Africa Express, escale en terre sud-africaine

Le musicien ougandais Otim Alpha (gauche), la chanteuse sud-africaine Zolani Mahola (centre) et Gruff Rhys (droite). © Demon Hewlett

Le collectif Africa Express, mené par Damon Albarn, le chanteur britannique de Blur et de Gorillaz, reprend du service et s’offre une escapade en Afrique du Sud. Porté par une foule de DJs, beatmakers et de chanteurs, l’album Egoli, offre une exploration foisonnante de Johannesburg et de son électro.

Autour de Damon Albarn, Africa Express a agrégé la crème de la pop anglaise et des musiques africaines. Depuis sa création en 2006, ce collectif à géométrie variable a poursuivi le dialogue entamé au siècle dernier par la world music. En 2012, il a ainsi parcouru tout le Royaume-Uni dans un train rempli de -très grands- musiciens. Parmi les 80 artistes à bord, le batteur nigérian Tony Allen, le joueur de kora malien, Toumani Diabaté, les chanteuses maliennes Rokia Traoré et Fatoumata Diawara, le Sénégalais Baaba Maal, ou encore les Congolais du groupe Jupiter & Okwess.

Le retour d’Africa Express avec Egoli est une nouvelle étape après deux disques centrés sur le Mali. Cette fois-ci, la star britannique a posé ses instruments à Johannesburg, en Afrique du Sud, où des figures musicales de la ville ont participé à ce mariage Nord/Sud. Il en résulte dix-huit titres enregistrés en une semaine à peine qui mêlent l’électro, le hip hop, et même, cette pop anglaise à la base de la musique de Damon Albarn, de Blur à son super groupe, The Good, the Bad and the Queen, de Gorillaz aux apparitions lumineuses sur les disques de son label, Honest Jon’s.

Une dominante d’afro beats

Le génie de Damon Albarn est de savoir s’entourer et de brasser très large. Dans ce casting sud-africain, on retrouve au milieu d’une foule d’artistes le groupe vocal The Mahotella Queens, les détonants BCUC, la rappeuse multitâches Sho Madjozi, les rockeurs de Blk Jks, le duo électro FAKA, le pionnier de la house sud-africaine, DJ Spoko, décédé récemment, ou encore l’incendiaire Moonchild Sannely, quasi inconnue à ce jour. Ce mélange pousse l’Africa Express vers une électro métisse, qui essaime sur les dancefloors sous l’appellation "d’afro-beats" – ne pas confondre avec l’afrobeat de Fela Kuti et de ses héritiers. 

Après une introduction plutôt acoustique, City in lights donne le ton de cette exploration futuriste. Et puis, c’est une alternance de boucles plus traditionnelles avec des beats qui partent dans tous les sens. Porté par Gruff Rhys, le chanteur des Super Furry Animals au centre de ce disque, Johannesburg est une ritournelle électro-pop, métisse et aérienne. Hypnotique, Become the Tiger, donne à entendre un Damon Albarn à contre-emploi. Where Will This Lead Us To?, lorgne clairement vers un r'n'b à la coule. Mais ce qu’on aime particulièrement, ce sont les ballades pop qui, d’Absolutely Everything Is Pointing Towards The Light à See the world, sont d’une grâce mystique.

Alors, sur la longueur, cet Egoli peut sembler répétitif et comme beaucoup de disques choral, manquant d’une colonne vertébrale mélodique. Mais si tous les musiciens voyageaient de la même façon que Damon Albarn, le monde ne s’en porterait pas mal.

Africa Express Egoli (Africa Express Records) 2019
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