Roberto Fonseca enchante le public de Jazz à la Villette

Le pianiste cubain Roberto Fonseca, le 3 septembre 2022. © E.Sadaka/RFI

Il est devenu une référence de la musique à Cuba et est désormais connu dans le monde entier. Roberto Fonseca était samedi 3 septembre devant le public de Jazz à la Villette, en région parisienne pour "La Gran Diversion", un spectacle consacré à l’âge d’or de la musique cubaine.

Le pianiste cubain Roberto Fonseca s’est fait connaître sur la scène internationale, il y a un peu plus de 20 ans. Éternel chapeau noir vissé sur la tête, il a démarré avec un groupe qu’on ne présente plus. "Le Buena Vista Social Club a été une très belle expérience. Sur le plan musical, j’ai évidemment appris énormément, à maîtriser le tempo, puis l’harmonie, bref toute la technique musicale. J’ai surtout réussi grâce à eux, et surtout grâce à Ibrahim Ferrer dont j’étais très proche, à comprendre de l’intérieur la musique traditionnelle cubaine. Et puis, le fait de vivre avec eux, de partir en tournée avec eux, de loger dans les mêmes hôtels, de voyager dans les mêmes bus, tout cela m’a enseigné énormément de choses sur cette musique. J’ai toujours dit qu’en travaillant avec ce groupe, c’est comme si je vivais dans une école de musique traditionnelle cubaine", a-t-il confié.

Grâce au Buena Vista Social Club, Roberto Fonseca est passé de l’ombre à la lumière. Aujourd'hui, le jazzman se souvient avec émotion d'Ibrahim Ferrer, mort en 2005, celui sans doute qui l’a le plus influencé. "Après la mort d’Ibrahim Ferrer, il y a une quinzaine d’années, cela n’avait plus beaucoup de sens que je continue dans le groupe. C’est lui qui en réalité me donnait de l’énergie. Et comme je faisais déjà des disques sous mon propre nom, avec mon propre style, j’ai continué à le faire. Mais aujourd’hui, en 2022, j’ai l’impression que c’est le moment pour moi de revenir aux sources et de rendre hommage à Ibrahim Ferrer et à tous les autres grands musiciens cubains".

Faire revivre les nuits cubaines

À la Villette, Roberto Fonseca a présenté un concert qui restitue le décor et l’atmosphère de ces lieux festifs de Cuba où l’on venait danser le mambo, la rumba ou encore la salsa. L’occasion également de retrouver le public français qu’il affectionne particulièrement. " J’ai eu la chance de faire mes premiers concerts en France. J’ai constaté à quel point le public français adore la mélodie, et justement, l’une des caractéristiques de ma musique, c’est qu’elle est à 90 % axée sur la mélodie ". Un public qui ne s'est pas fait prier pour esquisser quelques pas de danse...

Roberto Fonseca a commencé très tôt la musique : il avait à peine 8 ans quand il se met à la batterie. Il a d’ailleurs de qui tenir : son père est percussionniste, sa mère, chanteuse. Enfant, il se dirige ensuite vers le piano et ses parents l’inscrivent dans une école de musique, comme c’est la coutume à Cuba. Mais c’est le jazz qui l’attire le plus. À l’époque, c’est pourtant une musique proscrite, une musique qualifiée d’Américaine. " Le jazz était interdit dans les écoles de musique à Cuba. On n’y enseignait que le classique. Avec mes camarades de classe, on se retrouvait tout de même pour jouer du jazz, mais il y avait toujours un professeur qui venait nous réprimander et qui nous demandait d’arrêter, car cette musique, selon lui, n’était pas appropriée au style de l’école. Mais rassurez-vous, tout cela ne m’a pas empêché de jouer à la maison puisque mes frères jouaient du jazz et d’autres styles, comme la soul music. En réalité, à l’école, on a fini par se cacher pour jouer afin que nos professeurs ne puissent pas nous surprendre ".
 

 

Un jazz éclectique

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce musicien a marié des genres très différents dans tous ses albums solos. Jazz évidemment, mais avec des influences classiques, funk, électro également et surtout des influences africaines. " La musique africaine à Cuba a toujours été omniprésente, elle nous a beaucoup influencés, car nous sommes les descendants d’esclaves du Nigeria et d’autres pays d’Afrique. Tout le monde connaît aujourd’hui la musique afro-cubaine, beaucoup d’artistes s’en réclament. Elle a toujours été à la base de ma musique, j’ai l’intention de poursuivre dans cette direction. Quoi de mieux que de pouvoir s’inspirer de cette musique, puisque nous l’avons à portée de main en quelque sorte ", précise-t-il.

Roberto Fonseca a collaboré avec une quinzaine de musiciens africains, dont le percussionniste malien Baba Sissoko ou encore la chanteuse malienne Fatoumata Diawara. Mais c’est dans son album Yo sorti en 2012, l’un de ses plus fameux que l’on perçoit sans doute le mieux ses influences africaines. 

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Site officiel de la 20e édition de Jazz à la Villette