Le Jazz de Joe : Hervé Samb

Hervé Samb. © Guillaume Saix

Après des années de frénésie jubilatoire sur les scènes internationales, le guitariste sénégalais Hervé Samb avait besoin de prendre le temps, de s’interroger, de se retrouver... La terrible parenthèse sanitaire mondiale lui donna l’opportunité de se consacrer à l’essentiel, son art, son être, son inspiration, ses aspirations. Benn n’est pourtant pas le fruit d’un virtuose esseulé, c’est l’expression naturelle d’une quête solitaire nécessaire et légitime.

Au contact de personnalités aussi prestigieuses que Marcus Miller, Oumou Sangaré, Jimmy Cliff, Salif Keita ou Lisa Simone, Hervé Samb a appris, s’est enrichi, a progressé, a mûri. S’il prend plaisir à multiplier les prestations aux quatre coins de la planète en compagnie d’éminentes figures de notre temps, il ne se résout pourtant pas à délaisser, même provisoirement, ses propres productions. Il lui faut juste ce moment de sérénité artistique propice à la création.

Depuis plus de 10 ans, Hervé Samb fait paraître des albums toujours plus personnels, les miroirs de son âme. Depuis plus de 10 ans, il affine ses compositions et laisse transparaître son identité et ses convictions. Depuis plus de 10 ans, il mâtine ses œuvres, pétries de jazz, d’une rythmique Sabar qui le distingue immédiatement de ses contemporains. Cette différence-là est sa signature et son originalité.

Le confinement que la pandémie a imposé fut, paradoxalement, un temps de vigueur musicale intense. Certes, la communion entre spectateurs et musiciens fut malmenée et réduite à quelques échanges à distance à travers des écrans d’ordinateurs froids et inertes mais, dans l’intimité d’une planète devenue silencieuse, l’envie de partager, de se raconter, de maintenir ce lien vital, mobilisait les esprits.

Des milliers de projets narguaient l’inquiétante torpeur de l’humanité. Chez lui, Hervé Samb imagina Benn. Seul, il réfléchissait à ce mot qui semblait l’enfermer dans une solitude incontournable. Et pourtant Benn ("Un") devint un concept, une ligne directrice et un élan, qui le persuadèrent d’enregistrer un album entier avec pour seule partenaire, sa guitare.

Il fit alors parler ses doigts virtuoses et revitalisa une fois de plus son "jazz Sabar" qui restitue la cadence du wolof. Subitement, Hervé Samb n’était plus seul, il s’adressait à nous tous, à chacun de nous. "Un", c’était nous ! L’unité des êtres humains confrontés à une épreuve commune. "Un", c’était nous ! Des milliards d’individualités sur "Une" planète bleue qu’il faut apprendre à préserver. "Un", c’était nous ! D’innombrables traits de caractères qu’il faut savoir harmoniser pour trouver la concorde et parvenir à "Une" paix universelle. Voilà ce qui se jouait dans les notes cristallines d’une guitare étincelante.

Les mois ont passé et le monde a progressivement repris sa course folle mais, au milieu du tumulte, surgit maintenant cette invitation au recueillement, à l’introspection, à la retenue. Cette piqûre de rappel est peut-être le vaccin de nos outrances, de nos excès, de nos emportements. Ce sérum de vérité stimule nos émotions. Soyons heureux, donnons de l’amour, ayons de la gratitude, sachons écouter. Banexx, Mbeggeel, Sant, sont les prières d’un musicien attentif et bienveillant.

Autrefois, Hervé Samb s’entourait de complices aguerris capables de magnifier ses œuvres. On frétille encore de sa relecture audacieuse, sur l’album Teranga, du classique Giant Steps immortalisé par John Coltrane en 1960. Il avait alors fait appel à la maestria vocale de son compatriote Ndongo D du groupe Daara J et du rappeur américain Mike Ladd.

Nul doute que d’autres collaborations épatantes jailliront dans l’avenir, mais l’apaisement spirituel que Benn nous procure révèle également l’intention de son auteur. Hervé Samb ne se précipite plus. 2020 a été une étape existentielle majeure pour le genre humain. Il est temps d’en prendre conscience et de peser chacune de nos décisions au regard des enjeux du XXIe siècle. Oui, dix mélopées interprétées à la guitare peuvent susciter un engagement citoyen et il n’est pas exagéré de penser que Benn en est une subtile démonstration.

There Is Always A Light, l’une des délicates ritournelles de ce recueil instrumental poétique est le cri du cœur d’un homme plein d’espoir et résolument positif. Nous avons "Un" rôle à jouer sur cette terre. Emparons-nous de notre destinée commune dans l’entente et la compréhension.

Ces petites notes lumineuses éclairent le chemin qu’Hervé Samb trace pour nous. Il ne nous reste plus qu’à le suivre en confiance et, bientôt, "Nous ne ferons plus qu’un !" Venez tenter l’expérience le 09 octobre au 360 Music Factory à Paris et applaudir à l’unisson "Un" soliste aux multiples talents.

Hervé Samb Benn (Euleuk Vision/Absilone) 2021
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