La musique arc-en-ciel d’Edgar Sekloka

Edgar Sekloka. © Hashka

Partenaire de Gaël Faye au sein de Milk Coffee & Sugar, Edgar Sekloka tente à son tour l’aventure solo. Musique Noire, son premier album aux mots recherchés et cinglants joue la carte de la diversité, croisant les univers entre hip-hop, chanson, musique africaine, gospel, et orchestration classique.

Un premier album sous son nom, même quand auparavant, on a roulé sa bosse, quand on s’est forgé une image sous une identité plurielle, ça marque une histoire. Forcément ! Edgar Sekloka le sait. S'il a connu un embryon de reconnaissance par le passé avec Milk Coffee & Sugar au sein duquel il partageait le mic avec Gaël Faye, s'il a vu ce dernier rencontrer le succès en solo ou comme écrivain, "Suga" comme on le surnomme depuis toujours ou presque, tourne une page en ce début d’année 2020, 5 ans après avoir quitté le duo. Aujourd’hui, il est le boss et assume ses choix artistiques, sa diversité musicale et ses revendications d’"afropéen", d’adulte de la France d’aujourd’hui.

« J’ai grandi dans une bourgeoisie d’amour »

Très réactif, Edgar Sekloka jongle avec les rendez-vous, acceptant de glisser in extremis dans sa fin de journée, notre rencontre-interview dans un bar de Jaurès alors qu’un peu plus tard, il est attendu pour un direct sur les ondes d’une radio parisienne à quelques rues de là. Ponctuel, ce grand gabarit s’installe à table, commande un thé chaud et passés les présentations et autres formules d’usage, se lance dans un rapide déroulé de vie : "Je suis né en 1978, dans le 15ème arrondissement de Paris. Mon père est béninois et ma mère camerounaise, de l’ethnie bamiléké majoritaire. J’ai un peu plus d’un an quand ma mère, ma grande sœur, mon petit frère et moi, on s’installe à Puteaux. Trois enfants de même mère et de pères différents" précise-t-il "tous remerciés par ma mère."

Le sien décède quand il a 10 ans. Cela ne l’empêche pas de glisser au fil de la conversation, "avoir grandi dans une bourgeoisie d’amour". Quatre oncles du côté de sa mère et le père de sa grande sœur veillent sur eux. "Ils ont toujours été très présents pour nous", ajoute-t-il. "C’est eux qui nous ont connectés à la musique, la musique du Cameroun, mais aussi aux musiques afro-américaines, au zouk et à la chanson d’ici, précise-t-il, citant Johnny ou Maurane.  Il y avait beaucoup de disques à la maison. On dansait pour un oui pour un non".  Sa sœur, Ange Fandoh, de quatre ans et demi son aîné deviendra chanteuse et publiera un album avec son groupe Drôles de dames, avant d’ouvrir une académie du chant et une agence artistique à Dakar. "C’est elle, qui très jeune m’a poussé sur les voies de l’écriture", raconte celui qui se dirigera vers des études littéraires une fois passé le bac. À la charnière des années 80 et 90, le jeune ado’ découvre le hip-hop. "IAM, Les Sages Po’ ou NTM ont été mes maîtres. J’ai tout de suite aimé les codes du hip-hop et sa camaraderie. On se reconnaissait entre nous. Ce sont aussi les années où le FN commence à faire des scores aux élections. Forcément, je me suis senti concerné, ça a donné du sens à mes textes. Le rap a été fondamental pour moi, il m’a éduqué. À l’époque, je faisais abstraction de ma couleur de peau. Il n’y avait pas de scission communautaire, d’autant qu’on était peu alors à Puteaux à être originaire d’Afrique subsaharienne."

Nos aliénations modernes

Si l’artiste pense déjà à son prochain album qui s’appellera Un peu de sucre, "à paraître sur Sugar Music, mon propre label, l’an prochain", il prend le temps de parler des 7 plages de celui qui arrive en bac : "C’est un parallèle entre l’esclavage et nos aliénations modernes", lâche-t-il en prenant son smartphone en main. "Il m’arrive parfois d’échanger plus par son biais que dans la “vraie” vie. J’en suis devenu dépendant",  atteste-t-il. Pour ce qui est de la musique, il reprend à son compte l’appellation “musique arc-en-ciel“ utilisée par la personne chargée de vendre ses concerts. "Le rap en est le cœur. C’est mon moyen d’expression, ma base, mon squelette. Le rap est une musique inclusive. Tu peux tout sampler, tout faire". Il ne s’en prive pas. "J’ai des cordes sur certains morceaux, des cuivres sur d’autres".  Il s’autorise même à chanter (Vertement) ou à croiser rap et chant (Je ne sais pas parler), invitant même l’artiste burkinabè Koto Brawa sur Chansons Pourpres ou la chanteuse togolaise de blues rock Lady Apoc sur Big Massa. Sur Lyrics Nervures, un percus-voix, il rend un hommage appuyé aux pionniers du hip-hop, Last Poets. Quant à Ali Assaka (un de ces surnoms), ce titre trouve naturellement sa place sur le dancefloor, tout en se moquant des clichés qui collent à l’Afrique et à ses enfants.

En concert le jeudi 27 février au Hasard Ludique (Paris).

Edgar Sekloka Musique Noire (Suga Music/InOuïes/Believe Digital) 2020
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