MC Waraba et Mélèké Tchatcho, les nouveaux héros du Balani Show de Bamako

Le duo malien MC Waraba & Mélèké Tchatcho sort un album intitulé "Supreme Talent Show". © Sébastien Rieussec

Ce n'est pas nouveau, les rythmes et les instruments traditionnels mandingues nourrissent les productions modernes, mais le Balani Show,- le vrai bal poussière électrifié et porté par des MC décomplexés- réinvente une esthétique des musiques électroniques africaines ! Ses nouveaux héros, MC Waraba et Mélèké Tchatcho sortent leur album Supreme Talent Show, sur le label Blanc Manioc monté par Dom Peters, le batteur des High Tone.

C'est une histoire d'aller-retours, de connexions virtuelles et bien réelles qui a permis aux tchatcheurs maliens MC Waraba et Mélèké Tchatcho d'enflammer la scène des Eurockéennes en 2015 et de sortir ce nouvel album trois ans plus tard.

Depuis la fin des années 1990, un nouveau son était arrivé dans les fêtes de quartiers de Bamako où se retrouvent les mamans et les papas, les jeunes et moins jeunes, pour fêter un baptême, un anniversaire, un mariage ou simplement une victoire au foot. Ces blocks parties se sont transformées en sound system à ciel ouvert. Des DJs ont naturellement mêlé leurs sonos bricolées et leurs machines aux instruments traditionnels comme le balafon, le taman, la kora, les djembés et autres percussions.

MC Waraba (né en 1988) était encore gamin quand ces inventions sonores ont révolutionné les nuits de Bamako. Mais il a grandi dans cette débrouille festive qui l'inspire toujours : "Le Balani show, c’est une musique métissée qui vient de chez nous. 'Balani' renvoie au balafon qui est traditionnellement joué dans les fêtes au Mali, et 'show' ça renvoie au fait de venir danser, de faire le show. Aujourd’hui à Bamako, ça s’est modernisé. Il y a des baffles partout, des magnétos, et des MC comme nous qui prennent les micros pour parler de ce qui se passe en faisant danser tout le monde ! On veut montrer au monde entier que la musique malienne est développée aujourd’hui !".

Dans ce contexte de bouillonnement artistique où chaque quartier a sa scène et son propre son, les DJs soignent de plus en plus leurs productions dans les home studios qui naissent à Bamako. Et les MC inventent et recyclent toujours quelque chose pour rendre leur musique plus audible (et plus forte !). MC Waraba et Mélèké Tchatcho officient à Bagadadji, un quartier qui doit sa célébrité au photographe Malick Sidibé qui y avait installé son studio.

Aujourd'hui, on est loin de l'insouciance des nuits bamakoises funky des indépendances que photographiait Sidibé, mais dans le Balani Show, il reste encore l'urgence de vivre et de raconter son temps en perpétuant une tradition musicale unique au monde. Comme son nom l'indique, "Tchatcho" (qui signifie dépigmentation de la peau) s'attaque aux tabous et la cosmétique de son époque. Avec des balafons et des beats à plus de 170 bpm !

À cheval entre le tradi et le moderne, le Balani Show est devenu un genre à part, une musique urbaine, portée par les rythmes mandingues mais qui se nourrit d’influences multiples contemporaines et surtout africaines qui vont du coupé décalé ivoirien, en passant par le kuduro angolais, le highlife ghanéen ou le shangaan sud-africain.

Le cocktail est tellement irrésistible qu'il a séduit le patron du label Sahel Sounds, l'Américain Christopher Kirkley, qui rapporte des sons inédits du Mali et du Niger depuis 2009, et qui a sorti une compilation des tubes de ces fêtes bamakoises torrides. Parmi les stars de cet album baptisé Balani Show Super Hits, il y avait MC Waraba et Mélèké Tchatcho et leur fameux Tassaba dans lequel ils tchatchaient sur une rythmique au tambour d'aisselle capable de réveiller un mort, avec Madou "Sidiki" Diabaté, le jeune frère de Toumani Diabaté, à la production.

C'est grâce à ce disque que Dom Peters, les a rencontrés. Le batteur lyonnais et membre fondateur du fameux groupe de dub, High Tone, était parti au Mali soigner quelques bleus à l'âme chez son cousin le producteur et arrangeur Manjul, installé à Bamako depuis plus de 16 ans. Dom contacte alors les MC via les réseaux sociaux. "J'étais archi fan de leur musique que je trouvais vraiment originale ! Alors que tout le rap en Afrique de l'Ouest a tendance à s'uniformiser, ce que j'ai aimé c'est que leur son est bâti sur les tamas, le balafon ou la kora live et qu'il garde un ADN malien avec un flow très particulier".

En 2013, Dominique Peter invite les rappeurs sur son magnifique projet franco-malien, Midnight Ravers, dans lequel leurs visions urbaines tranchent avec des morceaux instrumentaux aériens. Après quelques tournées qui ont permis à MC Waraba et Mélèké Tchatcho de venir en Europe avec Midnight Ravers, les MC du Balani Show et Dom sont restés en contact presque quotidien via Whatsapp.

Alors quand Dom a monté Blanc Manioc, un label de musique électronique 100% africain, il les a naturellement invités à signer le premier opus : un album produit à Bamako avec des beats de Gaspa, un jeune prodige malien de l'électro,  qui sortira d'ailleurs bientôt un album sur ce nouveau label qui promet d'explorer les productions du continent (l'afrohouse de Praktika avec les Bamakois Ko Saba et Assaba Dramé, des productions réunionnaises et un album électro du Madou Diabaté) avec le soutien d'Universal Africa.

"Quand on était petit, on écoutait nos grands frères du groupe Tata Pound, Amkoullel l’enfant Peul, ça nous inspirait, ça nous donnait envie de vivre ! raconte MC Waraba. C’est quand des producteurs sont venus nous chercher qu’on s’est rendu compte que la musique est un travail comme un autre et que ça peut nous faire grandir. Alors on dit merci !"

MC Waraba et Mélèké Tchatcho Supreme Talent Show (Blanc Manioc-Jarring Effects /L'Autre Distribution) 2019

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