Le Poly-Rythmo, un orchestre immortel

L'Orchestre Poly-Rythmo. © Youri Lenquette

Le plus ancien orchestre africain encore en activité (né en 1968 !) revient avec un nouveau disque Madjafalao et remonte sur scène. Rencontre avec trois des fondateurs du Tout-Puissant Orchestre Poly-Rythmo de Cotonou et leur producteur.

RFI Musique : Florent, comment avez-vous découvert la musique du Poly-Rythmo ?
Florent Mazzoleni (producteur) :
Lors d’un voyage au Mali en 2001-2002. J’ai trouvé des disques du Poly-Rythmo et j’ai été surpris par ce son unique. J’ai un de leur premier 45 tours et sans doute un de leur plus gros succès, Gbeti Madjro, qui a été repris et piraté de nombreuses fois sur le continent. J'avais fait la connaissance en 2009 de Gustave et Mélomé. Il reste trois des piliers du Poly-Rythmo, un orchestre qui a tout simplement écrit l'histoire moderne du Bénin, qui s'appelait alors le Dahomey.

Vincent Ahehehinnou (chanteur principal) : Nous sommes allés voir l’exposition African Records montée par Florent à Cotonou en 2015. Nous l’avons tous les trois rencontré là-bas. Il s’est imposé par une certaine alchimie dans notre projet de composer un nouvel album, notamment en nous faisant rencontrer le label français Because Music.

Florent Mazzoleni : Dès ses débuts, en revisitant le sato yoruba [style musical percussif du sud du Bénin ; NDLR], le Poly-Rythmo a fait se rejoindre musiques traditionnelles et modernes. Il a bel et bien inventé l’afrobeat au même titre que le Nigérian Fela Kuti. Le groupe allait souvent enregistrer au Nigeria, à Lagos, dans le même studio EMI que Fela.

Vincent Ahehehinnou : Fela Kuti était un ami. Nous avons souvent enregistré dans son studio. Nous avons beaucoup joué d'afrobeat, et nous continuons !

Avez-vous toujours autant de succès en Afrique ?
Gustave Bentho (bassiste) : Nous sommes très populaires au Burkina Faso, au Niger, au Mali et au Togo. Nous avions eu beaucoup de succès en Côte d'Ivoire, qui nous considérait comme leur orchestre national dans les années 70 grâce à la chanson Côte d'Ivoire chérie qui était si populaire. Certains nous ont pris pour des Ivoiriens ! Ce n'est qu'après, que le président Houphouët-Boigny a engagé Manu Dibango pour créer l'orchestre national.

Pour cet album, vous avez enregistré dans un vieux studio
Vincent Ahehehinnou :
Le studio Satel, Société africaine des techniques électroniques. C’était longtemps le seul studio analogique d’Afrique, tout le monde enregistrait ici : Sam Fan Thomas, Pozo Hayes, Salif Keita… Ce studio était un peu à l’abandon, car les nouveaux propriétaires voulaient y ouvrir une école de musique qui n’a jamais vu le jour.

Florent Mazzoleni : L'enregistrement a duré une semaine. Ils y ont enregistré l'album en live en une à trois prises maximum en analogique. L'album a une sonorité afropop, sans sombrer dans la variété nigériane, un peu afrobeat et soukous, mais moins funk qu'auparavant, sans imiter le son d'autrefois.

Vincent Ahehehinnou : Je dirai afrobeat et vaudou musique. La vaudou musique, c’est de la musique moderne d’inspiration traditionnelle, des rythmiques de couvents vaudous qui nous ont bercés quand nous étions gamins.

Le vaudou est parfois connoté négativement en Europe
Vincent Ahehehinnou :
C'est l'utilisation qui en est faite qui peut faire peur. Mais le vaudou désigne seulement Dieu sur terre, qui prône la paix, jamais le mal. Certains en font une autre utilisation. Comme Ali Farka Touré, vous utilisez beaucoup de proverbes dans vos chansons.

Pierre Loko (saxophoniste et percussionniste) : Ce sont des proverbes populaires. Par exemple, sur l’héritage familial. L’héritage conduit à la perdition, celui qui veut tout accaparer et qui se retrouve seul. Un proverbe béninois dit que la feuille de bananier qui pousse finit par taper le bananier. Il y a aussi Madjafalao, qui signifie "prends garde" en langue fon [l’une des langues parlées au Bénin ; NDLR].

Le Poly-Rythmo sans ses trois actuels fondateurs, ne serait-ce pas comme les Beatles sans leurs quatre membres ?
Vincent Ahehehinnou : Le succès des Beatles était lié à chaque individualité. Au contraire, le Poly-Rythmo a été construit sur un esprit d'équipe, il n'y a pas de vedette en solo.

Comment se transmet l'héritage duPoly-Rythmo aux nouveaux musiciens ? Qui sont-ils ?
Pierre Loko :
Beaucoup des orchestres de Cotonou jouent la musique du Poly-Rythmo, cela fait partie de leur répertoire. Lorsque l'un de nous décède, nous savons vers qui aller, nous connaissons ces orchestres. Les sept musiciens qui nous accompagnent sont jeunes, ils ont tous moins de 50 ans. Il y a notamment Roland Mélomé, à la batterie, fils de feu Mélomé Clément, le chef d'orchestre décédé en 2012.

Vincent Ahehehinnou : Nous ne sommes pas immortels, c'est le public qui rendra le Poly-Rythmo immortel.

Orchestre Poly-Rythmo Madjafalao (Because Music) 2016

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