Kady Diarra, l’affranchie

Pochette de l'album "Noumou" de Kady Diarra. © DR

Formée à l’école des traditions au sein de plusieurs troupes réputées en Côte d’Ivoire et sur sa terre natale du Burkina Faso, la chanteuse Kady Diarra s’efforce, sur son second album Noumou, de rendre sa culture accessible au plus grand nombre.

RFI Musique : Qu’est-ce qui vous a amené à prendre une direction musicale plus contemporaine sur ce nouvel album ?
Kady Diarra :
Le disque précédent était très traditionnel et je me suis dit que ce serait bien d’ouvrir en grand les portes de la musique burkinabé au lieu de s’enfermer. J’ai essayé de la moderniser, de lui donner d’autres couleurs. Utiliser tel ou tel instrument pour faire voyager le public, qu’il aille vers mon pays mais qu’il trouve aussi un peu de ses racines avec les cuivres, la basse, les guitares…

Vous avez aussi une solide expérience de danseuse. Pourquoi avoir finalement cherché à vous faire connaître en tant que chanteuse ?
Les deux font partie de moi. Sans cela, je ne peux pas vivre. Toute petite, à l’âge de sept ans, je suivais ma mère et ma grand-mère dans les cérémonies, les mariages où elles chantaient et dansaient. Je voyais comment le cœur du public vibrait avec elles. Après, en 1984, je me suis retrouvée en tant que chanteuse danseuse dans le groupe Sidoya, qui avait été formé dans le même esprit que les Petits Chanteurs aux poings levés et les Colombes de la révolution créés par Thomas Sankara. En 1992, au Burkina, j’ai été embauchée par les ballets Coba du Houet et ensuite j’ai travaillé avec la troupe Suruntu Kunu. On a beaucoup tourné en Europe. C’est seulement en 1996 que je me suis dit que je devais chanter pour moi-même, au lieu de le faire pour les autres.

Quel est le point de départ de votre carrière solo ?
Tout est parti de mon premier concert au Théâtre de l’Amitié, à Ouagadougou, le 4 aout 1996. Au Burkina, c’est rare que les femmes soient devant. Les hommes ont toujours le pouvoir ! En 1998, je me suis présentée à la Semaine nationale de la culture à Ouagadougou avec mon propre groupe. Mais entre temps, j’ai également travaillé pour d’autres formations comme Gondwana, avec trois Suisses allemands et deux autres Burkinabés.

Est-ce que votre manière de penser la musique a changé depuis que vous vous êtes installée en France ?
Oui, parce que d’un point de vue musical, on ne voit pas les choses de la même façon. En France, les ordinateurs sont là. On peut enregistrer avec un dictaphone. Mais au village, en Afrique, on n’a pas tous ces outils-là entre les mains, on n’a pas toute cette technologie, même si − heureusement − les choses évoluent petit à petit là-bas.

Avez-vous besoin de retourner souvent dans votre pays ?
Je repars au Burkina pour aller me ressourcer. C’est de là-bas que je viens, je ne peux pas oublier mes racines. Quand j’arrive, je vais voir en premier mes proches mais, tout de suite, Il est aussi question de musique. Je me mets directement à appeler les musiciens, à travailler avec eux, à penser à la façon dont je pourrais faire évoluer ma musique. Avec ma famille autour de moi, j’ai des idées qui me viennent automatiquement à l’esprit.

Kady Diarra Noumou (Playasound/Harmonia Mundi) 2009