Féfé & Leeroy, un duo au soleil du rap

Les anciens complices du Saïan Supa Crew Féfé & Leeroy publient ensemble l'album "365 jours". © Xavier Dollin

On les avait laissés sur des carrières solo qui avaient pris le chemin du Nigeria, Féfé pour un voyage sur les traces du peuple yoruba, Leeroy dans les pas de Fela Kuti. Les anciens complices du Saïan Supa Crew lancent en duo 365 jours, un projet qui doit durer un an pile et marque leur retour dans le bain du rap. Alors, Féfé & Leeroy, retournent-ils dans l’arène pour en remontrer aux petits jeunes ? Éléments de réponse et ping-pong verbal.  

RFI Musique : Pourquoi ce projet Féfé & Leeroy ? Pourquoi vous retrouvez-vous un peu plus de vingt ans après les tubes du Saïan Supa Crew ?
Féfé : Et pourquoi pas ? Pourquoi on n’aurait pas le droit ?
Leeroy : C’est venu comme ça, de "pourquoi pas ?"
F : Et puis, de l’envie de s’amuser. On a maintenant des carrières assez longues et fournies, on a beaucoup testé de choses, et on voulait retrouver le goût des premières fois. Quand on fait le bilan, on se dit que toutes nos premières étaient fantastiques, qu’elles aient marché ou pas. C’est donc le premier album qu’on fait ensemble, les premières interviews, la première tournée...

Vous jouez justement de cette position. Sur le titre Come back, vous dîtes : "On a vingt ans de carrière, mais on fait notre retour".
L. Come back, c’est vraiment un titre introspectif, mais au second degré. On se moque de nous-mêmes.
F. On ne voulait pas se tromper de débat. C’est l’intro de l’album, on dit tout de suite : "Hé les gars, on n’est pas là pour dire aux petits jeunes que c’est pas comme ça qu’il faut faire."
L. C’est même l’inverse.

Vos productions sont nourries de sons que l’on entend actuellement dans le rap, votre flow change aussi. Est-ce que vous vous êtes tenus au courant de ce qui se fait actuellement ?
F. Mais bien sûr que oui ! Le rap est une musique vivante. Il ne faut pas la laisser, sinon, ça devient du latin. Les mots bougent, les argots changent. Il y a des trucs qu’on aime bien dans ce qui se fait aujourd’hui et qu’on aurait voulu trouver. Si c’est pour faire une pâle copie de tubes, ça ne nous intéresse pas. Mais on est très content que cet album sonne contemporain.

On parle de cette nouvelle génération du rap, mais vous vous en moquez quand même dans Autotunite aigüe.
F. Encore une fois, on se moque surtout de nous-mêmes. Si t’écoutes bien, je dis : "Hé Leeroy, ça te va pas !" Imagine que tu as un pote qui a 40 ans, et qui s’habille comme quelqu’un de 17-18 ans. Tu vas lui dire : "Mec, c’est pas ton style !" Malgré ça, on ne s’interdit pas d’utiliser un jour de l’Auto-Tune. C’est juste qu’à un moment, ça nous fait rire. L’Auto-Tune est devenu la base maintenant. Il y a même des gens qui trouvent choquant quand il n’y en a pas dans le rap.
L. C’est dans notre tradition de faire des intermèdes rigolos entre les chansons. On aurait pu mettre 3 ou 4 sketchs sur le disque.

Quelles étaient vos références quand vous aviez 20 ans ?
F. Quand j’y pense, je vois le Wu-Tang Clan dans un bus, en freestyle, en train de faire les oufs !
L. Un truc de crew, de potes, d’échange, de partage, une compétition saine. C’est l’esprit du hip-hop.
F. Prendre la rage pour en faire un truc positif, créatif, être aussi les journalistes du ghetto. À l’époque, c’était ce mouvement revendicateur, poétique. C’est ce qui m’a ému, m’a animé, et m’a fait rester des heures sur un texte. Cet amour-là m’a donné l’impression, non pas de changer le monde, mais de contrer les injustices ne serait-ce qu’avec les mots.

Vous avez la dent dure avec l’industrie musicale dans la chanson Bla Bla Bla.
F.  Dans Bla Bla Bla, on vise l’industrie musicale, mais c’est plus un freestyle. On était parti sur le concept des soirées washi-washa, où tu serres la main à des gens que tu ne connais pas et tu dis : "Je t’adore". Mais par rapport à ça, on est ironique car on joue ce jeu. À 20 ans, ça nous révulsait, aujourd’hui, on a compris, on prend ça avec du recul. Ce n’est pas parmi les choses qui nous plaisent le plus, mais quand je pense aux boulots que nos parents ont faits, je me dis qu’aller serrer des mains, ça va…

Justement, considérez-vous que vous avez la chance de faire ce que vous voulez aujourd’hui ?
F. Oui et non, parce qu’il faut faire très attention avec ce mot de "chance". Il y a beaucoup de gens qui sous-estiment notre travail, la foi qu’il faut, les heures qu’on passe, les sacrifices qu’on fait.Ce n’est pas de la chance, on a du courage. On n’est pas tout le temps en haut de l’affiche, il y a des albums qu’on a sortis et qui sont passés inaperçus. Il faut être solide pour continuer malgré tout ça, on ne lâche pas. Franchement, j’ai félicité Leeroy, parce qu’on a sorti un album.
L. Mais sincèrement !
F. Pour que la musique arrive jusqu’aux gens, il y a tellement de combats. D’être vu, entendu, de faire des compromis ou pas, de garder notre liberté artistique, c’est difficile. Il faut beaucoup d’amour de la musique pour sortir après vingt ans de carrière un projet comme celui-là.

Votre groupe va durer un an, c’est un projet éphémère. Pour quelles raisons avoir fait ce choix ?
F.  C’est l’époque, il y a de la musique partout, à tel point qu’elle est moins précieuse qu’avant, et qu’il y a moins de cérémonial autour. On voulait donc redonner de la "valeur" à notre musique. En même temps, on voulait répondre de manière ironique à cette époque et dire : "Ben, voilà, vous avez un groupe éphémère, on est exactement dans l’air du temps." Le premier groupe à obsolescence programmée, c’est notre slogan.
L. Et pour nous, on ne va pas aller jusqu’à se prendre la tête. Un an, c’est bien, on a ce projet, une tournée et après : "Salut !" On n’a pas le temps de se faire chier.

Féfé & Leeroy 365 jours (Tôt ou Tard) 2019

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