Le Jazz de Joe avec Laurent Assoulen

"Black Blank", le nouvel album de Laurent Assoulen. © Laurent Assoulen

Chaque semaine, dans L'épopée des Musiques Noires sur RFI, Joe Farmer met en relief la diversité des couleurs sonores nées de la diaspora africaine dans le monde. Laurent Assoulen est un pianiste français, sensible aux senteurs musicales échappées de contrées éloignées de son univers artistique. Les rencontres sont, pour lui, des invitations à se dépasser et à tendre la main. Black Blank est un album finement ciselé, porté par la délicatesse d’une interprétation soignée et par les nuances d’une kora et d’un Erhu, deux instruments traditionnels issus d’Afrique et d’Asie.

Laurent Assoulen a eu du nez, pourrait-on dire, car avant de se lancer dans ce voyage mélodieux qui ne cesse de le surprendre lui-même, il était un créateur de parfums. Il réalisa très vite que les sens olfactifs et auditifs pouvaient aisément se conjuguer. Il imagina même un "concert parfumé" présenté au festival Jazz à Vienne, en France, il y a 10 ans. Depuis lors, les émanations de son art réjouissent des publics très divers qui découvrent la tonalité ambrée de sa virtuosité. Ses disques, Musiscent, Mus(i)c, Sentire, ont révélé, au fil du temps, l’essence de son talent.

Wake up in Africa

Aujourd’hui, Laurent Assoulen veut respirer l’arôme apaisant d’un monde en ébullition. Il veut humer les odeurs de cette planète fascinante qui nourrit son inspiration. Ces dernières années, il s’est laissé guider par les opportunités de périples musicaux au Brésil, en Corée, en Bulgarie, et plus récemment, au Rwanda, en Angola et en Ouganda. Là, il a pu apprécier la force expressive de populations enracinées dans leurs traditions. Il n’est d’ailleurs pas anodin que la pochette de Black Blank représente le lac Kivu au Rwanda. Une image simple et majestueuse dont on ressent la vitalité naturelle que Laurent Assoulen a éprouvée sur place et qu’il restitue humblement en suggérant la musicalité d’une kora, instrument traditionnel d’Afrique de l’Ouest, magnifiée par le jeu de Baba Sacko. Wake up in Africa est, sans nul doute, le titre le plus évocateur de cette intime plongée dans l’immensité d’un continent.

Vaste et mystérieuse, la terre d’Afrique n’est pas la seule région du monde habitée par des contes imaginaires et des légendes patrimoniales. Laurent Assoulen est un artiste ouvert, altruiste, curieux et généreux qui s’enthousiasme pour les cultures d’ailleurs. Il lui fallait donc trouver le moyen de célébrer l’universalisme de la musique. Certes, le jazz est l’un des symboles vibrants de notre humanité, mais mâtiner un répertoire de fragrances internationales est une intention louable et nécessaire au XXIe siècle. Ainsi, un violon ancestral chinois vient ponctuer notre promenade dans ce dédale de notes choisies. Il s’agit de l’Erhu, un instrument millénaire dont la délicate évanescence sonore nous invite à la méditation. Yan Li, que Laurent Assoulen a rencontré à Paris, virevolte avec grâce sur Chinese Horse, une scintillante composition qui ranime le mythe chevaleresque de l’animal céleste, puissant, sauvage, dont le port altier et fier est célébré dans la culture chinoise.

Le jazz, un espace sans frontière

Black Blank n’est cependant pas qu’un périple aux quatre coins du globe, c’est la divagation d’un pianiste cheminant dans ses souvenirs, suivant ses envies, ses emportements, ses fulgurances. Ce sont des sourires, Smiles, empruntés à Charlie Chaplin ; c’est une âme d’enfant, Marelle; c’est un désir d’évasion juvénile, École buissonnière qui permet à l’auteur de s’aventurer dans un jeu parfois fort débridé, débarrassé de toutes conventions. Cette liberté-là est impérative pour Laurent Assoulen. Longtemps prisonnier d’une éducation classique trop contraignante, mais tellement formatrice, il comprit très tôt que le jazz l’autorisait à franchir la ligne jaune et à s’octroyer le droit d’être lui-même. Pourquoi s’interdire alors d’adapter Every breath you take du groupe Police ? Le jazz est un espace sans frontière, sans limite, sans obligation. Laissons-le s’enivrer de cet air vivifiant que ses illustres prédécesseurs ont eu le courage d’insuffler avant lui.

En juin 2020, le musée international du parfum à Grasse (Sud de la France) présentera une nouvelle scénographie d’une borne olfactive musicale inaugurée en 2011. Il est fort probable que Laurent Assoulen accompagnera cet événement. D’ici là, il parfumera le Sunside à Paris, ce 27 mars et poursuivra, n’en doutons pas, ses swinguants pèlerinages à travers les cinq continents dans les années à venir.

Laurent Assoulen Black Blank (Auto-production) 2019

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