitare-voix, "il fallait à tout prix que j’essaye." Séduit par cette prise de risque assumée, il prévoit de renouveler davantage l’expérience dans ses prochains albums. Soprano ne met pas de frontières à son univers musical en invitant des artistes tel que Marina Kaye sur Mon Everest. "Je l’ai toujours fait. Le plus important pour moi, c’est que je prenne du plaisir." ...

Cet artiste au grand cœur a l’habitude de faire des maux des autres, son cheval de bataille. "Ces musiques me soignent, quand j’étais beaucoup plus jeune j’étais très mélancolique dans ma musique…" La chanson Roule en est l’exemple. Dans le titre, il parle de ses soirées sans son ami (Sya Styles de Psy4 de la Rime, disparu en 2015 : ndlr) depuis la perte de ce dernier, provocant le syndrome de la page blanche. "C’est la première chanson que j’ai écrite de cet album. Ça m'a soulagé et permis d’écrire tout le reste de l’album."

Dans son parcours allant du divan de Pascale Clark, que l'on entend dans son premier album, (Puisqu’il faut vivre) jusqu’à ce point culminant (L’Everest) le vent a tourné. "Quand tu es plus jeune, tu as tellement de choses emmagasinées que tu lâches tout dans le premier album... ce qui donne quelque chose de plus poignant."

Dans son premier album, le rappeur avait accumulé 5 ans de textes. "Quand tu vieillis, tu as plus encore envie de rire, de faire la fête, car la vie est bouleversante."

Marseille et Moroni

Tout le long de sa traversée, Soprano a toujours porté fièrement les couleurs du club phocéen. Rendant hommage à cette grande ville, aussi connue comme l’autre capitale des Comores. "À Marseille, des Comoriens, il y en a même plus qu’à Moroni (Comores)," lance, amusé, l’enfant du pays. "Une fois en Allemagne, j’ai croisé une Comorienne qui était étonnée de me voir dans les rues de ce pays, comme ça, alors que d'après elle, j’étais le Comorien le plus connu au monde !"

Conscient de son importance dans la diaspora, Soprano n’hésite pas à retrousser ses manches en montant une fondation, construisant une mosquée dans le village de ses parents, mais il ne reste pas focalisé sur l’océan Indien. "En France ce qui se passe, c’est dur, mais ça ne date pas d’hier : les musulmans, les Arabes, les noirs…" confie-t-il amèrement.

Sur le toit du monde, son regard se tourne davantage vers les États-Unis, avec la montée du Ku Klux Klan, les propos de Donald Trump… D’après l’artiste, en France, on ne fait pas mieux avec des propos tels que "musique nègre", utilisés par certains. "On sent le racisme augmenter dans le monde entier et c’est quelque chose que j’essaye de combattre en cassant les clichés."

Soprano l'Everest (Parlophone) 2016

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