Kokoko! un choc de bric et de broc !

La formation kinoise Kokoko!. © Junior Lobota

Fongola, l’excitant premier album de Kokoko! entre presque par effraction au cœur du débat sur le développement durable, en proposant 11 titres enregistrés à l’aide d’instruments de musique de fortune fabriqués à partir de déchets, de rebuts de la société de consommation. Et si l’avenir se dessinait en Afrique ?

À ceux qui répètent en boucles qu’au début était le verbe ; Fongola, premier album de Kokoko!, collectif kinois auquel s’est aggloméré le french productor Débruit, apporte un démenti cinglant. Ces musiciens et chanteurs aux instruments conçus à partir de bidons de plastique ou de ferraille, de cordes de métal et de composants électroniques sauvés du chaos des poubelles de la capitale congolaise inventent des sonorités incongrues qui boostent leurs rythmiques extrêmes ajustées à la TR 808, l’iconique boite à rythmes. Ainsi mises en son, en espace aussi serait-on tenté d’ajouter tant ces constructions de bric et de broc sont puissantes, prégnantes et obsédantes, ces polyrythmies déchaînent les corps, impactent les esprits au-delà des mots prononcés et de leurs mélodies.

Flash back

En 2015, un an avant de s’envoler pour la République Démocratique du Congo, le producteur-baroudeur signait Débruit & Istambul, un album enregistré sur les hauteurs du Bosphore avec une poignée d’artistes du cru dont la chanteuse et productrice Gaye Su Akyol ou le percussionniste Okay Temiz, pour ne citer que les plus connus par ici. Sélectionné dans la catégorie Album de l’année aux Gilles Peterson Worldwide Awards, Débruit & Istambul révélait comme la plupart des productions griffées par le producteur au fil de la décennie passée, une personnalité en état de jet lag créatif permanent, à cheval entre deux horloges, deux temporalités, deux mondes. Sa cuisine s’accommode en effet de l’impensable union de l’huile et l’eau, des musiques populaires de tradition orale et des programmations inscrites dans les méandres des mémoires numériques.

L’esprit africain du D.I.Y.

Leurs tenues de scène, de rutilantes combinaisons jaunes rappellent celles de Devo, le combo américain apparu au début des années 1970 qui diffusa outre-Atlantique et dans le monde entier, les germes avant-coureurs du punk et de la new-wave déviante. Si le parallèle est tentant, séduisant même, il ne peut suffire à ferrer leur empreinte. Car c’est aussi, et avant tout, au-delà de leur vestiaire bouton d’or, du côté des bidouilleurs de Konono n°1 ou du Kasaï All Stars, et des stars récurrentes des musiques électroniques à l’échelle du continent premier pour la diversité de ses élucubrations rythmiques, qu’il faut lorgner pour délimiter le large spectre de l’afrotronic, de la rumba digitale aux différentes strates de l’afro-house sud-africaine, en passant par des relents de global-funk ou de kuduro.

L’art de la transe-gression

Dernier indice : le label indé britannique qui a déjà publié plusieurs maxis et formats courts avant de livrer ce premier album, a pour non Transgressive Records. Tout un programme que Kokoko! respecte à la lettre, en contribuant à à imposer "durablement" le son de demain.

Kokoko! Fongola (Transgressive Records/PIAS) 2019

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