Aloïse Sauvage, être à fond !

Aloïse Sauvage. © Nicolas Dambre/RFI

Musicienne, danseuse, artiste de cirque et chanteuse, Aloïse Sauvage bouscule le rap et la chanson tant sur disque que sur scène. Rencontre avec une hyper active, sensible et perfectionniste, qui ne compte pas s'arrêter de sitôt.

En Provence, au Thoronet, à quelques kilomètres de l'abbaye du même nom, l'énorme bus du duo Ibeyi est stationné derrière la mairie. C'est dans un van un peu plus modeste qu'arrivent Aloïse Sauvage et son équipe pour se produire aux Nuits blanches du Thoronet.

La jeune femme termine une série de concerts dans toute la France, avant de s'envoler pour Israël où elle tourne une série pour la chaîne Canal +. Aloïse Sauvage —ce n'est pas un nom de scène— est versatile : chanteuse, mais aussi danseuse, artiste de cirque et comédienne.

Avant son concert, elle se confie : "Oui, je m'implique dans beaucoup de disciplines différentes. Mais ce sont les mêmes depuis que je suis enfant. Gamine, je gesticulais beaucoup. Je me voyais devenir clown ou humoriste comme Florence Foresti pour attirer l'attention sur moi. Mais je ne suis pas une enfant de la balle."

En effet, pas de famille de musiciens. Ses parents travaillent à l'Éducation nationale, son père pratique la chorale en amateur, un oncle et une tante jouent dans un groupe de musique cajun.

En piste

L'envie est venue de la scène, comme lors d'un concert de musique irlandaise. Elle a alors 7 ans et décide d'apprendre la flûte traversière au Conservatoire. Aloïse se mettra ensuite à la batterie et au saxophone, tout en continuant la flûte. Elle prend des cours de danse hip hop avant de se mettre au break en autodidacte.

Près de Melun, où elle grandit, elle participe à différents crews avant de participer à des spectacles de danse contemporaine. Autre passion : le cirque. Ses parents l'avaient emmenée voir des spectacles de James Thierrée, du Centre national des arts du cirque ou du Cirque du Soleil. "Ce fut une révélation : c'était exactement ce que j'imaginais, monter sur scène dans dix ans. J'ai tout lâché pour le cirque contemporain. J'ai fait une prépa avant d'intégrer l'Académie Fratellini durant trois ans. L'acrodanse (acrobatie et danse, ndlr) est devenue mon breakdance."

Aloïse Sauvage est aussi comédienne. On l'a vue dans la série Trepalium, créée par Antarès Bassis et Sophie Hiet ou encore dans 120 battements par minute, un film de Robin Campillo. La chanson est la dernière corde à son arc. "Elle est venue lorsque j'étais à l'Académie Fratellini. Je réalisais de petits enregistrements sur le logiciel GarageBand pour draguer quelqu'un. J'ai aussi réalisé quelques reprises et publié quelques titres sur YouTube. Abraham Diallo —qui compose pour des spectacles de danse— a produit six titres avec moi. J'en ai publié trois sur le Net."

Sensation des Trans

Son bagage musical est clairement teinté de rap français : Kery James, Diam's, Sinik, Hocus Pocus, Orelsan… "S'il y a de bons textes, le rap est un exercice stylistique parfois plus libre que la chanson. Aujourd'hui, j'écoute un peu de tout en streaming ou en téléchargeant des albums au hasard. C'est sans doute générationnel."

En décembre 2018, elle fait sensation au festival des Transmusicales, qui l'a programmée sur la foi de deux titres, un pari réussi : c'est là-bas qu'elle crée le spectacle qui tournera toute l'année 2019. Mais en cette fin juillet, de gros orages se sont abattus sur la Provence. C'est finalement dans une petite salle des fêtes qu'Aloïse Sauvage et Ibeyi doivent se rabattre pour donner leurs concerts. 

Hasard ou coïncidence, les sœurs jumelles Lisa-Kaindé et Naomi Diazont ont souvent croisé la route d'Aloïse Sauvage à qui elles ont proposé d'assurer leurs premières parties. Ce soir-là, le duo a finalement joué avant Aloïse. Cette dernière et ses deux musiciens se sont installés au centre d'une salle bondée et surchauffée. Pas de scène, pas de filin au plafond… une proximité et une intimité qui tranchent avec ses précédents concerts aux festivals des Eurockéennes ou du Paléo.

Épuisement

Grosses baskets blanches, pantalon et sweat-shirt blancs, la jeune femme commence son concert par Hiver brûlant. Des enfants sont assis aux pieds du batteur et du musicien aux claviers. Les spectateurs entourent Aloïse Sauvage, ils pourraient la toucher de la main. L'artiste se réjouit de voir enfin son public de si près.

Elle interprète des titres de son mini album composé par Josh et le Motif, publié en mars, comme Parfois Faut ("Y'a pas de doute la vie est courte/Plus elle s'écoule plus elle nous coûte"), ou Jimy ("Si tout le monde s'y met, comment Jimy peut faire c'qui lui plait/Jimy est aveugle d'amour, Jimy accourt dès qu'il est accro"). La voix est souvent transformée par l'Auto-tune.

Ses textes révèlent une certaine gravité, mais ne tombent pas dans la résignation. Sur le carrelage, l'artiste se tortille, entame des pas de danse inspirés du hip hop. On croirait assister à une battle de breakdance dans la rue, un micro en sus. Aloïse Sauvage termine son concert avec Aphone, mélange de chanson calme et de rap remuant ("Les ombres qui rentrent / Dans une sombre décadence, danse danse/Aphone à force d'être à fond !").

À 26 ans, cette boule d'énergie se dit aujourd'hui épuisée par sa boulimie d'activité. Elle confie cependant : "Goûter à l'expression de soi est comme une drogue. On ne peut plus s'en passer. Je trouve ma place dans la vie grâce à la création. Mais en musique, je suis un bébé. J'ai encore beaucoup à faire."

Aloïse Sauvage Jimy (Initial Artist) 2019
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