Danyel Waro, maloya altruiste

© N'Krumah Lawson Daku

Prochainement honoré par les professionnels des musiques du monde à l’occasion du salon Womex, le Réunionnais Danyel Waro consolide un peu plus son statut de valeur sûre du maloya avec son nouvel album Aou Amwin.

RFI Musique : Vous allez recevoir, fin octobre à Copenhague, le Womex artist award 2010. Quelle valeur portez-vous à une telle distinction ?Danyel Waro : Je ne suis pas très chaud pour les prix ni ce genre de reconnaissance, surtout quand ça vient d’une institution. Dans le cas présent, ça me fait plaisir que ce soit des professionnels, des gens qui suivent un peu ce que je fais. C’est une façon d’encourager notre démarche et celle de ceux qui se battent pour revaloriser notre culture, notre histoire. Notre richesse à nous. Je suis heureux d’offrir et partager ce prix avec les Réunionnais, ceux qui soutiennent notre action depuis longtemps.

Au fil des ans, vous êtes presque devenu une institution de la musique réunionnaise. Est-ce une position qui vous pèse ?
A un moment donné, j’avais cette pression-là parce que moi-même je n’avais pas la solidité, la tranquillité nécessaire. Au fur et à mesure, je me suis rendu compte que ce que je fais, je ne le fais pas pour les autres, mais pour me libérer, me guérir. C’est mon expression à moi, et ce n’est pas un chemin de victime, mais celui de quelqu’un de libre. Il y a plein de gens qui aiment bien ce que je fais mais qui ne sont pas au courant de ce que je pense. Ils se contentent de mon maloya, de la danse, des chants. Et moi, en retour, je ne suis plus aussi exigeant. Avant, j’étais dans une démarche un peu politique, à chercher du résultat comme un politicien électoraliste. Mais j’ai compris qu’il n’y a pas de grand libérateur et je ne crois plus au "grand soir".

Quel sens donnez-vous au titre de votre nouvel album Aou amwin, qui signifie "de toi à moi" en créole ?
Aou amwin, c’est mon rapport avec l’existence des autres. J’ai toujours chanté les émotions par rapport aux histoires avec des gens précis, existants. Dans la chanson Sapel la mizer, il y a une centaine de prénoms que j’ai tenu à mettre parce qu’on a participé aux mêmes émotions avant, pendant et après la marche sur le feu. C’est important pour moi de raconter ce que je vis avec les autres.

 

Qu’est-ce exactement que cette marche sur le feu ?On fait le carême pendant 18 jours pour marcher sur le feu. Certains le font pour demander une grâce, une guérison. Dans mon cas, c’est plus un remerciement. Ça m’a toujours attiré. Pas tellement par la religiosité mais il y a une force qui est rassurante. Et dans mes chansons, j’ai tourné autour dans plein de textes, depuis Tine blouz en 81. Là, c’est allé beaucoup plus loin que les paroles, la poésie. Plus loin que les images. J’ai hésité longtemps avant d’aller partager la braise avec les gens de Sapèl la mizèr à Villèle, mais c’était l’heure, et je pense que je vais continuer à marcher sur le feu avec eux.

 

Vous avez croisé de nombreux artistes dans votre carrière, mais peu de rencontres ont été formalisées. Qu’est-ce qui vous a décidé à franchir le pas sur cet album ?
Souvent, la démarche vient de l’autre qui est beaucoup plus à l’aise que moi. Je suis davantage attiré par l’envie de faire le bœuf et mettre ma voix avec quelqu’un qui est en train de faire la musique. Avec A Filetta, c’est basé sur la poésie, l’humanité, le discours, une façon d’être que je partage tout à fait. Donc ça aide beaucoup. Et j’étais attiré par les polyphonies corses. Mais je ne veux pas non plus être un coureur de musiques. Ça me déstabilise, ça me désource et j’ai besoin pour m’exprimer de retourner à la famille, à la tranquillité. J’ai besoin d’avoir une démarche autre que musicale.

Danyel Waro Aou Amwin (Cobalt/L’Autre Distribution) 2010

En tournée à partir d'octobre