Conti Bilong : Enfin !

Le batteur camerounais Conti Bilong est de retour avec l'album "It's Time!". © Régis Watt

Batteur durant 15 ans du Soul Makossa Gang, la formation de Manu Dibango, Conti Bilong revient avec It’s Time!, un troisième opus où il est à la fois chanteur, batteur, auteur, compositeur, arrangeur et réalisateur. Un album qu’il compte bien cette fois-ci défendre sur scène. Il était temps !

"Je suis né en 1970, à Nkongsamba, dans les terres à l’ouest du Cameroun", se souvient Conti Bilong. Ce passionné de musique, cet autodidacte, a arrêté ses études avant le bac pour se consacrer entièrement à son instrument, la batterie. À tout juste 20 ans, devenu batteur de Sam Fan Thomas, il part pour sa première longue tournée hors de son pays. "J’ai enchaîné des dates au Gabon, au Kenya et aux États-Unis, où nous avons joué plus d’un mois, presque tous les jours, sur de vraies scènes avec du vrai matériel", insiste-t-il. "C’est là, si loin de chez moi, que j’ai réalisé que ce métier était extraordinaire, qu’il me permettrait de faire de grandes choses, de rencontrer d’autres musiciens à travers le monde entier et de converser avec eux sans barrière. Le makossa, par exemple, le plus connu de nos rythmes, se retrouve en fait dans des formes assez proches à Cuba, au Brésil ou aux Antilles. Sa clave est pratiquement celle du zouk", ajoute celui dont les idoles ont pour nom Dave Weckl, Dennis Chamber, Billy Cobham, Paco Sery ou Mokhtar Samba, des batteurs qui ont tous à leurs façons ouvert des portes, brisé des frontières et mixé les genres.

Partir

De retour en Afrique, il délaisse peu à peu les formations de musiques africaines pour se frotter au jazz et à la variété occidentale. "J’avais besoin d’élargir mon spectre musical. Je sentais que si je continuais sans rien changer, j’allais tourner en rond". L’envie de partir, de quitter le Continent Premier le gagne. "Ça devenait vital. Ma chance a été de rencontrer au pays le guitariste, arrangeur producteur et chef d’orchestre français Slim Pezin qui travaillait alors avec Ekambi Brillant, la star du pays à l’époque que j’accompagnais. Un soir, Slim est venu vers moi et m’a dit : je suis vieux mais mes oreilles sont là !". Slim Pezin lui permet d’obtenir un visa temporaire. "C’est grâce à lui que je suis arrivé à Paris et que je me suis inséré dans le milieu musical. Je jouais avec des Guinéens, des Maliens dans des clubs, j’accompagnais Oumou Sangaré". Autre rencontre heureuse : Manu Dibango. "Quelques jours seulement après l’avoir croisé sur une scène, Manu m’appelle et me demande un CV", se remémore celui qui, de 2003 à 2018, sera le batteur du Soul Makossa Gang. "Manu, c’est un super musicien, très à l’écoute. Il a le cœur sur la main. Quand il a débuté, il enregistrait avec un micro et un ampli pour tout le groupe, il a tout connu et te fait profiter de son expérience. Ça aide à progresser. Il est très stimulant. Avec lui, une chanson n’est jamais finie. On peut la reprendre dix fois, de dix façons différentes. De plus, c’est quelqu’un de très drôle", commente celui qui à Paris s’était inscrit à la Bill Evans Piano Academy puis à la Schola Cantorum afin de parfaire ses connaissances. Sollicité de part et d’autre durant ses "années Manu", il collabore en studio ou sur scène avec de nombreux musiciens africains : Ray Lema, Cheick Tidiane Seck, Touré Kunda, Mory Kanté ou Papa Wemba… Ce dernier lui proposera même de rejoindre son groupe, "mais j’étais déjà avec Manu", précise Conti Bilong qui avait refusé l’offre.

Tracer son propre chemin

En 2005, il enregistre Africa World, un premier album sous son nom, un album où le makossa flirte avec le jazz et le funk. Pour Bana, son deuxième paru en 2009, il convie naturellement Manu Dibango en studio. "J’ai enregistré ses deux albums, sans avoir vraiment le temps de les accompagner, de leur donner un prolongement. J’étais toujours sur la route ou en studio", analyse-t-il avec recul, "alors quand en juin dernier, on a mis fin à notre longue collaboration avec Manu, je me suis dit qu’il était temps de me consacrer pleinement à la préparation d’un nouvel opus sur lequel je serai à la fois batteur, chanteur, auteur, compositeur, arrangeur et réalisateur, un album que je pourrai enfin défendre à plein temps!". Il se pose un temps la question de l’embauche d’un batteur pour se consacrer uniquement au chant et se ravise préférant travailler plus encore pour être au niveau. C’est dans le studio qu’il partage dans sa maison avec son épouse, la violoncelliste Juliette Maeder, qu’il enregistre les douze plages de cet album. L’aventure se prolongera donc cette fois-ci sur scène. Après une résidence d’une semaine à la Scène (Limours) afin d’élaborer de nouveaux arrangements aux morceaux, sa formation présentera le 12 avril au Studio de l’Ermitage, ces compositions ainsi que sa reprise de l’Eau à la Bouche de Gainsbourg et ce All Blues Bantou Style inspiré du All Blues de Miles Davis.

Conti Bilong It's Time! (Quart de lune) 2019

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