Ronald Bell du groupe Kool & The Gang est mort

Robert "Kool" Bell, Ronald "Khalis" Bell, Dennis "DT" Thomas et George Brown, le 8 octobre 2015 à Los Angeles. © Photo by Rich Fury/Invision/AP

La disparition de Ronald "Khalis" Bell, le 9 septembre 2020 à l’âge de 68 ans plonge les amateurs de disco-funk scintillant dans une triste et irrépressible nostalgie. Pilier du groupe Kool & The Gang, ce brillant saxophoniste avait, avec son frère Robert (bassiste), écrit plusieurs chapitres éminents de la musique populaire afro-américaine et porté à bout de bras l’aventure d’une formation à géométrie variable qui épousa, au fil des décennies, les soubresauts des modes et les aspirations du public. 

Lorsque Ronald Bell voit le jour le 1er novembre 1951, l’Amérique n’a pas encore découvert le rock’n’roll. Les premiers échos d’une révolution musicale proviennent de la communauté noire qui cadence son quotidien d’un Rhythm & Blues sauvage et salvateur à une époque où la ségrégation raciale est encore la norme. C’est dans cet univers sonore que grandit le petit Ronnie dont les oreilles curieuses captent les notes cuivrées des orchestres en vogue.

À la maison, Robert "Bobby" Bell, le patriarche et boxeur professionnel, se plaît à écouter les disques vinyles des musiciens qu’il rencontre lors de ses déplacements sportifs à travers les États-Unis. C’est ainsi que les ornementations jazz de Miles Davis ou Thelonious Monk susciteront bientôt l’intérêt d’un jeune Ronald Bell de 13 ans qui se met en tête de former un groupe familial. En 1964, les Jazziacs voient donc le jour et la belle aventure de la fratrie Bell durera plus de 50 ans.

Un admirateur de John Coltrane

Ronald "Khalis" Bell et son frère Robert "Kool" Bell réunissent d’abord quelques camarades de classe pour jouer dans le petit théâtre à deux pas de l’église locale. Chaque dimanche, cette modeste salle de spectacle organise une "Jazz Night" et encourage les instrumentistes en herbe à monter sur scène. Les Jazziacs font leurs premiers pas et affirment leur maîtrise d’un art exigeant. Ronald Bell, ayant été biberonné aux envolées lyriques de John Coltrane et de Cannonball Adderley, se révèle fin saxophoniste capable de se lancer dans des solos fort mélodieux qu’il peaufine en écoutant les albums de ses aînés.

Si les Jazziacs changeront plusieurs fois de noms (The Soul Town Band, The New Dimensions), la ferveur du groupe ne se démentira jamais. Les influences jazz de Ronald Bell provoquent cependant un débat au sein du quintet. Faut-il continuer sur la voie du swing ou orienter la tonalité de l’orchestre vers la soul-music ?

À la fin des années 1960, la mue s’impose d’elle-même. Le succès d’artistes afro-américains comme James Brown pousse irrésistiblement les frères Bell à revoir la musicalité de leur répertoire. Pour identifier cette transformation assumée, Robert "Kool" Bell, le bassiste et désormais leader du groupe, propose un nouveau nom pour l’orchestre dont il a la charge. Ce sera "Kool & The Flames". Fausse bonne idée ! James Brown étant déjà à la tête des Famous Flames, la belle suggestion de Robert "Kool" Bell sera rapidement remplacée par une appellation qui restera dans les mémoires : "Kool & The Gang" !

Jazz et funk parfaitement mêlés

Nous sommes en 1969 et les effluves psychédéliques d’une génération en quête de paix et de sérénité nourrissent la créativité débridée des artistes de l’époque. Kool & The Gang n’échappe pas à la règle et les premières compositions hésitent entre un groove tonitruant et une propension à l’expérimentation multicolore. Ronald Bell se plie de bonne grâce aux accents funk balbutiants initiés par ses comparses mais s’autorise tout de même quelques volte-faces jazz en rendant, par exemple, hommage à John Coltrane sur l’album Good Times  paru en 1972.

Résistait-il à la facilité ? Était-il déjà conscient du risque de suivre les modes ? Difficile à dire tant son apport fut déterminant. Il composa d’ailleurs quelques grands classiques du groupe dont le fameux Celebration en 1980. Ce classique du funk mâtiné de rythmes disco-tapageurs marque une étape majeure dans le cheminement artistique de Kool & The Gang. C’est le début d’une ascension vertigineuse qui hissera les frères Bell et leurs colistiers au firmament de la gloire. 

Des tubes qui ont fait danser le monde entier

Dès lors, les ritournelles du "gang" occupent les ondes et si certaines compositions signées Ronald "Khalis" Bell comme Get Down on it, Big Fun, Straight Ahead, semblent frappées du sceau de la compromission mercantile, la texture de ces œuvres prouve la valeur de l’auteur. Certes, il est aisé de pointer les choix artistiques et commerciaux de ce groupe historique au tournant des années 1980 mais le succès n’est pas que le fruit d’un travail minutieux de promotion. C’est aussi la constance et le savoir-faire de musiciens aguerris capables de donner une âme et une crédibilité à des œuvres jugées, parfois hâtivement, simplistes.

Avoir ce don n’est pas un exploit, c’est le travail d’une vie. Ronald Bell avait cette passion inaltérable pour l’écriture et l’interprétation. Son expertise jazz a nécessairement donné de la profondeur à un répertoire trop souvent dénigré par d’éternels ronchons toujours jalousement prompts à critiquer la réussite. Laissons-leurs le fiel qui les consumera et félicitons-nous d’avoir pu vibrer sur Jungle Boogie, Hollywood Swinging  ou Ladies Night. Sans Ronald Bell et ses acolytes, la bande son de notre époque n’aurait peut-être pas la même saveur.