Kanazoé Orkestra, honneur au balafon

Kanazoé Orkestra. © DR

Instrument légendaire d'Afrique de l'Ouest, le balafon joue le premier rôle, à la fois énergique et mélodique, dans le Kanazoé Orkestra, qui sort son premier album intitulé Miriya. Entretien avec le virtuose burkinabè Seydou Diabaté, à l'origine du projet, et Laurent Planells, batteur de cette formation basée à Toulouse, dans le Sud de la France.

RFI Musique : Comment est né le Kanazoé Orkestra ?
Seydou Diabaté : Au Burkina, j’avais beaucoup d’élèves français, européens, américains. Ils venaient prendre des cours de balafon avec moi au pays. Un de mes élèves est resté pendant un an et comme il avait bien appris à jouer, il a organisé une petite tournée en 2009. Donc, je suis venu à ce moment-là en France, puis j’ai fait quelques allers-retours et je me suis installé à Toulouse. Je voulais essayer de mettre en valeur les instruments de chez moi. Et j’ai commencé à chercher des musiciens pour le projet, il y a environ trois ans. J'ai alors rencontré tous les musiciens du groupe ici.
Laurent Planells : En fait, le saxophoniste, le percussionniste et moi, on travaillait tous dans le milieu de la musique africaine, ensemble ou avec des artistes différents, et donc on se connaissait. Le bassiste et le chanteur sont arrivés après, et le groupe existe sous sa forme actuelle depuis environ deux ans.

À quel moment avez-vous pris conscience que le groupe avait trouvé la formule adéquate pour aller défendre son répertoire à la fois sur scène et en studio ?
L.P. : On a travaillé longtemps sans bassiste, parce qu'on ne trouvait pas la bonne personne pour la musique, disposée à se libérer et à s’investir. Une fois qu'on l'a eue, avec Elvin, on a commencé à faire des concerts, sans chanteur. Mais on s’est aperçu qu’il manquait quelque chose. Seydou et "Madou" Dembele font un énorme travail au niveau du balafon et, même si ce sont des bons chanteurs, ils ne peuvent pas être partout. La musique est construite autour du balafon, c’est lui qui est le plus important dans le groupe, mais le chant reste quelque chose de primordial pour les gens qui écoutent. À partir du moment où "Zaky" Diarra nous a rejoints, on a su qu'on tenait l'équipe pour enregistrer l'album.

Quel a été votre apprentissage du balafon au Burkina ?
S.D. : Comme je suis né dans une famille de griots, dans un village près de Bobo Dioulasso, on joue tous du balafon. Mon papa avait toujours besoin de quelqu'un, parce que, dans mon ethnie Samla, tu ne peux pas jouer le balafon tout seul. Pour un seul balafon, il y a trois personnes. Je n'ai pas eu l'occasion d'aller à l'école, car il m'a mis sur l'instrument dès l'âge de 5 ans ! Dans les fêtes, les cérémonies, il y avait des morceaux que je n'avais jamais entendus et sur lesquels je n'arrivais pas bien à jouer, alors quand on revenait à la maison, j'essayais de m'entrainer tout seul ou sinon je demandais à mon papa. Mais parfois il s'énervait parce qu'il voulait que je comprenne tout de suite ! Au départ, tu fais de l'accompagnement, tu ne fais pas de solo. La première fois, j'avais à peu près 18 ans, mais ce n'était pas avec mon père – je l'ai perdu à l'âge de dix ans, et je suis venu vivre en ville avec mon tonton. C'était avec mon maitre, à Bobo Dioulasso. Il y avait trois fêtes le même jour et on devait toutes les faire. Ce jour-là, il m'a dit de faire le balafon solo dans l'une d'elles. Il savait que j'en étais capable, mais je ne l'avais jamais fait en public. J'avais le cœur qui battait vraiment fort, mais après le deuxième morceau, j'étais à l'aise.

Pourquoi vous surnomme-t-on Kanazoé, qui est aussi le patronyme d'une famille très puissante au Burkina ?
S.D. : C'est vrai que la famille d'Oumarou Kanazoé a beaucoup d'argent. Il a beaucoup aidé le Burkina avec ses sociétés, comme celle qui a fait les routes. Ce sont mes amis qui m'ont donné ce surnom en voyant mes concerts, parce que pour eux, même si je n'ai pas d'argent, mon balafon me rend très riche.

Est-ce facile d'enseigner le balafon, comme vous l'avez fait, à des élèves qui viennent d'autres cultures et n'ont forcément pas le même rapport avec cet instrument ? Quelle qualité principale est-ce que cela requiert ?
S.D. : Déjà, dès qu'un élève prend les baguettes, je sais s'il faudra commencer par quelque chose de facile ou si on pourra aller vers la difficulté. Il faut être posé, tranquille, pas trop pressé. Si tu veux aller vite, tu n'y arriveras pas !

Kanazoé Orkestra Miriya (Buda Musique) 2016

Site officiel de Kanazoé Orkestra
Page Facebook de Kanazoé Orkestra

En concert le 27 novembre au Café de la Danse (Paris)