Le Noël en trompette d’Ibrahim Maalouf

Ibrahim Maalouf et les choeurs à l'église Saint-Julien-le-Pauvre à Paris. © Nicolas Tussing

Pour ses quarante ans, Ibrahim Maalouf avait revisité certains de ses plus grands titres avec le guitariste belge François Delporte et une pléiade d’invités. Cette année, c’est Noël qu’il célèbre avec First Noël. Un disque intime et chaleureux sur lequel il réinterprète vingt-cinq grands classiques de Noël, accompagnés de trois morceaux inédits.

C’est donc un "disque de Noël". Si ce type d’albums pullule en Amérique, renforcé depuis une dizaine d’années par les "films de Noël", c’est plutôt rare en France. Le trompettiste de jazz franco-libanais Ibrahim Maalouf est ainsi un pionnier du genre dans l’hexagone et l’on doit bien admettre que ce First Noël, son premier Noël, est une réussite. Il y joue vingt-cinq des morceaux incontournables comme Petit Papa Noël ou Douce Nuit (Holy Nights) en passant par des morceaux plus ou moins assimilés à la fête comme What A Wonderful World de Louis Armstrong. Ou le très dansant, Let it Snow ! Let It Snow ! Let It Snow ! ( Qu’il neige ! Qu’il neige ! Qu’il neige ! – associé à Noël, mais qui fut en fait composé et inspiré par une canicule en 1945, à Los Angeles) sur lequel sa trompette se fait swing et festive. Un standard qui depuis sa création, en 1945, n’a cessé d’être repris par des artistes comme Franck Sinatra, Bing Crosby ou encore Ella Fitzgerald. "J’ai choisi des musiques qui viennent du répertoire de Noël. Il y a des thèmes reliés à la culture chrétienne, mais pas seulement. Il y a aussi des standards de jazz, des morceaux classiques…", nous explique-t-il.

Un album chaleureux, ouvert sur le monde. Comme Noël selon Ibrahim Maalouf. "Cette fête est internationale et œcuménique aujourd’hui. Un peu comme lorsque je souhaite un bon Ramadan à mes amis musulmans. Elle est davantage culturelle que religieuse. C’est un moment où l’on passe du temps avec les gens qu’on aime, généralement à la maison, dans une ambiance hivernale très cosy". Pour interpréter ces morceaux, Ibrahim Maalouf est, bien sûr, aussi influencé par les interprétations américaines, souvent hollywoodiennes, de ces classiques. "Une culture n’est jamais construite à partir de zéro, c’est forcément un mélange d’inspirations. Ici, c'est un mélange entre ces cultures avec une vision plus orientale et spirituelle que les albums de Noël américains qui sont bien plus cinématographiques. Quand je reprends All I Want For Christmas is You de Maria Carey, il y a une influence américaine évidente ! Mais je la réinterprète à ma façon. Il y a de temps en temps un petit accent libanais ", nous précise-t-il en souriant.

Noël, une histoire de famille

Côté interprétation, on note aussi que le son de la trompette est beaucoup plus présent sur ce disque que sur les précédents. Paradoxalement, Ibrahim Maalouf la considère d’habitude comme "la cerise sur le gâteau ". "J’ai enregistré First Noël en ayant envie que la trompette produise le même effet que lorsqu’un crooner comme Sinatra interprète ces morceaux. Généralement, je ne la mets pas  en avant dans mes disques. C’est étonnant, je sais. Mais je trouve que les arrangements, les thèmes, la composition sont très importants. Ensuite vient la trompette. Or, dans un album comme celui-ci, beaucoup plus épuré, elle devait sembler très proche".   

Pour autant, le musicien n’est pas seul sur First Noël. Il a en effet demandé à la mezzo-soprano et chef de chœurs suédoise Sofi Jeannin de lui trouver « huit voix magnifiques et angéliques, parmi les plus belles qu’elle a eu la chance de diriger dans sa carrière" pour l’accompagner. Une présence indispensable selon lui. "La voix lie le spirituel au corps. Pour moi, il n’y a rien de plus sacré qu’une voix". De dimension spirituelle, First Noël n’en manque pas. Notamment parce qu’il a été en partie enregistré à Saint-Julien L’hospitalier, l’une des plus anciennes églises de Paris. Un lieu symboliquement très important pour l’artiste. "Je m’y suis marié. Et mon père y avait trouvé refuge, en arrivant en France dans les années soixante. Il y a travaillé comme sacristain et s’y est exercé à la trompette pendant des années avant d’entrer au Conservatoire national. C’est aussi l’endroit où nous avons fait les funérailles de ma tante et de ma grand-mère", poursuit-il ému. Cette dernière, qu’il adorait, Ibrahim Maalouf lui dédie un morceau (Last Chrismas Eve) sur First Noël. Les autres inédits (Christmas 2009 et Noël for Naël) sont pour ses enfants. Une façon délicate de montrer que Noël peut aussi être synonyme de filiation. Tout en célébrant la joie de se rassembler.

Ibrahim Maalouf First Noël (Mister IBE), 2021

Facebook / Instagram / Twitter / Youtube