Midem 2019, focus sur une Afrique à haut potentiel

Femi Kuti (Nigeria) interviewé par Kam Tambini (Okay Africa, États-Unis), le 4 juin 2019 à Cannes (France). © RFI/Ariane Poissonnier

Pour la deuxième année consécutive, le Midem qui se tient du 4 au 7 juin 2019 à Cannes, a mis en valeur le continent africain dans son programme "Marché à haut potentiel". Une volonté portée par Alexandre Deniot, nommé en janvier 2017 à la tête de l’événement, et incarnée en 2019 par la présence du musicien nigérian Femi Kuti. 

Alexandre Deniot : un directeur enthousiaste pour l’Afrique

Est-ce au Burkina Faso, où il passa quelques semaines alors qu’il avait 15 ans pour un projet d’appui aux coopératives agricoles, qu’Alexandre Deniot contracta son amour du rythme qui devait le transformer en batteur ? Peut-être… Quoiqu’il en soit, le musicien fit de la passion un métier et entra dans l’industrie du disque.

Directeur du Midem depuis janvier 2017, Alexandre Deniot a auparavant passé presque quinze ans chez Universal, où l’un de ses derniers postes l’amena à travailler sur la distribution de musique sur mobile en Afrique. Absolument convaincu lorsqu’il parle du potentiel du continent, le jeune directeur a aujourd’hui pour objectif que le Midem, par ses initiatives, contribue à la structuration et la professionnalisation du secteur musical africain.

Celui-ci ne pèse que 2% des revenus mondiaux de la musique, alors que, s’échauffe Alexandre Deniot, il y a sur ce continent "une grande richesse artistique et une grande diversité, et [que] cette musique est l’une des plus influentes dans le monde" !  Dès 2018, le Midem a organisé un premier African Tour – Johannesburg, Lagos, Abidjan et Brazzaville : des journées d’échanges entre professionnels qui ont abouti, au Midem 2018, à un premier African Forum. En septembre 2018, un livre blanc a restitué les conclusions de ce travail. En 2019, le deuxième African Tour est passé cette fois à Dakar, Douala et Lagos.

Un Midem Africa au Kenya en 2020 ?

L’African Forum au Midem 2019 à Cannes a vu les professionnels échanger sur les atouts du secteur –créativité, jeunesse, appétit de consommation musicale, progression de l’équipement en smartphones - mais aussi les freins encore nombreux, au premier rang desquels les prix de la data pratiqués par les opérateurs télécoms.

Sans oublier la faiblesse des sociétés collectives de perception des droits et l’insuffisante prise de conscience par les pouvoirs publics de l’énorme enjeu économique que représente la musique… Tout un débat a également eu lieu sur le rapport global/local, à l’heure où les grands acteurs internationaux s’intéressent de plus près au continent. Pour accompagner cet essor, Alexandre Deniot aimerait beaucoup tenir bientôt un Midem Africa.  Celui-ci pourrait se tenir au Kenya à la fin de l’année 2020.

Femi Kuti : que les musiciens d’Afrique se forment pour tenir leur rang !

Parmi les invités d’honneur au Palais des festivals en ce début juin 2019 : Femi Kuti. À sa façon, le musicien nigérian est revenu sur tous ces sujets, dans une optique à la fois chaleureuse et émouvante de transmission. Aujourd’hui âgé de 57 ans, le fils aîné de Fela Kuti a partagé ses convictions sur la nécessité, d'abord, pour l'Afrique de construire les institutions qui permettront à ses jeunes de se former à la musique, d'apprendre la composition, l'improvisation...

Considérant qu'un musicien est "un docteur qui soigne les plaies d'un public toujours affamé", il a ensuite tenté d'être "raisonnablement critique" envers la jeune génération d’artistes africains. Il les appelle à bien se former, donc, mais aussi à bien s'entourer, à avoir un bon avocat, un bon manager, à ne pas signer des contrats les yeux fermés. En un mot, à ne pas se laisser éblouir par d’apparentes facilités qui ne sauraient durer…

Femi Kuti a longuement évoqué la joie profonde de la transmission plus personnelle qu’il découvre alors que son fils ainé joue désormais dans son groupe et ce depuis maintenant huit mois. Reconnaissant en lui le "feu" qui l’habite, Femi Kuti se dit impatient d'écouter sa musique – "il est très différent de moi" - et, en même temps, se demande si l'Afrique est prête à l’entendre... Une Afrique qui saura, espère-t-il toujours plus fort, s’unir et se ressourcer en elle-même avant de chercher à "faire éclater sa beauté dans le monde entier".

À voir : Midem Talks, a Talk with Femi Anikulapo Kuti, Singer, New Afrika Shrine (Nigeria)