Nancy Holloway, partie comme ça

La chanteuse Nancy Holloway à Paris, mai 1963. © Getty Images/Keystone France

Elle était la plus américaine des Yéyé. Née Nancy Brown à Cleveland (Ohio), Nancy Holloway nous a quittés le 28 août 2019 à Paris. Elle laisse le souvenir de nombreuses transpositions en français de tubes étasuniens des années 1960.

Son pseudonyme, elle le doit à un mariage éphémère, conclu à l'âge de 16 ans. Durant son enfance à Cleveland, en compagnie de neuf frères et soeurs, elle se forme au chant avec sa mère institutrice et interprète de negro spirituals. Aussitôt divorcée, elle part pour New York. Elle est alors serveuse ou laveuse de voitures, avant de rencontrer le producteur Larry Steele, qui l'intègre au ballet Beige Beauties alors même qu'elle ne sait pas danser. Elle démontre alors une grande capacité de travail.

Six ans plus tard, on la retrouve touriste en Europe, et dans un bar de Paris, on la met au défi de chanter une chanson pour qu'elle n'ait pas à payer sa tournée. Impressionné par le blues qu'elle interprète à la perfection, le patron l'embauche immédiatement. Elle commence à se produire dans différents pays d'Europe et aussi au Liban. Mais l'attraction de Paris est trop forte. Elle s'y installe définivement en 1960. 

L'année précédente, elle a intégré le Moulin Rouge grâce au comédien André Pousse. Elle enregistre en 1961 son premier disque : Le boogie du bébé. Elle ouvre la discothèque "Chez Nancy Holloway". La chanteuse connaît le succès en 1963 avec une reprise de Dionne Warwick. Don't make me over devient T'en va pas comme ça. Suivront Prends tes clés, Dernier baiser, Dis-lui que je ne suis pas là, en duo avec Nino Ferrer.

Au cinéma, elle est à l'affiche de Cherchez l'idole (1964) de Michel Boisrond, à l'égal des plus grandes stars de l'époque, telles que Johnny Hallyday et Eddy Mitchell. En 1969, elle perd sa fille âgée de 20 mois dans un accident domestique. Suite à ce traumatisme, elle s'éloigne un temps de la France pour retrouver les États-Unis.

Elle joue son dernier rôle, celui de la chanteuse Mélanie, dans le film de Michel Audiard, Le Cri du cormoran le soir au-dessus des jonques en 1971, et prête sa voix à de nombreuses bandes originales. Par la suite elle se produit encore dans les clubs de jazz parisiens et fait quelques tournées en Afrique et en Inde.