Le balafon baladeur du Kanazoé Orkestra

Le groupe franco-burkinabè Kanazoé Orkestra dévoile un 2e opus : "Tolonso". © Romain Serrano

À la tête d'un groupe franco-africain auquel il a donné le surnom qu'il portait au Burkina Faso, Seydou Diabaté sort le balafon de son environnement traditionnel pour l'inscrire dans un registre moderne. Tolonso, son deuxième album, a la saveur des enregistrements joués par des musiciens qui se connaissent jusque dans les moindres recoins.

Certaines décisions lourdes de conséquences dans une vie laissent une trace indélébile dans la mémoire. Seydou "Kanazoé" Diabaté n'a jamais oublié le jour où il a choisi de quitter sa famille au Burkina Faso pour la France, avec son balafon et ses baguettes.

Il en a même fait une chanson sur le deuxième album de son groupe, le Kanazoé Orkestra. "Un matin, je me suis réveillé et j'ai décidé de partir en voyage. Mes enfants en pleurs. Papa est sur le départ", raconte-t-il dans Tama, dont il a eu la bonne idée de faire traduire les paroles en français dans le livret accompagnant le CD.

Installé depuis plusieurs années à Toulouse, le musicien, également auteur d'une moitié des textes convient aisément que son écriture s'est en partie francisée. "Même si l'Afrique est toujours dans ma tête", précise-t-il.

Autres signes de cette acclimatation : les différentes collaborations qu'il a menées récemment avec des formations venant d'autres univers musicaux, comme ce fut le cas en 2018 pour l'album Zephyr du groupe de reggae français Ryon lui aussi basé dans le sud-ouest de la France, ou sur scène en 2017 avec la nombreuse troupe de l'Orchestre d'harmonie de Varilhes-Foix (OHVF).

L'arrivée d'un nouveau chanteur principal, en remplacement de Zaky Diarra, a ouvert d'autres horizons à Kanazoé. De son compatriote Losso Keita, qu'il présente comme son "petit frère" et qu'il connaissait avant de quitter son pays, Kanazoé dit qu'il peut "aller partout avec sa voix" et que "du coup, ça permet de tout essayer".

Entre cet album-ci et le précédent, l'approche aussi a évolué. S'il estime aujourd'hui que, pour Miriya en 2016, ses complices et lui avaient cédé à la tentation de "montrer ce dont ils étaient capables, pour dire que chacun connaissait son instrument", cette fois ils ont cherché à aller "vers la musique actuelle", avec un travail d'arrangements conséquent.

La stabilité de l'équipe, hormis au chant, se traduit aussi par une plus grande connivence artistique. "Dès que j'amène quelque chose avec le balafon, maintenant ils savent où je veux aller. On se comprend plus facilement", reconnaît Kanazoé.

Rassurés par les bons échos du précédent disque, ils peuvent avancer avec davantage de confiance. Et ils en profitent pour remercier ceux qui les ont encouragés, soutenus, en les invitant à partager le micro en studio : la chanteuse ivoirienne Dobet Gnahoré ainsi que le musicien français Jean-Philippe Rykiel, coauteur récemment de l'album Kangaba Paris en duo avec le balafoniste malien Lansiné Kouyaté et dont le tropisme pour les musiques d'Afrique se vérifie depuis plusieurs décennies. Une double caution qui valorise autant qu'elle légitime le travail effectué par le Kanazoé Orkestra.

Kanazoé Orkestra Tolonso (Buda Musique) 2019

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